BOUVARD ET PECUCHET, Mes Jérôme Deschamps, Théâtre de la Ville

41172

Un Flaubert à la sauce Deschiens

L’un est aussi grand et dégingandé que l’autre est petit et trapu, tous deux portent un costume noir et des chapeaux melon. Aussi différents que possible, ces deux-là se rencontrent sur un banc et deviennent amis avant de partir s’installer à la campagne et tenter de devenir aussi savants qu’instruits, de tout expérimenter, et de rater, souvent, toujours.

Jérôme Deschamps s’empare du roman inachevé de Flaubert et l’adapte dans une sauce plus Deschiens que Flaubertienne, mais peu importe, on suppose que l’auteur se serait délecté de voir ses deux personnages rester toujours aussi picaresques, bêtement drôles et drôlement bêtes. Deschamps sera le petit, Micha Lescot, qui joue formidablement de son immense carcasse, sera le grand, tous deux sont évidemment bons amis et quand l’un y va l’autre le suit, que ce soit dans des expériences frénétiques (et ratées) que dans des élucubrations pathétiquement drôles. Avec Jérôme Pécuchet, les expériences deviennent aussi burlesques que désopilantes, clownesques que méchantes. Lui et Micha Bouvard, donc, forment un duo explosif où tous tout est permis pour briller et démontrer sa formidable intelligence, profondément enfouie sous une bien belle couche de bêtise et de prétention. Ils ne sont pas les seuls dans cette farce déjantée : Pauline Tricot et Lucas Hérault viennent apporter une couche supplémentaire de bêtise campagnarde sacrément hilarante : Pauline Tricot joue admirablement les simplettes,  l’œil hagard, en ânonnant des monosyllabes tandis que Lucas Hérault joue les brutes campagnardes avec une placidité réjouissante.

En guise d’écrin à ce concentré de crétinerie, la scénographie toute en bleu et rouge, les costumes de Macha Makeïeff font de ce Bouvard et Pécuchet un savoureux moment d’humour décalé, d’une cocasserie qui frôle parfois le grand-guignolesque mais fait éclater de rire à bien plus d’une reprise.

Une renaissance pour ce roman posthume, agrémentée de quelques clins d’oeil plus actuels et savoureusement caustiques : on sourit, puis on rit, on finit par quasiment exulter tant ces quatre là se démènent avec une énergie et une sens du comique totalement barré, et, bien sûr, parfaitement maîtrisé.

Chapeau ! comme dit Bouvard.

Bouvard et Pecuchet, d’après Gustave Flaubert

Adaptation et mise en scène Jérôme Deschamps

Avec Jérôme Deschamps, Micha Lescot, Pauline Tricot et Lucas Hérault

Costumes de Macha Makeïeff

Théâtre de la Ville, jusqu’au 10 octobre,

Réservations au 01 42 74 22 77

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s