LES BIJOUX DE PACOTILLE, C. Milliat Baumgartner, MES P. Bureau

LES BIJOUX DE PACOTILLE

La délicatesse

Quand elle entre sur la scène du Théâtre Paris Villette, Céline Milliat Baumgartner ne porte qu’un gros carton. Une petite robe bleue, des chaussures lacées : la jeune femme pourrait avoir 8, 16 ou 30 ans. Sa silhouette gracile se reflète dans un large miroir incliné qui surplombe la scène, elle commence alors son récit. Un récit écrit en 2015 quand la comédienne a voulu écrire, enfin, raconter l’enfance d’une petite fille de 8 ans à qui la mort a brutalement ravi ses parents. Son père, sa mère, carbonisés dans une voiture, avec pour seul vestige une boucle d’oreille colorée, un bijou de pacotille comme ceux que portait sa mère, actrice. Un bijou de rien du tout mais dont cette femme aimait se parer, un bijou de rien du tout mais riche de l’inestimable valeur des souvenirs d’enfance.

Il est très beau, ce texte de Céline Milliat Baumgartner. Beau et doux, beau et pudique, beau et sincère. Les mots ne sont jamais lourds de tristesse et de malheur, au contraire ils sont pudiques, sensibles et légers comme peut l’être l’enfance et l’on s’y abandonne sans résister grâce à l’interprétation toute en retenue et simplicité de la comédienne. Pour donner corps à son récit, elle a demandé à Pauline Bureau de la mettre en scène. Après Dormir 100 ans ou Mon cœur, la jeune metteure en scène ne fait que révéler, mettre en exergue, le texte de la jeune auteure avec des déplacements aussi calculés que gracieux, une scénographie très simple mais étudiée, accompagnée de subtiles et éphémères projections vidéo, quelques notes d’une contine qui s’égrènent, le reflet de la comédienne dans ce miroir aux bords fanés, et ces fugaces moments de magie (imaginés par Benoît Dattez) qui viennent saupoudrer le tout et réveiller chez le spectateur une infime part d’enfance et de candeur. Il ne fallait surtout aucun pathos, aucun effet aucune lourdeur pour accompagner Céline Milliat Baumgartner : Pauline Bureau y apporte seulement son regard plein de délicatesse, et y distille les silences comme les paroles, la douceur comme la gaité, la peine comme l’apaisement.

Les bijoux de pacotille est un subtil et délicat moment de grâce où se reflètent l’enfance d’avant et l’enfance d’après, l’enfance de l’innocence et celle du manque, l’enfance qui grandit et se construit de l’absence pour devenir adulte. Devenir femme.

 

Les bijoux de pacotille, de et avec Céline Milliat Baumgartner

Mise en scène de Pauline Bureau

Scénographie Emmanuelle Roy, Vidéo Christophe Touche

Magie Benoît Dattez

Théâtre de Paris Villette jusqu’au 20 janvier,

Réservations : 01 40 03 72 23 ou resa@theatre-paris-villette.fr

Puis Théâtre du Rond Point, du 6 au 31 mars

Réservations au 01 44 95 98 21