« C’étaient ses lettres qui parlaient d’amour, pas elle » – Victor, théatre Hebertot

Nous sommes en 1948 et Victor (Grégory Gadebois) sort de prison après 11 mois purgés à la place de son ami Marc (Eric Cantona). Victor a accepté de se dénoncer pour protéger son ami mais aussi la femme de ce dernier, Françoise (Caroline Silhol), qu’il aime secrètement. Françoise vient le retrouver à sa sortie de prison.

Ainsi démarre la pièce d’Henri Bernstein, dans une atmosphère toute en demi-teintes. Demi-teinte dans les sentiments éprouvés par Victor, ami plus que loyal et amoureux silencieux d’une femme presque inatteignable qui va venir s’offrir à lui ; demi-teinte dans les sentiments de Françoise, épouse frustrée et amante charnelle, partagée entre la passion et la raison ; demi-teinte dans les aspirations de Marc, mari à la fois méprisant et amoureux, ami lâche qui fera trop tard acte de reconnaissance.

Grégory Gadebois occupe, habite, aspire l’espace. A la foi lunaire et imposant, le comédien propose une partition toute en finesse, subtilité et remarquable retenue. Homme déchiré entre une femme mure éblouissante de classe et une jeune employée fraîche et spontanée (Marion Malenfant, toute en justesse et finesse), son jeu est un vrai régal (la scène où il est ivre est admirable).

Face à cette montagne de travail, de précision et d’expérience, Eric Cantona peine à faire le poids : si le personnage public est connu pour ne pas mâcher ses mots, ici il les avale un peu trop : sa diction trop rapide et ses mouvements des mains parasitent son jeu et le contraste est saisissant face à Grégory Gadebois. Caroline Silhol propose un jeu plus daté et classique en bourgeoise volcanique et alcoolique. Serge Biavan complète brillamment la distribution en ex-prisonnier repenti.

Tous évoluent dans une mise en scène appliquée, classique et sans aspérités : on ne s’ennuie pas pour autant, même si les changements de décors à vue dans la première partie ralentissent le rythme. Le tout correspond bien à cette atmosphère d’après guerre où s’opposent le cynisme et l’honnêteté, dans un décor mis en valeur par les très belles lumières en demi-teinte de Bertand Couderc.

Des demi-teintes, donc, comme mon avis qui reste sur une sensation d’inachevé. Reste la prestation délicieuse de Grégory Gadebois, magique, lunaire, qui à elle seule vaut le détour.

Victor – Henri Bernstein
Mise en scène de Rachida Brakni
Avec Serge Biavan, Eric Cantona,  Grégory Gadebois, Marion Malenfant et Caroline Silhol

Théâtre Hébertot

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