LE CHUT DE L’HISTOIRE, Lilian Lloyd, Festival de Maisons Laffitte

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Les personnages sont présents sur le plateau. Tout est prêt pour entamer le spectacle, mais il manque un mot. Celui du début, celui sans qui rien ne peut commencer. Incipit fugueur, mot buissonnier, verbe déserteur, le mot manquant ne peut lancer l’histoire et voilà nos cinq personnages voués à chercher tant bien que mal ce verbe, ce mot, qui les libérera.

Un pitch qui pourrait, qui aurait pu, être le début d’une bonne histoire et de bons mots. Le début d’un conte, que l’on aurait imaginé, après avoir vu Diluviennes, être une sorte de contrepoint apporté par le hasard d’une programmation. Des personnages de conte (ici, la princesse Nini, la Sorcière Eva, le pantin Debby, le mime, et même le brouillon) qui eux, ne lutteraient pas pour sauver leur fin mais pour entamer leur histoire.

Un contrepoint, ou bien une autre vision, une autre approche. Mais ici le conte de fée se noie très vite dans une suite d’historiettes incohérentes, sans lien entre elles. Chacun des personnages va raconter, lui aussi, son histoire. Mais ces récits sont un maelstrom qui semble être fait de brics et de brocs, mélangeant les monologues poétiques ou politiques sans que l’on en comprenne le sens, additionnant en mille feuilles des dialogues aux effets différents, (#àquoiçasert). Comme si le mot manquant avait emporté avec toute cohésion, tout sel et tout sens.

Un mot absent qui semble aussi avoir plongé la mise en scène dans un fatras incohérent : ici la princesse Nini traverse la scène en courant, en marchant, en mimant un cheval, sans que l’on en comprenne la raison. Affublée de deux casseroles en guise de collier, elle klong klong régulièrement, alternant avec un texte chanté façon princesse Disney. Amusant au début, très vite lassant. Des chansons qui reviennent aussi régulièrement, inopinément. Gershwin, Cindy Lauper, et même Léo Ferré font irruption, transformant momentanément le spectacle en comédie musicale. Quand ce ne sont pas les chansons, c’est le générique de l’heure de vérité qui vient amorcer un récit, avant que l’on ne bascule dans un vaudeville.

A ce stade, on est plongé dans la confusion la plus totale, perdu dans ce récit et cette mise en scène foutraques. On est plongé dans la confusion, mais on se console en admirant le jeu des comédiens qui vient sauver le navire : Elsa Bougerie, Aurèle Dauverchain, Pierre-Yves Desnoues, Victoria Grosbois et Valentine Lhomme sont tous excellents. Que ce soit l’horripilante princesse Nini, la détestable sorcière Eva, le Mime à la colère intérieure, le pantin naïf ou le brouillon baillonné, tous sont littéralement épatants dans leurs personnages de clown et ne surjouent jamais. Ils gardent le cap et leurs personnages, accrochent la lumière (les apartés de Nini parée de lumières sont de très jolis moments) et jouent ensemble, les uns avec les autres. Un jeu collectif, un vrai plaisir.

Bref, on en sort pantois. Surpris. Muet. En fait, c’est bien ça : sans le mot du début, sans le mot qui lancera l’histoire, qui happera le spectateur et ne le lâchera plus, il n’y a pas d’histoire. Ici, elle n’a jamais commencé, et c’est bien dommage.

Le chut de l’histoire

Texte et mise en scène Lilian Lloyd

Avec Elsa Bougerie, Aurèle Dauverchain, Pierre-Yves Desnoues, Victoria Grosbois et Valentine Lhomme

Festival de Maisons Laffitte

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