Double-jeu et jeu de mort à la Huchette

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L’atmosphère est sombre dans le petit théâtre de la Huchette. Sur scène, deux personnages tournent le dos aux spectateurs. Un troisième entre et commence à parler. Soudain, il s’arrête,  et se rebelle. Lui, personnage d’une pièce qu’il n’a pas écrite, ne veut plus subir le sort que l’auteur lui a réservé. Lui, le personnage soumis, décide qu’il ne peut pas mourir ainsi, tous les soirs, et n’être rien d’autre qu’une marionnette désarticulée entre les mains de son maître. L’auteur apparait alors par une porte de la salle : il affirme, exige,  assène : il est le maître, le créateur, il écrit, il décide. Le jeune homme doit se plier au texte, accepter son destin de personnage, et donc se suicider, comme l’a écrit l’auteur. S’ensuivra alors une longue confrontation entre les deux personnages : le jeune homme refuse son sort, l’auteur veut le convaincre de se tuer.

Avec le Personnage désincarné, Arnaud Denis dépasse la thématique pirandellienne et entraîne le spectateur vers une destination plus méandreuse et sinueuse que la pure mise en abyme du théâtre dans le théâtre. Au fil des phrases, la confrontation devient affrontement et les deux hommes entament une partie obscure où chaque adversaire analyse, feinte, attaque, esquive, jusqu’à la mort subite.

Glaçant, implacable, Marcel Philippot excelle dans le rôle de l’auteur-créateur tortionnaire. Le jeune Audran Cattin bascule toujours avec justesse entre fougue adolescente, rébellion, soumission et résignation : un comédien à suivre. Grégoire Bourbier intervient toujours à propos en troisième homme qui tente d’infléchir le cours des choses.

Le décor est très sobre : deux mannequins de dos représentent les autres personnages de la pièce : poupées de cire soumises, dociles, silencieuses alors qu’un judicieux effet de perspective pour la porte de fond de scène accentue l’effet miroir de la mise en scène, souligné par un éclairage tout en ombres et lueurs.

Le tout sert impeccablement une mécanique du trouble jeu où s’entremêlent un écheveau de thèmes comme le processus de création, l’influence du subconscient dans l’écriture, la fatalité et son acceptation ou son refus, le rapport filial et l’émancipation. Faut-il tuer le père, faut-il se soumettre à son destin ? A-t-on tous un créateur ? Une écriture toute en trompe-l’œil qui happe le spectateur, impeccablement servie par les comédiens. A voir.

 

Le Personnage désincarné

Texte et mise en scène de Arnaud Denis

Avec Grégoire Bourbier, Audran Cattin, Marcel Philippot

Théâtre de La Huchette

Réservations au 01 43 26 38 99

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