Les bals où on s’amuse n’existent plus pour moi.

montansier
Point d’ors russes dans cette adaptation de Gaétan Vassart du roman de Tolstoï. Point d’ors ni de faste mais une mise en scène toute en sobriété, qui fait la part belle aux héroïnes tolstoïennes. En premier lieu Golshiftey Farahani, ensorcelante Anna Karenine. L’iranienne au charme oriental incarne sublimement la russe tourmentée et propose une interprétation saisissante. L’actrice incarne à merveille, est, cette riche aristocrate épouse d’un homme influent, qui va quitter mari et fils pour vivre une passion tumultueuse avec le comte Vronski, qu’elle a rencontré lors d’un bal. Dans cette aristocratie d’avant révolution russe, Anne K. fait scandale et doit vivre sous le regard hostile et réprobateur de la haute société qui ne pardonne pas.

Premiers et indiscutables crédits de cette mise en scène, les interprétations féminines : Sabrina Kouroughli campe une jeune Kitty touchante de candeur, mais aussi de fronde insolente : la comédienne insuffle à son personnage un mélange savamment dosé de sagesse et d’exaltation. Emeline Bayart (dont le Vagabondage en tango m’avait transportée, tout comme son Tango stupéfiant) est une Daria absolument délicieuse : femme trompée trahie, mère en série, condamnée à supporter les grossesses annuelles que lui inflige son mari mais pourtant portant en elle en mélange implosif d’amertume et de rébellion. On devine beaucoup de Sophie Tolstoï dans cette Daria, et Emeline Bayart réussit à la rendre terriblement touchante et drôle. On adore, tout simplement.

Vient ensuite la sublime Golshiftey Farahani, sur qui Gaétan Vassart pose toute son adaptation : troublante, magnifique, incarnée et passionnée, la comédienne irradie de force, d’abandon, de désespoir, de feu. Peu de mots sauraient qualifier son interprétation, notamment dans la scène finale, pendant laquelle la comédienne et son personnage fusionnent tant qu’on ne sait plus qui pleure : Golshiftey Farahani ou Anna K. Incroyable et bouleversante.

Des femmes, donc, qui incarnent et magnifient, transcendent : à leurs cotés les hommes paraissent parfois plus ternes. Si Stanislas Stanic et Igor Skreblin tirent leur épingle du jeu en propriétaire terrien socialement inquiet ou écrivain tuberculeux lucide face à la société russe et son inéluctable révolution, les autres peinent à exister dans l’ombre des personnages féminins.

Une aura qui est voulue par le metteur en scène, sans doute, et magnifiée par certains passages, comme le bal où résonnera Jacques Brel et commencera une jolie chorégraphie d’ensemble qui peu à peu laisse la place à Golshiftey Farahani qui entame une danse des sept voiles troublante quand son regard croise celui de Vronski. D’autres moments resteront dans nos esprits : les flammes des bougies qui courent et illuminent le magnifique lustre illuminé et évidemment la scène finale où les coeurs frémissent et battent au rythme de celui de Anna K, jusqu’à s’arrêter avec le sien, avant de repartir à tout rompre quand la salle se rallume.

Un beau moment, donc, porté essentiellement par l’interprétation féminine et magnifié par quelques scènes d’une grande beauté.

 

Anna Karenine, d’après Léon Tolstoï

Adaptation et mise en scène Gaëtan Vassart

Avec Golshifteh Farahani, Emeline Bayart, Xavier Boiffier, Sabrina Kouroughli, Xavier Legrand, Guillaume Marquet, Manon Rousselle, Igor Skreblin, Stanislas Stanic, Alexandre Steiger

Dramaturgie Laure Roidan

Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy 

Costumes Stéphanie Coudert

Au Montansier, jusqu’au 16 octobre

Puis au Théâtre de Chartres (18/10), théâtre National de Nice (17-18-19 /11), La Ferme du Buisson, Scène Nationale de Marne-La-Vallée (23/11); L’Equinoxe- Scène Nationale de Châteauroux (28-29/11); Théâtre de Suresnes (10&15/11); Théâtre de Montélimar (02/12);Théâtre de Colombes (08/12); Théâtre de Sens (09/12); Théâtre de Cesson-Sévigny (11/12)11/12)

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