Un souffle d’Eire et de psychose sur Avignon

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A Avignon, après que la chanson de Sardou Les lacs du Connemara ait résonné à plusieurs reprises lors du réjouissant Au dessus de la mêlée de Cédric Chapuis, nous voici encore dans la région de Galway, Connemara, dans le petit village de Leenane. Mais de terres brûlées et de landes de pierre on ne verra rien, si ce n’est dans l’imaginaire que Martin Mc Donagh, l’auteur irlandais, réussit à insuffler dans son texte à la fois pessimiste et truffé d’humour noir. A Leenane, donc, vivent Mag (Catherine Salviat) et sa fille Maureen (Sophie Parel). Vieille, acariâtre, aussi têtue que sournoise, Mag fait de la vie de Maureen un enfer. La quarantaine pas encore fanée mais déjà étiolée par l’ennui, l’horizon sclérosé par un avenir qui n’a jamais éclos, Maureen rêve encore naïvement d’un ailleurs qui ne serait pas vampirisé par sa mère. Quand Ray, un ami d’enfance, vient inviter Maureen à une soirée, l’éclaircie inespérée dans la morne vie de sa fille est loin de réjouir Mag qui a trop peur de se retrouver seule.

A coup de répliques assassines entre les deux femmes, d’uppercuts verbaux aussi violents que rageurs, les deux comédiennes nous entraînent dans une comédie noire dont l’humour n’est qu’un baume apaisant, une politesse du désespoir aussi grave que désabusée. On rit, pourtant, devant Sophie Parel qui trimbale sa nonchalance provocatrice et vulgaire avec conviction tandis que la toujours magnifique Catherine Salviat se transforme avec brio en une vieille peau aussi méchante que pathétiquement seule. Regard noir, langue de vipère, dos vouté et corps avachi dans son vieux fauteuil roulant, l’œil vitreux rivé à sa télé, la sociétaire honoraire du Français se régale visiblement dans un rôle à contrecourant de sa carrière classique. Magistrale.

Aux côtés de ces deux furies, Grégori Baquet (Pato Douley) est très juste en amoureux éconduit et patient tandis qu’Arnaud Dupont touchant en ami d’enfance pataud et rustre.

Un texte sans concessions, donc, qui nous transporte dans une Irlande où les rêves ne parviennent même plus à naître sous la misère sociale, où la détresse transforme même l’amour en haine, où les rancoeurs sont aussi persistantes et opaques que le brouillard sur les lacs. Le décor (une vieille cuisine terne et fatiguée), la mise en scène sobre et efficace qui laisse la part belle à l’histoire font de cette Reine de beauté un régal de noirceur à la fois fiévreux et touchant, jusqu’au dénouement aussi surprenant qu’édifiant.

Là-bas , au Connemara, on dit que la vie c’est une folie, dit la chanson. Ici, la folie est noire, amère, brûlante et désespérée.

Une réussite.

La Reine de beauté de Leenane, de Martin Mc Donagh

Traduction Gildas Bourdet

Mise en scène Sophie Parel

Avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Sophie Parel, Arnaud Dupont

Festival OFF Avignon 2016

Théâtre des Corps Saints

Réservations au 04 90 16 07 50

 

Une réflexion sur “Un souffle d’Eire et de psychose sur Avignon

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