IBSEN HUIS- Simon Stone – Festival d’Avignon IN 2017

 

 

 

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La maison des secrets

C’est une maison toute en transparence que découvrent les spectateurs lorsqu’ils pénètrent dans la cours du lycée Saint Joseph. Ses façades de verre s’ouvrent sur un grand salon, une mezzanine, une petite chambre ou un bureau qui accueilleront les membres de la famille de Cees  Kerkman. Une maison tout en verre qui n’a de transparent que l’aspect et qui confine depuis de longues années l’opacité d’une famille dysfonctionnelle. Cette famille, Simon Stone l’a imaginée en s’inspirant des pièces d’Henrik Ibsen, en y puisant un terreau fait de soumission familiale, d’ambitions personnelles, de poids des conventions, de jalousies larvées, d’hypocrisies sociales et de monstruosités soigneusement ensevelies.

Plongée en eaux troubles

Pour entraîner les spectateurs au fil des 50 années et plus pendant lesquelles se déroule son histoire, Simon Stone a fait appel à la troupe du Toneelgroep Amsterdam. Un travail de troupe d’une précision et d’une justesse épatantes, où tous les comédiens passent d’un personnage à l’autre en toute fluidité. Sous la houlette de Hans Kestling, époustouflant dans cette figure de père fondateur aussi respecté que craint, parfaitement haïssable et d’une ambiguïté troublante, tous se jouent de la temporalité fluctuante imaginée par Simon Stone et passent d’une époque à l’autre sans jamais se perdre ni perdre les spectateurs, que ce soit Janni Goslinga, magistrale dans une partition de fille déchue alcoolique et révoltée, Marteen Heijmans, en fils désespéré, sans compter tous les autres, dans une cohésion épatante.

Scénographie vertigineuse

Et il en faut, du courage et du talent pour se glisser ainsi dans la ronde du temps qui passe et de cette maison qui pivote sur elle-même : au fil des années, l’installation tourne sur un axe central et offre chacune de ses façades selon l’histoire et l’époque, et même parfois un seul coté mais deux époques jouées en même temps sur un étage différent. La maison sera construite autant que détruite dans une temporalité écartelée, où les époques se croisent, défilent à toute allure pour mieux revenir en arrière, voire s’imbriquer les unes sur les autres.  Complètement grisant et pourtant on n’y perd jamais la tête ni le fil (une fois le réflexe surtitres / scène acquis), tant l’écriture et la mise en scène offrent une lisibilité impeccable, tant les lumières et cette scénographie sont envoutantes et nous entraînent presque malgré nous dans cette ronde à 1000 temps. Au contraire, on en ressort, après quatre heures hypnotiques, encore frissonnant devant le sordide de cette transmission familiale mais étourdi par tant de virtuosité et de talent.

Vertigineux.

 

 

Ibsen Huis d’après l’œuvre de Henrik Ibsen
Festival d’Avignon 2017

Texte et mise en scène Simon Stone
Dramaturgie et traduction Peter van Kraaij

Avec Claire Bender, Janni Goslinga, Aus Greidanus jr., Maarten Heijmans, Eva Heijnen, Hans Kesting, Bart Klever, Maria Kraakman, Celia Nufaar, David Roos, Bart Slegers

Musique Stefan Gregory
Scénographie Lizzie Clachan
Lumière James Farncombe
Costumes An D’Huys
Assistanat à la mise en scène Nina de la Parra

 

 

 

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