Avignon 2016, clap de fin

Avignon c’est fini depuis quelques semaines maintenant. Le temps passe, les vacances ont volontairement été passées à lire plutôt qu’écrire, la rentrée approche à grands pas… Quelques pièces vues n’ont pas fait l’objet d’une critique complète, faute de temps, mais voici quelques mots sur chacune d’elles.

Un obus dans le coeur – Théâtre des 3 Soleils

J’avais raté les années précédentes le même texte joué par Grégori Baquet et je me faisais une joie de découvrir, enfin, ce texte de Wadji Mouawad que je ne connaissais que par sa lecture. Ici, c’est Julien Bleitrach qui co-signe la mise en scène et interprète le jeune Wahab, appelé au chevet de sa mère mourante . Wahab n’a pas revu sa mère depuis qu’il a fui la guerre, sa « soeur jumelle », son pays, ses racines. Un obus dans le coeur est l’histoire d’une renaissance qui nait de la mort, de l’exil, de la souffrance ; les thèmes chers au dramaturge sont bien présents, toujours aussi forts, pétris dans la douleur et le manque, ciselés à coup de souvenirs, de retours en arrière, d’instantanés parfois aussi brefs que fulgurants. Julien Bleitrach incarne Wahab avec une finesse et une justesse profondément touchantes, toujours sur le fil des mots et en équilibre ténu entre peine et espoir, résignation et colère. C’est beau,  juste, et bouleversant. Le thé à la menthe servi après le spectacle permet de se re-saisir et de repartir apaisé, comme Wahab. ❤❤❤❤

 

Un obus dans le coeur, de Wadji Mouawad

Mise en scène Jean-Baptiste Epiard et Julien Bleitrach

Avec Julien Bleitrach

La main de Leïla, au Théâtre des Béliers

A Sidi Farès, en Algérie, le jeune Samir projète secrètement et contre quelques dinars les scènes de baisers les plus célèbres de Hollywood. Vêtue en garçon, les cheveux dissimulés sous une casquette, la fille d’un colonel de l’armée vient se cacher parmi les spectateurs… Une jolie petite histoire d’amour, entre Roméo et Juliette et Casablanca. Les jeunes comédiens (Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker, qui ont co-écrit la pièce) se donnent avec joie et enthousiasme dans ce texte pétri de jolies intentions. Azize Kabouche attire incontestablement notre attention en interprétant tour à tour le colonel, une grand-mère algérienne, Humphrey Bogart himself, … et une dizaine d’autres, avec pour seuls accessoires un foulard, un casquette, un manteau, sa voix, sa posture ou son regard. Si cette jolie comédie romantique m’a plu sans me transporter, je reste épatée par la mise en scène ingénieuse et particulièrement créative : un simple séchoir à linge va devenir tour à tour écran de cinéma, autobus, terrasse, rideau de porte… quelques cagettes, des bidons, du bric et du broc, et nous voilà transportés dans une comédie romantique mouvementée et touchante, portée par des comédiens investis et joyeux. ❤❤❤

La main de Leïla, de Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker

Mise en scène Régis Vallée

Avec Aïda Asgharzadeh, Kamel Isker et Azize Kabouche

L’homme aux petites pierres encerclé par les gros canons, Théâtre des Carmes

Sébastien Benedetto s’empare avec sa compagnie Le Bleu d’Armand d’un texte écrit et joué par son père André Benedetto en 2002. Une succession de saynètes mettent en scène des citoyens de pays obscurs, en guerre, en lutte, face à des oppresseurs. Ils sont soumis, les autres sont armés. Ils sont pauvres, les autres sont armés. Ils sont justes, les autres sont armés. Boum. A chaque fin de saynète, les oppresseurs tirent. Boum. Les oppressés s’affalent. Un texte fort et percutant, des chansons surprenantes entre chacune d’elles, et une mise en scène parfois absconse. Une arche d’ampoules encercle la scène, les mitraillettes, casques, armes, sont recouverts de paillettes dorées. Paillettes des dominants, noirceur des dominés. Le brillant contre le brulé. Un contraste saisissant mais parfois décontenançant. A voir. ❤❤❤

L’homme aux petites pierres encerclé par les gros canons, de André Benedetto

Mise en scène collective par le Collectif Le Bleu d’Armand

Avec Zoé Agez-Lohr, David Bescond, Nolwenn Le Doth, Anna Pabst

Le gorille, Théâtre des 3 Soleils

Brontis Jorodowsky a traduit l’adaptation de son père, Alejandro Jorodowsky du texte de Kafka, Compte rendu à une académie. Il interprète cet être, mi-homme, mi-gorille, qui vient témoigner devant une académie de sa transformation. Il fut capturé singe et exposé dans un zoo. Il comprend vite que pour s’échapper, il doit ressembler à des géoliers : « Et j’appris, messieurs. Ah ! comme on apprend quand il faut, comme on apprend quand on veut une issue ! »

A force de détermination et de travail, l’animal est peu à peu devenu homme, d’abord phénomène de music-hall, homme d’affaires, riche entrepreneur. J’oserai le jeu de mots facile en disant que Brontis Jorodowsky est une bête de scène. Sa transformation simiesque est étonnante : maquillage, posture, démarche, regard suffisent à métamorphoser le comédien en animal. Une performance plus que brillante, qui suffit à compenser le texte, certes délicieusement kafkaïen, mais au final assez daté et très attendu, pas assez transcendé par une mise en scène trop académique. Sans surprise, le singe décidera de repartir dans sa forêt, dégouté du comportement des hommes. Sans surprise mais intéressant.❤❤

Le gorille, de Alejandro et Brontis Jorodowsky

D’après une nouvelle de Franz Kafka

 

Burlingue, au théâtre Pixel

Une pièce qui n’avait pas du tout retenu mon attention lors de mes repérages dans le catalogue du OFF, mais qu’une amie m’a demandé de voir avec elle, puisqu’elle envisageait de la monter en amateur. Burlingue, c’est l’histoire de deux femmes, employées de bureau, collègues, pas vraiment amies ni rivales, dont les relations vont soudainement partir en éclat après une querelle autour d’une gomme. Un texte absurde et loufoque, certes, mais pas assez déroutant ni étonnant. On devine assez vite les frustrations et les rancoeurs qui vont émerger quand le vernis caricatural des secrétaires policées va se fissurer. Mais ça se fissure justement trop vite et, sans progression dramaturgique, les deux comédiennes, pourtant convaincantes et investies, ne parviennent pas à pallier la faiblesse d’un texte trop superficiel. 

burlingue

Burlingue, de Gérard Levoyer

Avec Johanna Mondon, Magalie Gabas

Mise en scène Jérome Tomray

Et enfin Karamazov, à la Carrière de Boulbon

Une impression en demi-teinte pour cette adaptation de Jean Bellorini du roman de Dostoievski. Images magnifiques et scénographie crépusculaire, époustouflante. Comédiens précisément dirigés mais semblant constamment en distance avec leurs personnages, trop occupés à courir d’un bout à l’autre du décor, à passer du toit de la datcha au parterre, décor à la fois simple et multidimensionnel, le tout est extrêmement léché, calculé, beau. Les monologues, quant à eux, sont longs, terriblement longs. Le discours du Grand Inquisiteur dit par Ivan traîne péniblement et perd le spectateur… Une impression bizarre, donc. On se surprend à trouver le temps long, terriblement long pendant certains passages, mais une fois l’entracte arrivé on s’aperçoit qu’on n’a – en réalité – pas vu le temps passer. Au final une sensation de papier glacé qu’on a eu plaisir à feuilleter mais dans lequel on n’est jamais vraiment entré. ❤❤❤

Karamazov, de Jean Bellorini

D’après Les frères Karamazov

Avec Michalis Boliakis, François Deblock, Mathieu Delmonté, Karyll Elgrichi, Jean-Christophe Folly, Jules Garreau, Camille de La Guillonnière, Jacques Hadjaje, Blanche Leleu, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Geoffroy Rondeau, Hugo Sablic

A présent place aux spectacles de rentrée, aux nouveaux projets, aux spectacles ratés à Avignon (Tristesse et les autres) mais dont je surveille les dates de tournée. Et vivement le Festival 2017.

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