Revolución ! Ca ira (1) fin de Louis, MES Joël Pommerat

Si cette Fin de Louis a des allures de révolution française elle n’en porte aucun signe distinctif si ce n’est le nom de roi Louis XVI, seul personnage findelouis-theatreprécisément nommé dans cette imposante fresque de près de 4h20. Les États Généraux sont convoqués en trois chambres distinctes et la colère gronde dans la chambre du Tiers État, le peuple affamé réclame des réformes, l’État est en faillite et le pouvoir va peu à peu échapper au gouvernement.

Le décor (d’une sobriété volontaire) est planté. Nous allons assister à la naissance d’une révolution, celle qui nait dans la colère et se nourrit de la peur et grandit en échappant lentement à ses parents. Aucun signe distinctif, donc, les hommes et les femmes sont vêtus de costumes gris, pull à capuche, robes aux tons neutres. Au milieu de ces hommes, ou plutôt au-dessus d’eux, le roi, faible, silencieux, dépassé les revendications et aveugle à la souffrance. Son entourage, sa sœur, la Reine, vivent dans une bulle qu’ils refusent de quitter.

On pourrait être en 2015, au 19eme siècle ou dans 100 ans. On pourrait être n’importe quand : Joël Pommerat s’attache aux idées, aux mots qui soulèvent les consciences et deviennent des torrents qui emportent. La révolte se mue en révolution qui se muera en terreur, la volonté de démocratie se transforme en force de destruction. Naissance de l’Assemblée Nationale, déclaration des droits de l’homme, le sujet historique laisse place ici à un espace-temps intemporel d’une cuisante actualité que l’on pourrait croire constamment réécrite, chaque soir. Les démocraties naissent souvent dans les cendres de la violence et apprennent lentement à tenir debout, vaille que vaille et portées par les idées.

Les comédiens interprètent tous plusieurs personnages : député, homme de district, journaliste, reine, maire, militaire… aucun rôle-titre et un impressionnant travail d’équipe où tous jouent ensemble avec une énergie épique et une indispensable concentration, tout comme le sont les déplacements, sur scène et dans la salle, parmi le public qui est au milieu d’action mais jamais pris directement à parti (j’avais très peur de me retrouver dans un Hossein).

Parfois assourdissante, cette mise en scène est pourtant envoutante et on est emporté, fasciné ou sidéré tour à tour. 4h20 passent à toute allure, et malgré deux ou trois inévitables longueurs ou décrochages, je me suis surprise à trouver ça, au final, très court. Sans compter les dernières images d’une beauté crépusculaire, les derniers mots du roi, figure sacralisée qui n’était, au final, qu’un homme. Juste un homme.

Ça ira (1), fin de Louis

MES Joël Pommerat

Théâtre des Amandiers, Nanterre

Avec : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir.

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