La vie sans étoiles

affiche_rien_plusrienaumonde_alfred_2016

Noirceur écarlate, noirceur lumineuse, noirceur ténébreuse se mêlent sur la petite scène de la Contrescarpe. Avec Rien, plus rien au monde, Fabien Ferrari adapte le court roman de Massimo Carlotto, connu outre Alpes pour ses romans noirs ancrés dans une société en déliquescence. Ici, c’est Juliette qui parle. Une petite quarantaine au bas mot, Juliette fait des ménages pour compléter le maigre chômage de son mari. Ils ont une fille de 20 ans, jolie, pas idiote, que Juliette aimerait voir faire de la télé-réalité, chercher un mari riche, partir loin de cette petite ville, de cette petite vie où l’on ne peut que s’enfoncer dans la misère sociale, où les seuls échappatoires se résument à quelques matchs de foot, des émissions de variété devant la télé qui beugle, et puis ce petit Pineau des Charentes qui réchauffe le coeur de Juliette, entre deux corvées, entre deux sorties à pied au lointain Super Mega Discount qui promet les lots de thon ranci à moitié prix, le steak de viande graisseux à moindre coût.

On écoute Juliette parler, raconter. Elle est vêtue d’une robe toute simple, achetée en soldes. Pauvre, mais propre, Juliette. Pauvre, mais debout. Pauvre, mais fière. Elle raconte. Le manque d’argent, le manque de rêves, la vie qui s’étire avec ennui ; le quotidien accablé et les rêves qui se disloquent lentement. On suit son récit, happé par sa voix claire et son regard assuré, son sourire hésitant. On suit son récit, happé par la douceur lumineuse d’Amandine Rousseau, interprète gracile d’une héroïne déjà usée par la vie. On écoute, on sent la tension monter, on devine le drame, on perçoit l’affreux, l’indicible, l’horreur de l’explosion à venir.

C’est un texte à la fois bouleversant et doux. Jamais manichéen, parsemé de touches d’humour salvateur comme ce récit des ébats conjugaux hebdomadaires, saupoudré de quelques éclats de douceur, comme cette chanson de Michèle Torr que Juliette écoute en rêvassant. C’est un texte fort comme un coup de couteau planté avec force, un texte doux comme le regard d’Amandine Rousseau.

Rien, plus rien au monde est un regard noir et tendre sur une société qui s’effrite, des vies qui s’étiolent et puis qui basculent. Des drames du quotidien qui surgissent on ne sait comment et viennent tirer un trait définitif sur ces vies sans avenir.

Rien, plus rien au monde,

Texte de Massimo Carlotto

Mise en scène Fabian Ferrari

Avec Amandine Rousseau

Théâtre de la Contrescarpe

Jusqu’au 26 décembre

Les dimanches à 15h et lundis à 20h

Réservations au 01 42 01 81 88

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s