Impossible n’est pas Anquetil

affiche

« Jacques Anquetil a traversé mon enfance comme une majestueuse caravelle. Son coup de pédale était un mensonge. Il disait la facilité et la grâce, il disait l’envol et la danse dans un sport de bûcherons. » Ces mots de Paul Fournel, dans son livre sur Jacques Anquetil, un des coureurs les plus impopulaires mais aussi les plus mythiques et sulfureux, ouvrent la pièce de Roland Guenoun.

Le narrateur (Stéphane Olivié Bisson) raconte son amour pour le cycliste, la passion qui l’a animé et poussé à écrire. Il viendra régulièrement raconter, remplir les vides entre les courses, les étapes de la vie du coureur, interpréter aussi d’autres personnages qui ont entouré Anquetil tout au long de sa carrière (Poulidor, Geminiani…). Face à lui, une superbe blonde, mi Marylin mi Bardot, arrive : Jeannine Anquetil (Clémentine Lebocey) la femme poupée, muse, manager, celle qui sera l’ange et le démon, la plus fidèle, la plus influente.

Entre eux, au centre de la scène, une frêle silhouette est perchée sur son vélo. C’est Jacques Anquetil (Matila Mallarikis). Il pédale doucement, puis de plus en plus vite, il parle, se raconte. Lui, le monstre des routes, la bête de course, la machine de guerre. Il pédale, sans arrêt, transpire déjà, continue. Pas de concessions, on comprend très vite que l’homme n’est pas un tendre ni un ange. Femmes, argent, champagne, argent, vin, champagne, argent, dopage : on court pour la gloire, on pédale pour l’oseille, on sue pour être le premier, pour écraser les autres, gagner encore et toujours plus (« Poulidor se fait payer au tarif de l’amour. Pas moi »).

Et nous voilà happés par ce héros hors normes, portés par l’écriture à la fois sobre et forte de Paul Fournel dont les mots et extraits ont été choisis avec soin par Roland Guenoun. Au fil des kilomètres et du récit, on découvre ou redécouvre la force, l’obstination, la rage du coureur solitaire et mal-aimé, les exploits historiques comme ce doublé Dauphiné Libéré puis Bordeaux-Paris enchaînés en quelques heures à peine.

Une scénographie minimale et efficace

La scénographie est minimale mais d’une beauté sobre et crépusculaire. Utilisant avec pertinence les vidéos, images d’archives, projections de routes qui défilent, elle nous promène d’une route de montagne à une voiture qui traverse le pays en pleine nuit, d’un podium à la ferme des Anquetil. Elle sert d’écrin au central, unique et essentiel élément de décor : le vélo d’Anquetil sur lequel trône, impérial, Matila Mallarikis. Emacié, silhouette de jockey, torse glabre, le comédien, outre sa ressemblance avec le cycliste, s’offre une performance aussi physique que artistique : en selle pendant la majeure partie de la pièce, il incarne la douleur du coureur parvenu au bout de ses forces et pourtant toujours en selle, puisant dans une volonté de fer la rage nécessaire pour continuer d’être le seul, l’unique, le grand Anquetil.

Tyran sur selle et dans la vie

Le texte dit donc sans concessions le rapport d’Anquetil à l’argent, la course, ses adversaires (« D’entrée de jeu, j’ai enseigné sa place à Poulidor »), tout autant que la presse, les médecins et directeurs sportifs. Tyrannique et méprisant, l’homme voué à son seul culte et ses seules victoires le fut aussi dans sa vie privée, une fois le guidon raccroché. On n’en dira pas plus pour ne rien déflorer.

On en ressort riche de l’histoire hors normes d’un héros à la fois détestable et admirable, une histoire faite de sueurs et de courage, de rage et de mépris.

« Je n’aime pas le vélo, je n’ai jamais aimé le vélo mais le vélo m’aime : il va me le payer. »

Anquetil tout seul

D’après le livre de Paul Fournel

Mise en scène de Roland Guenoun

Avec : Matila Malliarakis, Clémentine Lebocey, Stephane Olivié Bisson

Scénographie Marc Thiebault

Théâtre du Studio Hébertot

Jusqu’au 13 novembre 2016

Réservations au 01 42 93 13 04

2 réflexions sur “Impossible n’est pas Anquetil

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