Quand Jean Lambert-Wild nous entraine à la fête : un Richard III magnifique et burlesque

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Décidément Shakespeare n’en finit pas de passionner les metteurs en scène et c’est justement dans cette réinvention perpétuelle, foisonnante et multiple que l’on peut reconnaître le génie du dramaturge et l’empreinte indélébile qu’il  continue de laisser derrière lui. Après Thomas Ostermeier et Thomas Jolly ces dernières années, c’est Jean Lambert-Wild qui cède à la fascination pour le tyran shakespearien et s’attaque au mythique Richard III.

Myself upon myself

Jean Lambert-Wild, qui refuse à présent de jouer autrement qu’à travers son clown, son miroir, son âme-clown, entraine ici le spectateur dans une foire folle et loufoque (qui pourrait presque être élisabéthaine) où surgissent à l’improviste marionnettes, ballons, barbes-à-papa et autres mécanismes d’illusion et de miroirs. Avec ses jeux de chamboule-tout, son stand de tir, ses bonbons lancés aux spectateurs, le décor en triptyque (la scénographie est signée J. Lambert-Wild et Stéphane Blanquet) devient personnage omniprésent grâce à ses multiples rideaux rouges qui s’ouvrent et se referment, ses alcôves, ses rouages colorés et bigarrés qui fascinent et hypnotisent le spectateur. Magnifique et chatoyant.

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Des comédiens-clown fascinants

Au centre de ce dispositif Jean Lambert-Wild incarne Richard III. Grimé de blanc, une fraise en collerette et vêtu d’un pyjama, il est omniprésent, démiurge et démoniaque. Tour à tour bouffon, conteur, calculateur, provocateur, aussi fourbe que narquois  le comédien-clown, libéré des contraintes de l’acteur-homme, devient Joker, caméléon, fou du roi autant que roi fou, caricature spectrale et magnifique, insupportable gamin facétieux et assassin monstrueux. A ces côtés, Elodie Bordas interprète avec un art du transformisme consommé et une époustouflante (et parfaitement maîtrisée) énergie,  les femmes de la vie de Richard III (Lady Ann, la duchesse d’York) ainsi qu’une vingtaine de personnages connexes, en passant par Buckingham, l’âme damnée de Richard III. Tantôt  poupée désarticulée ou pantomime articulée, juchée sur des talons-échasses vertigineux ou engoncée dans vertugadin et corset noirs, tantôt Auguste, elle va et vient, se change ici et réapparait là, manipule autant que se joue des instruments et accessoires à disposition.

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Les accessoires qui sont, eux aussi, personnages omniprésents et inattendus : une baudruche où est projeté le visage de Clarence, des ballons, des marionnettes ou chiffons ensanglantés (les enfants d’Edouard), un chamboule-tout où les spectateurs sont invités à lancer des balles sur le visage de Richard III reproduit à l’envi… Avec ce formidable et truculent cabinet de monstruosités, Jean Lambert-Wild entraine le spectateur dans une fête foraine où, à l’image des représentations du Globe et autres théâtres élisabéthains, le spectateur était partie prenante des spectacles.

Jean Lambert-Wild le sait : le clown, une fois qu’il est trouvé, libère le comédien et laisse place à tous les possibles ; il révèle les failles, efface les masques et déverrouille la créativité. Ici, le clown Richard n’en est que plus humain, proche et risible dans toute son horreur grostesque et sa grandiloquence.

Du bel hommage, donc, qui réussit à réinventer Richard III avec une immense générosité.

Richard III – Loyaulté me lie – William Shakespeare

Avec Elodie Bordas & Jean Lambert-wild

Direction: Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra & Gérald Garutti

Musique et spatialisation en direct : Jean-Luc Therminarias

Scénographie: Stéphane Blanquet & Jean Lambert-wild

Assistant à la scénographie: Thierry Varenne

Traduction : Gérald Garutti & Jean Lambert-wild

Lumières : Renaud Lagier

Costumes: Annick Serret Amirat

Armure en porcelaine de Limoges  conçu, dessiné et peinte par: Stéphane Blanquet, 

Puis sculpté et peinte par  : Christian Couty et Monique Soulas

Accessoires et marionnettes: Stéphane Blanquet & Olive 

Crédit photos : Tristan Jeanne-Valès

Vu au Théâtre de l’Apostrophe à Cergy Pontoise 

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