Dans la Notte du Père Noël

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Il y a toujours quelque chose de terriblement cynique et en même temps de totalement irrésistible dans les textes de Pierre Notte. Celui que j’ai découvert avec Moi aussi je suis Catherine Deneuve continue de me réjouir et c’est encore le cas cet hiver avec la reprise de C’est Noël tant pis. Tombant à point nommé en cette période de festivités familiales, la comédie est à nouveau décapante et jouissive. On y retrouve une famille apparemment normale qui s’apprête à réveillonner. Le père la mère, les deux fils et la bru dont tous semblent avoir oublié le prénom. Tout le monde cherche la grand-mère, que l’on découvrira, nue, sous la table. Le point de départ est lancé, la foire d’empoigne peut commencer et le réveillon se transformer en aimable jeu de massacre fait de répliques assassines et de dialogues corrosifs.

Mère au bord de la crise de nerfs

On se régale assurément de ces névroses ranimées et de ces frustrations enterrées qui ressurgissent. Sous les uppercuts verbaux que se balancent les uns et les autres, Pierre Notte dessine avec une lucidité aiguisée  les rancœurs scrupuleusement refoulées sous la bienséance familiale. Avec une mère aigrie et toxique (impayable Sylvia Laguna) qui menace de se jeter par la fenêtre du rez-de-chaussée, deux frères que tout oppose et en perpétuelle rivalité (Brice Hillairet au jeu plein de justesse et de sensibilité, et Renaud Triffault hilarant en héraut de la grammaire), une bru explosive (Chloé Oliveres, parfaite) et un père tout simplement dépassé par sa vociférante tribu (Bernard Alane, formidable), Pierre Notte dresse un portrait vitriolé mais aussi terriblement touchant, parce qu’au final très humain, de la famille bourgeoise. On s’y haït très bien et l’on s’y aime très mal, à moins que ce ne soit le contraire, mais les deux, chez Pierre Notte, ne font qu’un et forment un kaléidoscope de sentiments croqués avec une joie évidente.

Moi aussi je suis Charles Aznavour

Dans un décor dépouillé où le sapin central fera judicieusement office de voiture, de lit ou de table, on se laisse surprendre, et c’est une habitude chez Pierre Notte, par les chansons  subitement entamées par les comédiens : Charles Aznavour et autres comptines viennent ponctuer le texte de touches décalées et absurdes, comme pour souligner l’incongruité des situations. La mise en scène est dépouillée mais l’apparent dénuement se révèle être une direction précise et pointue des comédiens, un savant calcul des déplacements et des gestes jusque dans l’harmonie des costumes, toujours dans les mêmes camaïeux.

C’est Noël tant mieux

Au final, on se réjouit de cette nouvelle comédie déchaînée  de Pierre Notte. Les dialogues vachards cachent des trésors d’émotion et de tendresse et l’ensemble nous entraîne dans un (UN) espèce de capharnaüm férocement cocasse et fichtrement humain. C’est Noël au Rond-Point et c’est tant mieux avec Pierre Notte.

 

 

C’est Noël tant pis

Texte & Mise en scène Pierre Notte

Avec Bernard Alane, Brice Hillairet, Sylvia Lagune, Chloé Oliveres, Renaud Triffault

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 30 décembre 2016,

Réservations au  01 44 95 98 21

Reprise à la Comédie des Champs Elysées à partir du 26 janvier 2017

Réservations au 01.53.23.99.19

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Dans la Notte du Père Noël

  1. Pingback: LA NOSTALGIE DES BLATTES, Pierre Notte, Théâtre du Rond-Point | Théâtr'elle

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