Un Britannicus aux racines du texte

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Eric Ruf l’avait promis : s’il était nommé Administrateur Général de la Comédie Française en 2015, il proposerait aux candidats écartés une mise en scène lors des saisons prochaines. C’est chose faite avec Stéphane Braunschweig : le candidat malheureux, nommé depuis à la tête de l’Odéon, propose ici une tragédie moderne d’une actualité aussi intemporelle qu’édifiante, aussi cuisante que magistrale.

Et c’est avec Racine, donc, que Dominique Blanc, nouvelle pensionnaire du Français, fait ses premiers pas sur la scène de la salle Richelieu. La comédienne est impériale : d’une justesse magistrale, toujours retenue, conservant en tout temps son calme olympien, Agrippine orchestre, provoque, manipule. Frêle, vêtue d’un simple costume noir, elle est cette femme prête à tout pour rester à la tête de Rome en manipulant son fils Néron s’il le faut. Laurent Stocker est Néron : plus faible au début, à la fois veule et d’un cynisme implacable, le comédien lui offre une palette de sentiments largement nuancée qui va de l’aveuglement amoureux, de l’apparente soumission filiale à la froideur implacable et assassine d’un tyran. Stéphane Varupenne (Britannicus) ajoute une dimension humaine à son rôle de victime d’une lutte perdue d’avance tandis que Georgia Scalliet (Junie) est lumineuse, amoureuse, pleine d’espérance et finalement résiliée. On n’oubliera pas de citer l’excellent Hervé Pierre (Burrhus, mélange d’âme damnée et de conseiller soumis) ou Benjamin Lavernhe (fallacieux et haïssable Narcisse), et Clotilde de Bayser (Albine, confidente fidèle d’Agrippine).

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Tranchant radicalement avec les ors et parures de la salle Richelieu, le décor, conçu par Braunschweig, est d’une austérité à la fois spartiate et impérieuse : les rideaux translucides se superposent et laissent apparaître, en strates successives, imposantes portes blanches, salle de conférence impersonnelle uniquement meublée d’une immense table et de chaises austères. C’est ici que se déroulera la tragédie, dans cet antre du pouvoir où se jouent et se déjouent ambitions et rivalités politiques.

A la fois glaciale et mintutieusement géométrique, la mise en scène de Stéphane Braunschweig sert le texte racinien sur un plateau aussi neutre que redoutablement efficace. Le jeu distancié des comédiens dissimule sous une fausse neutralité une passion aussi sourde que prégnante chez chacun des personnages. Et c’est cette distance qui, en réalité, nous rapproche de Racine et de son texte en le débarrassant de toute emphase, de toute émotion primale qui viendrait le parasiter.

Un travail d’orfèvre sobre et minutieux et, au final, d’une rare dextérité.

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Britannicus, de Jean Racine
Mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig


Avec Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc
et les élèves comédiens, Théo Comby Lemaitre, Hugue Duchêne, Laurent Robert

Comédie Française
réservations: 01 44 58 15 15

2 réflexions sur “Un Britannicus aux racines du texte

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