LE SERMENT D’HIPPOCRATE – THEATRE 14, Louis Calaferte

Calaferte, ou le triomphe de Molière et Jules Romain

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Qui aurait pu croire qu’une bande de jeunes sexagénaires voire de presque octogénaires donneraient un petit coup de jeune à la saison du Théâtre 14 ? C’est pourtant le cas cet hiver avec les comédiens de Patrick Pelloquet qui interprètent avec une fougue toute juvénile la cocasse pièce de Louis Calaferte.

« On n ‘est pas faits pour guérir, on est faits pour soigner ! »

Dans un salon au décor suranné où résonne la voix de Danièle Gilbert, nous ferons connaissance d’une famille aussi banale que gentiment ringarde : Lucien et Madeleine, les vieux mariés chez qui la chamaillerie incessante a peu à peu supplanté la tendresse, hébergent Papa, le père de Lucien, à la surdité bien installée et Bon Maman, la mère de Madeleine, plutôt en forme pour ses 77 printemps. Tout va bien dans cette petite famille un brin désuète jusqu’à ce que Bon Maman soit victime d’une syncope après le déjeuner. Après moult tergiversations souvent hilarantes quant à la conduite à tenir et autant de règlements de comptes épiques pendant que la grand-mère manque de trépasser (le tout sous l’œil affamé de Papa qui ne pense qu’à finir son fromage), le couple se décide à appeler un médecin. Et ce n’est pas un médecin qui viendra mais deux, l’un après l’autre, dont les diagnostics seront aussi différents qu’effarants.

« Je veux mourir ! Je vous soigne d’abord, vous mourrez ensuite. »

Voilà le spectateur plongé dans une succession de situations burlesques où le ridicule des médecins imbus de leur savoir se marie allègrement aux puériles chicaneries de la petite famille. La plume alerte de Louis Calaferte est réjouissante d’acidité et de causticité : la fatuité des savants qui se jouent de la crédulité de leurs patients et abusent de leur pouvoir, les petites méchancetés qui ont peu à peu remplacé la tendresse au sein du couple, les rapports parents-enfants, le mépris des aïeux… le tout est grinçant et caustique. Si l’hommage non déguisé à Molière ou Jules Romain va devenir redondant et s’essouffler en milieu de pièce, la mise en scène classique mais soigneusement calculée, le rythme assidu et les répliques qui se transforment souvent en hilarant ping-pong verbal gomment la faiblesse de la dramaturgie et le manque de surprises de l’intrigue.

On retiendra surtout le jeu pimpant, dynamité par la joie non dissimulée des comédiens, à commencer par la sémillante et épatante Yvette Poirier : toute frêle et minuscule, la comédienne se délecte visiblement en Bon Maman récalcitrante à la médecine, acariâtre par réflexe, malmenée physiquement, secouée, balancée, manipulée pendant 1h30 comme une poupée de chiffon : on se régale et on adore, on respecte et on s’incline. Gérard Darman est un Papa sourd comme un pot et têtu comme une mule très attachiant, Christine Peyssens et Patrick Pelloquet incarnent avec sincérité ce petit couple à la fois tendre et aigri, tandis que Pierre Gondard et Georges Richardeau jouent les Purgon et Diaforus à peine modernisés avec une conviction très contagieuse.

Un coup de (presque) jeune, donc, qui vient par sa fougue, son ardeur inattendues chez ces sémillants seniors, vitaminer cette fin d’hiver et lui donner un sacré coup de peps. Un remontant très naturel, sans produits chimiques et aucun risque de surdosage. Pourquoi se priver ?

Le Serment d’Hippocrate, de Louis Calaferte

Mise en scène : Patrick Pelloquet, assisté d’Hélène Gay

Avec : Gérard Darman, Pierre Gondard, Patrick Pelloquet, Christine Peyssens, Yvette Poirier et Georges Richardeau

Théâtre 14

Jusqu’au 22 avril , réservations au 01 45 43 25 48

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