La Venus à la fourrure – Théâtre Tristan Bernard – MES Jérémie Lippman

Étonnante pièce que cette Vénus à la fourrure… Pour résumer l’histoire en quelques phrases, Thomas Novachek cherche sans succès la comédienne qui incarnera sa Wanda dans son adaptation du roman de Sader-Masoch, la Vénus à la fourrure. La comédienne devra incarner la sulfureuse et fascinante Wanda dans un jeu de domination pervers. Thomas est sur le point de renoncer quand arrive une dernière comédienne : elle débute et termine ses phrases par des « putain » gouailleurs, est violemment maquillée, porte un imperméable léopard, du rouge à lèvres vermillon et des escarpins vertigineux. La jeune femme insiste, elle s’appelle Vanda, connaît le texte par cœur, il se laisse convaincre. Les deux se lancent dans une lecture de la pièce et se laissent prendre au jeu de la soumission jusqu’à confondre théâtre et réalité, et finir par échanger leurs rôles de dominé / dominant.

Jeu de dupes, de perversion, de machiavélisme, nous assistons à une partition à deux à la fois étrange et… ennuyeuse. Étrange parce que Marie Gillain est énergique et habitée, a une présence indéniable sur scène, on ne voit qu’elle. Le fait qu’elle joue toute la pièce en guêpière, porte-jarretelles, escarpins ajoute forcément à cette présence : elle est sublime et terminera même entièrement nue, occupant durant 1h25 l’espace et les regards. Oui, elle est fascinante. À ses côtés, Nicolas Briançon est parfait : dominant au début, il s’efface peu à peu sous les ordres de cette maitresse-femme qui le prend dans ses filets et va transformer une simple lecture en jeu pervers et inquiétant qui s’inversera à nouveau.

Ennuyeuse parce que la pièce peine à décoller : si Marie Gillain est habitée, j’ai trouvé qu’elle manquait de nuances, que sa Vanda gouailleuse ne se transformait pas assez, prenait le dessus sur Thomas sans qu’il y ait une montée suffisante en puissance dans la tension et l’inversement des rôles. On ne la sent pas assez troublante, on reste spectateur passif sans sentir une quelconque tension ou trouble sexuel, même quand Wanda, allongée sur une ottomane, tient Thomas entre ses cuisses.

Quant à la mise en scène, elle est étrange elle aussi, d’abord en s’effaçant derrière les comédiens puis en s’imposant par des musiques trop fortes, trop soulignées, imposant même un stroboscope à un moment, qui proposera certes une scène visuellement très belle mais à mon sens injustifiée. Le décor est triste, gris, terne : une salle de répétition poussiéreuse, où l’on verra apparaître sans justification un rapace ou un autre animal empaillés.

Au final, je reste partagée : certes le rôle de Wanda est difficile, indéniablement magnifique pour une comédienne. Marie Gillain se donne, se lance à cœur et corps perdus, et sa prestation est incontestablement intéressante. Mais elle manque peut-être de direction et n’a pas réussi à apporter suffisamment de nuances, de trouble, de sentiment d’insécurité ou de frissons, voire de « sulfure » ou d’ambiguïté. Nicolas Briançon est lui parfait, mais son personnage est effacé par sa sculpturale partenaire.

Avis partagé, donc : je crois que j’aurais aimé voir davantage de progression dans l’inversement des rôles, de tension entre les personnages, et je suis restée en dehors de cette histoire.

La Venus à la fourrure

Mise en scène Jérémie Lippman, avec Nicolas Briançon, Marie Gillain

Théâtre Tristan Bernard

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