Farces piquantes et moralités mordantes à la Comédie Nation

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La Comédie Nation promeut un théâtre engagé (un hors série de Fakir est à disposition à l’entrée de la salle) en plaçant le spectateur au coeur de son projet (« acteur de la création par son regard, son écoute, son imaginaire, ses émotions ; acteur dans la société par sa curiosité, son audace, son esprit critique ; par les valeurs défendues dans cet espace : partage et solidarité, éducation et liberté de penser. »). Un théâtre qui privilégie les auteurs engagés comme Camus avec Les justes ou comme Octave Mirbeau, avec ici trois courtes pièces issues entre autres du recueil Farces et Moralités.

Octave Mirbeau, critique et pamphlétaire, connu essentiellement pour Le journal d’une femme de chambre ou Les affaires sont les affaires (jouées au Français en 2011), sera à l’honneur en 2017, à l’occasion du centenaire de sa mort (février 1917). Le théâtre de la Pirogue lance les festivités avec quelques mois d’avance en proposant ces trois petites Farces.

L’épidémie place le spectateur au milieu d’un conseil municipal : une épidémie de fièvre typhoïde se déclare dans un village. Le Maire reçoit ses conseillers, dont le médecin, qui ne se sentiront concernés par le danger que lorsque un bourgeois sera déclaré mort de la fièvre. Dans Le portefeuille, un commissaire cache une maîtresse libertine sous des airs dévots et montrera sa cupidité et sa bassesse lorsqu’un jeune pauvre viendra rapporter un portefeuille empli d’argent. Enfin, L’illustre écrivain moque l’arrogance et la bêtise d’un bourgeois se voulant écrivain.

Trois courtes pièces, donc, montées avec un amour évident pour l’auteur par la petite compagnie du théâtre de la pirogue. Trois petites portions d’inhumanités ridicules et voraces telle que Mirbeau aimait à la dépeindre dans ses textes. On se délecte des répliques (« S’il n’y avait pas d’épidémies, Messieurs, où donc les soldats apprendraient-ils aujourd’hui le mépris de la mort… et le sacrifice de leur personne à la patrie ?… ») et du cynisme odieux des politiques épinglé avec obstination par Mirbeau tout au long de son oeuvre. Tout y passe, de la cupidité des petits bourgeois, à la lâcheté veule d’un conseil municipal, l’aveuglement d’une maîtresse ou le ridicule d’un faux écrivain avide de reconnaissance et de postérité. Le texte est caustique, délicieusement irrévérencieux, diablement vachard. La mise en scène, dotée de moyens a minima (une table, quatre chaises sur fond noir), manque parfois de rythme mais le tout est compensé par quelques belles idées (comme la lecture d’un extrait du Journal d’une femme de chambre par le commissaire au début de la deuxième farce, idée qui aurait pu être reprise en ouverture de la troisième, peut-être?) et par le parti-pris de jouer en mode farce, presque comedia dell’arte, qui n’en révèle que davantage le grotesque des personnages et leur grossièreté crétine. Les comédiens aiment visiblement leurs personnages (Olivier Thébault savoureux maire et écrivain imbéciles ou Patrice Sow, qui signe aussi la mise en scène), Benoît Tavernier manque un peu de clarté dans sa diction (Docteur Triceps) mais propose néanmoins un jeune pauvre touchant et juste dans Le portefeuille.

Au final, encourageons cette mise en lumière des textes méconnus d’Octave Mirbeau à l’approche du centenaire de sa mort et savourons quelques extraits très mirbelliens :

« Bien décevant, le théâtre… Je trouve que le théâtre se traîne, Monsieur Jérôme Maltenu, dans des redites fatigantes… dans des banalités… oiseuses… On n’y attaque pas assez de front la question sociale, que diable !… »

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« Si Monsieur mettait tout simplement : « … Splendissait… La table splendissait ? » C’est plus court, plus neuf, plein… plus hardi, et ça évoque davantage. J’ai vu cela, l’autre jour, dans une revue belge… C’est très bien !

… — « La table splendissait… »… Ça n’est pas mal, en effet… « La table splendissait… » On dirait un hémistiche à la Heredia… « La table splendissait… » Oui, mais je ne peux pas… L’Académie condamne cette expression.. Cela me ferait du tort !…

… — Monsieur croit-il ?… L’Académie est comme ces vieilles femmes qui font les sucrées et qui aiment qu’on les viole !… À la place de Monsieur, je n’hésiterais pas ! »

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Farces et moralités, Octave Mirbeau

Par le Théâtre de la pirogue

Mise en scène Patrice Sow

Avec Cécile Catani, Patrice Sow, Benoît Tavernier, Olivier Thébault, Yannick Baudu

Comédie Nation

Réservations au 01 48 05 52 44.

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