TRAHISONS – Harold Pinter. MES Frédéric Belier-Garcia. Comédie Française

trahisons prgmIl pourrait s’agir d’une simple histoire d’adultère, de mariage épuisé, de mensonges murmurés, de rupture, de retrouvailles. Il pourrait s’agir d’une histoire sordide et banale, mais avec Pinter, les histoires les plus simples se transforment en jeux de non-dits, en silences lourds de mots, en trompes-l’oeil fascinants et troublants sur les relations humaines.

Ici Emma retrouve Jerry, son ancien amant avec qui elle a rompu deux ans auparavant.  Emma annonce à Jerry qu’elle a tout avoué à Robert, son mari, qui est aussi le meilleur ami de Jerry.

La subtilité de Pinter réside ici dans le recit à rebours de l’histoire : le premier tableau représente Emma et Jerry le jour de leurs retrouvailles. Nous remonterons ensuite le fil du temps en revenant, par neuf tableaux successifs, sur l’annonce à Jerry par Robert qu’il savait tout, la rupture entre Emma et Jerry, la découverte de l’adultère par Robert jusqu’à la naissance de la passion sept ans auparavant.

Les comédiens français sont lumineux : Léonie Simaga interprète une Emma toute en grâce et retenue. Christian Gonon, que j’avais grandement admiré dans son hommage à Pierre Desproges ou dans l’Opéra de Quat’sous, bénéficie d’un petit rôle qu’il honore avec élégance. Denis Podalydes comme toujours a une présente incroyable et son jeu est plein d’intensité et de force. Face à lui Laurent Stocker m’a paru plus froid, plus mécanique, et son jeu trop distant à mon goût rend la relation Emma-Jerry pas assez incandescente, mis à part dans la scène finale où tous excellent.

Mais au théâtre les comédiens ne seraient rien sans lumières ni décors Ici les lumières sont d’une beauté somptueuse, elles illuminent tour à la tour la grâce d’un regard, le trouble d’un échange ou une solitude égarée. Les décors épurés et les changements de tableaux sont ingénieux : des panneaux de bois descendent, d’autres se lèvent ou s’avancent, mettant en lumières les comédiens.

Au final, même si la mise en scène de Frédéric Belier-Garcia m’a paru un poil trop léchée, trop lisse, trop « papier glacé »et atténue l’électricité que j’aimerais ressentir, il n’en reste pas moins que le spectacle dans l’ensemble est excellent et réussi.

Trahisons, de Harold Pinter

Mise en scène de Frédéric Belier-Garcia Avec : Léonie Simaga, Christian Gonon, Denis Podalydes, Laurent Stocker

Théâtre du Vieux Colombier, jusqu’au 26 octobre 2014

 

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