L’Art au-dessus de tout – A tort et à raison, MES Georges Werler

sans-titreSi la musique adoucit les mœurs elle est aussi et surtout, comme toute forme d’art et de culture, une arme d’instruction massive et de résistance passive à la violence. C’est ce que Wilhem Furtwängler, qui a dirigé l’Orchestre philharmonique de Berlin de 1922 à 1945, oppose à Steve Arnold en 1946 lorsque celui-ci est chargé de l’enquête préliminaire au procès en dénazification mené à Berlin après la défaite allemande. L’Américain, sourd à la beauté de la musique, accuse prosaïquement Furtwängler de compromission avec le régime nazi. Le musicien habité et dévoué à son Art affirme quant à lui qu’il s’est refusé à abandonner ses musiciens dont certains étaient juifs, et que l’Art étant apolitique, il n’a pas fui l’Allemagne hitlérienne mais au contraire a continué de servir la musique et la beauté en résistance passive à la violence et l’infamie.

Dans un très beau décor tout en bois, cuir, vieux livres et persiennes à demi closes, Michel Bouquet et Francis Lombrail s’adonnent à une partition tendue entre deux hommes que tout oppose. Francis Lombrail excelle en américain fruste, entier, résolument campé sur ses certitudes de vainqueur. Face à lui, Michel Bouquet est un Wilhem Furtwängler ambigu qui ne s’abaisse pas à se justifier et se contente d’opposer sa conception de l’art, qu’il place au-dessus de tout. Si le comédien parait fatigué et certes moins imposant et altier que l’était sans doute l’homme Furtwängler, il continue d’incarner la supériorité intellectuelle et artistique de l’Europe avec distance et retenue. Face à lui, Françis Lombrail incarne l’Amérique victorieuse et insolente qui accuse sans concession. Autour d’eux, Margaux Van Den Plas et Damien Zanoly sont deux jeunes allemands qui assistent Arnold dans son enquête : partagés entre l’intime conviction d’Arnold et leur fervente admiration du maestro et leur amour de la musique, ils proposent un jeu juste, oscillant entre devoir et fidélité, jeunesse et maturité, et sont accompagnés de Juliette Carré et Didier Brice.

La mise en scène de Georges Werler est simplifiée au minimum et aurait pu apporter plus de tension, de nervosité ou d’électricité entre les deux hommes et l’écriture, directe et démonstrative, aurait gagné à apporter plus de graduation dans l’intensité et de sinuosité dans l’affrontement entre ces deux personnages ; elle n’est pas ceci dit plus dénuée d’humour grâce à des répliques cinglantes et au cynisme caustique des personnages. A tort et à raison reste donc une passionnante réflexion sur l’Art et sa position face à la politique, et les diverses formes de résistance opposables à la barbarie. L’art est-il au-dessus de tout et doit-on être prêt à toutes les compromissions pour le défendre et l’incarner ? Loin de fermer le débat, la pièce de Ronald Harwood nous laisse chercher nos propres réponses en chacun de nous.

 

 

A tort et à raison de Ronald Harwood, MES Georges Werler

Avec Michel Bouquet, Francis Lombrail, Juliette Carré, Didier Brice, Margaux Van den Plas et Damien Zanoly

du 23 décembre 2015 au 28 février 2016

Théâtre Hébertot
78 Boulevard des Batignolles, 75017 Paris

l.LOT

Photo L. Lot

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