UN MOIS A LA CAMPAGNE, Tourgueniev, MES Alain Françon, Théâtre Dejazet

AFFICHE-1mois

Langueur et passion russes au Dejazet

Dans la paisible campagne russe Natalia Petrovna, mariée, mère d’un jeune garçon, s’ennuie gentiment dans une vie où l’aspérité n’a pas de place. Nous sommes dans la Russie du 18ème siècle et Natalia Petrovna se laisse bercer par la routine et ses occupations de jeune épouse et l’amitié amoureuse qui la lie à Ratikine, l’ami de son mari. Les jours s’écoulent et se ressemblent mais le tuteur de Kolia, le fils de Natalia, va malgré lui bouleverser cet ordre établi quand Natalia en tombe follement amoureuse.

Il y a dans la mise en scène d’Alain Françon une faculté à rendre palpable tout l’indicible, rendre vivante et vibrante la langueur toute russe de Tourgueniev. Avec lui, le lent écoulement de cet été se transforme en bouillonnement qui va envahir la jeune femme et par ricochet son entourage. Il y a dans sa mise en scène une simplicité absolue, un dénuement volontaire qui, avec ses décors à la fois austères et élégants de Jacques Gambel, servent avec grâce d’écrin au texte de Tourgueniev. Il y a dans sa mise en scène une humilité discrète où tout est limpide, beau et juste, une simplicité et une épure uniquement au service du texte et des comédiens. On pourrait croire qu’il n’y a rien, il y a en réalité tout : l’essentiel, le feu comme la glace, le calme comme la tempête, la sagesse comme la déraison.

Tout est limpide, fluide et juste, donc, comme le jeu d’Anouk Grimberg, dévorée et dévorante Natalia, qui se transforme, tremble, séduit, sermonne, transgresse, hésite, frissonne, provoque. Son jeu est fait de nuances parfois imperceptibles, parfois éclatantes, et la comédienne semble tout aussi habitée par son rôle que l’est Natalia de sa passion. Envoûtante.

Si Natalia se distrait de la fausse transgression d’une amourette platonique, il en est autrement de son ami de cœur, Ratikine, bien plus sincèrement épris d’elle qu’elle de lui : Micha Lescot est un Ratikine raffiné, amoureux lucide, triste confident d’un amour qui ne le vise pas. Tous les comédiens sont dirigés par Alain Françon avec précision, justesse, et l’on notera en particulier la jeune India Hair, épatante Vera, Nicolas Avinée, touchant Alexei ou encore Laurence Côte, très juste Lizaveta. Le reste de la troupe n’est pas en reste et tous contribuent au tableau plus que réussi de cette bourgeoisie de campagne dont le sage agencement de l’été va disparaître brutalement avant de reprendre, toujours aussi sagement, son cours.

Une peinture à la fois cristalline et trouble, légère et grave, et courte, beaucoup trop courte.

 

Un mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, traduction de Michel Vinaver

Mise en scène de Alain Françon

Décors Jacques Gabel
Costumes Marie de la Rocca

Avec Nicolas Avinée, Jean-Claude Bolle-Redat, Laurence Côte, Catherine Ferran, Philippe Fretun, Anouk Grimberg, India Hair, Micha Lescot, Guillaume Lévêque
Et en alternance Thomas Albessart, Quentin Delbos-Broué, Anton Froehly

Théâtre Dejazet jusqu’au 28 avril 2018, 2 h

Réservations au 01 48 87 52 55

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