Adieu Monsieur Haffman

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Avant d’être jouée à Paris la saison prochaine, la pièce de Jean-Pierre Daguerre (mise en scène par l’auteur) fait ses armes au Festival OFF d’Avignon.

Nous sommes en mai 1942. Joseph Haffman, prospère bijoutier juif parisien envoie sa famille en Suisse et décide de rester sur Paris. Il ne veut pas quitter sa bijouterie, mais le port obligatoire de l’étoile jaune et les vagues de déportation lui font proposer un marché à son employé français : Joseph Haffman lui cède la bijouterie et continue de travailler pour lui, avec lui, caché au fond de la cave. Après réflexion, Pierre Isabelle Vigneau acceptent, mais à une condition particulière : Pierre Vigneau est stérile, c’est donc Monsieur Haffman qui sera le père biologique de l’enfant que lui et sa femme rêvent d’avoir.

Une vie sauvée pour une vie créée, et c’est ainsi que la bijouterie Haffman devient la bijouterie Vigneau.

Un texte percutant qui, au détour des personnages au départ bienveillants (le couple ne demande qu’à sauver son employeur / bienfaiteur) va peu à peu laisser apparaître les couardises, le doute, la jalousie qui envahissent les plus faibles.

A travers une écriture ciselée et sans effet de démonstration superflu Jean-Pierre Daguerre nous montre le poids du doute, de la peur, de la jalousie qui transforment un homme et et font monter en lui des sentiments plus vils et troubles. Les répliques fines dessinent les contours de personnages qui sous le poids de l’Histoire mais aussi de l’affect vont se transformer en héros ou en lâches, en opportunistes ou résistants. Le jeu de Grégori Baquet (Pierre Vigneau) est d’une précision de dentellier et sa palette de jeu apparaît toujours de plus en plus vaste. A ses cotés, Alexandre Bonstein (Joseph Haffman) impressionne par la finesse de son interprétation : voix douce, corps en retrait, le comédien exprime à coups de regards, de silences, la résignation d’un homme sage qui sent peu à peu son élève céder à l’appât du gain et à la jalousie. Julie Cavana incarne parfaitement Isabelle Vigneau, l’épouse dévouée qui accepte le marché par désir d’enfant mais restera loyale et fidèle à ses convictions humanistes. A leurs cotés, Franck Desmet et Charlotte Matzneff complètent avec brio la distribution dans un couple de nazis à la fois glaçants et truculents.

Auteur, mais pas que, Jean-Pierre Daguerre signe aussi la mise en scène : utilisation judicieuse des espaces délimités par des jeux de lumière, enchaînement fluide des scènes et des répliques, silences opportuns, le choix délibéré des costumes et décors sobres, presque austères, laissent la place au texte et au jeu des comédiens.

Au final, Adieu Monsieur Haffman est un moment de théâtre émouvant, poignant par moments, saupoudré d’humour salvateur, qui nous entraine dans un voyage au coeur des petits courages et des grandes lâchetés de l’âme humaine.

A voir sans hésiter.

Adieu Monsieur Haffman

De et par Jean-Pierre Daguerre

Festival OFF Avignon 2016

Théâtre Actuel, Réservations au 04 90 82 04 02

Avec Gregori Baquet, Julie Cavana, Alexandre Bonstein, Franck Desmet, Charlotte Matzneff

3 réflexions sur “Adieu Monsieur Haffman

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