STAVANGER, Olivier Sourisse, Studio Hébertot

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Voyage au coeur des coeurs brisés

♥♥♥

Dans un intérieur sombre à la fois spartiate et cossu, un intérieur où règne une atmosphère froidement luxueuse, entrent les deux personnages de Stavanger. Elle est chez elle, elle est avocate et semble parfaitement maîtresse d’elle-même. Une femme de poigne. Lui, c’est un jeune homme fébrile, frigorifié, il semble perdu, assommé, anxieux. Elle l’a trouvé allongé sur les rails de la gare, l’a persuadé de se relever et l’a ramené chez elle. Ils vont discuter, échanger, se raconter. Etait-elle là par hasard ? La connaissait-il ? Pourquoi voulait-il mourir ? Tout au long de la pièce, ces deux êtes aussi parfaitement opposés que manifestement reliés par un lien indicible et invisible vont se découvrir.

Un texte à la fois obscur et lumineux

C’est une pièce à l’atmosphère étrange que Stavanger, du nom d’une ville perdue quelque part en Norvège. Une pièce où les silences sont aussi parlants que les dialogues, où les récits semblent se perdre dans des méandres sibyllins et des détours obscurs. Une pièce étrange où deux personnages semblent se retrouver après des années d’absence même s’ils ne se connaissent pas : une avocate riche, protectrice autant qu’accusatrice, un jeune homme tourmenté, nerveux qui n’est peut-être pas aussi victime qu’il le paraît. Qui sont-ils et que sont ils réellement ? Silvia Roux incarne une Florence à fois volcanique et glaciale, abrupte et douce : une femme de tête lourde d’ambiguïté calculée, dont la carapace s’effritera pourtant peu à peu. D’un silence, d’un regard, la comédienne modifie en toute légèreté la couleur de son personnage. Thomas Lempire est un Simon décontenancé, fragile : regard perdu, corps tendu, toujours sur le qui-vive et aux abois, le jeune homme donne à son personnage une ambiguïté plus primale et instinctive. Les deux sont parfaitement dirigés et deviennent Florence et Simon sans jamais tomber sans l’excès. Efficace et performant.

Une scénographie épurée et réussie

Pour un texte ambigu et trouble, flirtant avec les limites du naturel, la mise en scène de Quentin Defalt se devait d’être aussi limpide que peu envahissante : c’est chose faite, et réussie, avec des déplacements fluides et sans excès, un décor réduit à quelques meubles sur fond noir (une table en inox, deux tabourets de bar, un chandelier, un fauteuil immaculé). Les lumières de Olivier Oudiou magnifient ce décor à l’esthétique volontairement épurée et l’habillent de lueurs diffuses et tremblantes, mariant ombres et lumières avec maîtrise et faisant des lumières un élément important de la pièce.

Silvia Roux, à la tête du Studio Hébertot, dit vouloir favoriser et supporter l’écriture contemporaine et les jeunes auteurs : c’est chose faite et accomplie avec brio avec la pièce d’Olivier Sourisse. On en ressort avec une sensation étrange, l’impression d’avoir voyagé dans un monde parallèle et d’en revenir avec beaucoup de douceur et d’apaisement.

Etrange, donc, et doux, au final.

Stavanger, de Olivier Sourisse

mise en scène Quentin Defalt

avec Sylvia Roux, et Thomas Lempire

Collaboration artistique : Alice Faure

Scénographie : Agnès de Palmaert

Lumière : Olivier Oudiou

Création sonore : Ludovic Champagne

Studio Hébertot, jusqu’au 29 avril

Réservations au 01.42.93.13.04

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