LE TESTAMENT DE MARIE, MES Deborah Warner

D’une icône à l’autre…

♥♥♥

Après Los Angeles et Londres c’est à l’Odéon (en partenariat avec la Comédie Française) que Deborah Warner lève le voile sur Marie en adaptant le roman de Colm Toibin. Sous la plume de l’auteur irlandais, la Femme mythique, la Mère de Jesus est dépouillée son statut d’icône et n’est plus qu’une femme ordinaire, mère d’un fils lui-même ordinaire.

Du sacré au banal

Avant le spectacle, le spectateur est appelé à monter sur scène. Au centre, figée dans une cage de verre, protégée des passants mais offerte à leur curiosité, Marie se tient, drapée de rouge. Devant elle brûlent des dizaines de bougies. Tout autour de cette cage, un olivier suspendu, un vautour (vivant), des bougies, encore, un tronc suspendu, surplombé d’une roue. Mais de ces symboles chrétiens ne subsistera rien une fois la pièce commencée. La cage se lève pour laisser Dominique Blanc se lever et se défaire de son habit de Madone. Les bougies disparaissent, le vautour est rendu à son dresseur. Marie revient vêtue d’un jean et d’une tee-shirt. La Madone a laissé place à la femme.

D’aucuns verront une part de blasphème dans le texte de Colm Toibin, qui défait Marie de ses atours sacrés. La Madone n’est qu’une femme ordinaire, qui range, lave, allume une cigarette. D’aucuns seront décontenancés par cette démystification de l’icône rendue au rang de simple humaine. On pourra être gênés par la mise en scène à la fois onirique et terre à terre, terriblement pragmatique, de ce récit débité sans emphase, sans passion, parfois d’un réalisme cru. On pourra être gêné, peut-être, au début, puis on se laissera happer par la voix et le regard de Dominique Blanc qui donne à Marie la voix d’une femme, d’une mère, qui a souffert et s’interroge, sceptique. Qui était vraiment son fils ? Qui étaient ces hommes qui l’entouraient ? Des désaxés ? Des adorateurs ? Etaient-ce des miracles ou des manipulations, des visions, des fantasmes ? Avaient-ils raison ? Avait-il raison, lui ?

Du banal au sacré

Aucune réponse, mais la vision d’une femme tout simplement humaine, une mère aimante mais lucide, que le jeu de Dominique Blanc rend hypnotique et envoutante. On ne peut la lâcher du regard, on se laisse subjuguer par son jeu. L’icône, à l’Odéon, n’est plus Marie mais Dominique Blanc, immense, sublime.

Le testament de Marie

De Colm Toibin,

Mise en scène Deborah Warner

Avec Dominique Blanc

Scénographie Tom Pye

Théâtre de l’Odéon, en partenariat avec la Comédie-Française

jusqu’au 3 juin

Réservations au 01 44 85 40 40

2 réflexions sur “LE TESTAMENT DE MARIE, MES Deborah Warner

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s