Parfois une naissance ne suffit pas…

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Sur le plateau du Monfort gît un amas de papier blanc, un monceau de feuilles froissées d’où émerge un bruissement qui peu à peu se transforme en crissement. La forme bouge lentement puis de plus en plus fermement, vigoureusement. On devine une courbe et bientôt un bras, une main, un pied viennent affleurer l’extérieur, se rétractent, se lovent dans cette coquille de papier, l’enlacent autant qu’ils s’en éloignent, y reviennent, s’y enfoncent, s’en imprègnent. Seul le silence – presque religieux – accompagne ces froissements de papier. Un homme finira par en émerger. Lui, c’est Matias Pilet, acrobate. Sa sœur jumelle est décédée in utero trois jours avant leur naissance. Avec Olivier Meyrou, documentariste et metteur en scène, l’acrobate est parti au Chili, y a interrogé sa mère mapuche, son père et des sages-femmes pour y puiser sa propre histoire, remplir les trous sur lesquels son enfance s’est construite. Combler les vides. De ces récits et échanges est né TU, le fruit d’un travail introspectif autour de la souffrance de n’être qu’un et du manque de l’autre.

Seul et concentré, Matias Pilet danse donc dans ces vagues déroulantes de papier qui surgissent et tombent en cascade. Le mouvement est primal, le geste viscéral. Il cabriole, bondit, s’élance : l’homme-embryon et ce placenta de papier ne font plus qu’un dans une intimité dont nous nous maintenons pudiquement à distance… par respect ou par crainte ? Des vidéos et bandes-son chiliens (surtitrés) s’intercalent ou se superposent : la mère de Matias Pilet y dit son propre manque et sa  quête de l’enfant mort avant d’être né. Le tout est à la fois poignant et d’une intimité introspective telle qu’on n’ose s’en approcher. On devine la souffrance mais on peine à la ressentir tant ce travail incroyablement millimétré, cette intensité jaillissante sont personnels : on pourra se sentir voyeur d’une quête si viscéralement intime que l’on se refuse à y pénétrer, par pudeur et discrétion. Par excès d’empathie ?

TU est le spectacle d’une renaissance vitale, un monologue intuitivement dansé dans une solitude palpable, un voyage aérien autant que personnel dans lequel on a peur de s’immiscer, tant cette quête relève de l’intime.

TU

Mise en scène : Olivier Meyrou
Interprète : Matias Pilet
Dramaturgie : Amrita David et Olivier Meyrou
Regard extérieur : Stéphane Ricordel
Apparitions vidéo : Karen Wenvl, Erika Bustamante, Françoise Gillard, sociétaire de la comédie française
Musique & création sonore : François-Eudes Chanfrault & Sébastien Savine
Chant : Karen Wenvl
Scénographie et régie générale : Simon André

Au théâtre Sylvia Monfort, jusqu’au 10 septembre 2016

Réservations au 01 56 08 33 88

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