L’avaleur – Une farce burlesque et sombre à la Maison des Métallos

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Continuant de parcourir les routes de France avec les Tréteaux de France, son Centre Dramatique National itinérant, Robin Renucci poursuit son cycle sur la richesse, le travail et l’argent, entamé avec Le faiseur, de Balzac, s’attaque cette année à L’avaleur, adaptation française de Other people’s money. Alors que l’auteur Jerry Sterner situait son intrigue aux Etats Unis, Evelyne Loew l’adapte à Cherbourg, au sein d’une prospère entreprise familiale dont le fondateur, André Georges croit encore en la valeur des hommes et du travail. En face, au cœur de la City londonienne, un prédateur, spécialiste du rachat d’entreprises et de leur démantèlement : il a flairé le « coup » et fait petit à petit son entrée dans le capital. Son but, avaler, prendre à peine le temps de digérer et recracher, morceau par morceau, plus-values au passage. Son crédo, l’argent. Sa devise, « Dévore, ou sois dévoré ». Son atout, un mélange détonnant de vénalité et de charisme. L’homme dégoûte, l’homme fascine. Avec eux, une assistante loyale, un directeur général partagé entre fidélité et frustrations, une jeune avocate passionnée.

Dépêchons nous d’en rire avant d’avoir à en pleurer.

Pour dénoncer, autant se moquer en mode cartoon : ici les personnages sont habillés de couleurs vives, affublés de perruques rigides. A la fois pantins et marionnettistes, jouets de plastique entre les mains d’un ogre ambitieux, manipulés se croyant manipulateurs, ils entrent en résistance comme on entre en religion : avec ferveur, avec innocence, avec des valeurs qu’ils n’imaginent pas encore périmées. Il y a une grande candeur dans ces personnages, et finalement même dans celui de l’Avaleur, jouet lui-même d’un capitalisme qui finira sans doute un jour par le recracher lui aussi. Les comédiens, fervents, investis, se régalent et nous régalent : Jean-Marie Winling est excellent en patron paternaliste à la voix chaude et rassurante, homme d’affaires habile mais finalement trop empathique. Nadine Darmon incarne la fidèle assistante loyalement résistante ; Maryline Fontaine incarne très justement la tentation d’une jeune et brillante avocate qui rêve de quitter sa province et réussir à Londres, déchirée par cet Avaleur qui l’exaspère autant qu’il l’attire, fascinée par son intellect brillant mais révulsée par son absence totale de scrupules. Robin Renucci est le Directeur Général, loyal par conviction mais rongé par la frustration (« Combien de temps doit-on travailler pour quelque chose avant que ce quelque chose vous revienne de droit ?). Face à ces proies faciles, Xavier Gallais est Franck Gaffain, l’Avaleur. Que dire de cette prestation étonnante? Habillé de bleu pétrole, coiffé d’une perruque à mèches blondes et rousses, affublé d’une obésité inattendue, le comédien joue à merveille les gloutons, les bouffons, les grivois licencieux dépourvus de scrupules et de pudeur. Mais Robin Renucci lui demande aussi d’être attachant et c’est ce qu’il est, en réussissant à rendre presque sympathique son personnage grotesque.

Derrière le rire, le message

Un mode burlesque et loufoque, donc, qui sert intelligemment la mise en scène de Robin Renucci : au fil des représentations, elle prendra de plus en plus de rythme (avec les percussions en live de Gabriel Benlolo) pour accentuer le suspens lors de l’assemblée générale finale et achever avec brio la démonstration de Robin Renucci : un témoignage vibrant sur la vénalité et la voracité du monde de la finance. Parce qu’au final, c’est encore, et toujours, pour ça que le théâtre existe : témoigner, éduquer, sensibiliser, éveiller. Robin Renucci et les Tréteaux de France s’y attèlent encore et encore, dans une proposition vive et colorée, inspirée, inspirante et définitivement convaincante.

On y court pour le fond, pour la forme, pour le délicieusement répugnant Fanck Gaffain de Xavier Gallais, pour soutenir le projet des Tréteaux de France et se régaler, encore et encore, d’un théâtre ambitieux et engagé.

L’Avaleur
d’après « Other people’s money » de Jerry Sterner – Mise en scène de Robin Renucci / Avec Nadine Darmon, Marilyne Fontaine, Xavier Gallais, Robin Renucci et Jean-Marie Winling
Adaptation Evelyne Lœw
Scénographie Samuel Poncet
Maquillage et coiffure Jean-Bernard Scotto
Musique Gabriel Benlolo

Maison des Métallos jusqu’au 18 février 2017

(vendredi 10 mars 20h tarif unique 5 €)

Réservations au 01 47 00 27 20

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