Une Veuve Chou-fleuri vitaminée et anti-oxydante par la Compagnie Les chasseurs s’entêtent

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Une fois n’est pas coutume, c’est une opérette qui a fait l’ouverture du XXVème festival de théâtre de Maisons Laffitte cette année. Une opérette aussi délicieuse que déjantée proposée par la Compagnie Les Chasseurs s’entêtent. Le ton est donné dès le départ : le rideau s’ouvre sur un intérieur cossu où sont déjà installés les comédiens-chanteurs : ils bougent en automates et le public est invité à visiter ce chateau-musée. Au début timide, le public se lève de plus en plus nombreux pour voir de près ces olibrius affublés de costumes colorés, coiffures gigantesques ou maquillages outranciers. J’oubliais, c’est le cerf qui joue les maîtres de cérémonie. Le cerf ou plutôt ce qu’il en reste comme trophée car feu Monsieur Choufleuri l’a tué à la chasse avant de trépasser à son tour. Le cerf, donc, sera notre narrateur placido-caustique de la soirée. Vous l’avez compris : nous sommes dans une adaptation libre de Monsieur Choufleuri restera chez lui, d’Offenbach. Libre, mais parfaitement réussie.

La soirée s’annonce donc des plus mondaines : Madame Choufleuri décide de sortir de sa torpeur boulimique et de son veuvage arrosé. Afin de faire venir ce Tout-Paris qui la méprise, elle invite des chanteurs italiens en vue et non des moindres : Cecilia Bartoli, Florent Pagny et Maria Callas, pas moins ! Le hic c’est qu’ils annulent au dernier moment, soit pour cause d’agenda surchargé soit pour cause de trépas dépassé. Dieu merci, Babylas Chrysodule, l’amant de Mademoiselle Ernestine Choufleuri (la fille) décide de donner le change aux invités : lui, Ernestine et Madame Choufleuri se déguiseront ni vu ni connu en chanteurs lyriques. Babylas y voit aussi l’occasion de faire chanter la veuve non éplorée qui n’a pas eu de maître à chanter, elle, et d’obtenir la main d’Ernestine, sous les yeux de Peterman, le majordome anglo-wallon-jaune, de la pianiste, des invités et bien sûr de notre fidèle cerf-tête.

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Photo Martin Voisin

Ne paniquez pas : ce qui a l’air d’être un innommable bazar est en réalité réglé sur du papier à musique, calé au millimètre et se met très vite en place pour devenir une farce désopilante faite de quiproquos et de bouffonneries incessantes. On rit à chaudes larmes et on pleure à gorge déployée en passant de l’un à l’autre et en ne sachant pas où donner de la tête et de l’oreille. Question chants, Romane Coumes (formidable et délirante Ernestine (soprano)) et Alexandre Bussereau (savoureux Babylas (tenor)) sont au diapason, tandis que Ornella Petit (la veuve) nous régale de ses mimiques gouailleuses et burlesques. Quentin Wasteels offre une prestation au poil et restera sans aucun doute le meilleur cerf sans corps de la décennie, tandis que Renaud Galissian (John-Jaune) s’illustre en majordome passe-partout et pince sans rire. Les autres comédiens sont tout aussi efficaces, le tout va vite, très vite, et emporte le spectateur ébaudi et ébahi dans une étonnante et entrainante farce lyrique qui se termine bien trop tôt.

Que dire de plus ? Les costumes sont joyeusement bigarrés , les coiffures verticales, les couleurs vives, le décor pétulant : le tout est exubérant, endiablé tout en faisant preuve d’un professionnalisme certain parce que maîtrisé d’un bout à l’autre. Au final, il faut espérer que La veuve Choufleuri continuera longtemps de recevoir le tout-paris ET le tout province dans son bal tonifiant et déjanté.

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Photo Martin Voisin

La veuve Choufleuri

Adaptation de Monsieur Choufleuri restera chez lui, de Jacques Offenbach

Compagnie Les chasseurs s’entêtent

Mise en scène & adaptation : Alexandre Bussereau & Romane Coumes.

Avec : Raphaëlle Arnaud, Alexandre Bussereau, Romane Coumes, Anthony Fernandes, Renaud Gallissian, Manon Kathy Harrys, Ornella Petit, Amélie Saimpont & Quentin Wasteels.

Au piano : Ayana Fuentes Uno ou Gaël Rouxel

Vu au Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

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Photo Martin Voisin

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