T’es IN ou t’es OFF ?

Nous sommes déjà début juillet et voilà déjà la nouvelle édition du festival d’Avignon qui démarre. Avignon IN, Avignon OFF, deux festivals qui cohabitent, deux mondes plus tout à fait parallèles, pas tout à fait convergents.

Comme chaque année, la parution des programmes marque le début d’un long casse-tête : comment choisir ? A chacun son truc : hasard, étude approfondie des programmes, tout est bon pour découvrir sa ou ses perles, mais en premier lieu le meilleur des conseils reste le bouche à oreille. Ou bien partir à l’aventure, suivre son instinct.  C’est parti pour une petite sélection, absolument partiale, pas du tout exhaustive, et susceptible d’évoluer dans les jours qui viennent. Un peu comme à Avignon, quoi.

T’es OFF ?

Pour choisir, je fais confiance aux théâtres que j’affectionne plus particulièrement pour leur programmation de qualité : le théâtre des Halles, la Manufacture ou le tout nouveau 11 Gilgamesh. J’y verrai probablement la majorité de leurs programmations.

On commence ceci dit par les spectacles que j’ai déjà vus et que je recommande vivement :

Théâtre des 3 Soleils

La poupée sanglante : une des nombreuses pépites dénichées à La Huchette. Programmée pour meubler un mois de juillet désertique il y a trois ans, cette comédie musicale s’est installée plusieurs mois à guichet fermé.  5 nominations aux Molières, 2 prix. C’est drôle, c’est chantant, c’est charmant, et ils sont tous les trois ultra, ultra talentueux. C’est simple : on fonce. ****

Anquetil tout seul : vous n’aimez pas le vélo ? Moi non plus. Et pourtant, je me suis régalée avec ce biopic du coureur-phénomène, avec un comédien absolument épatant.***

L’histoire d’une femme : monologue dense, passionnant, dérangeant parfois, mais toujours percutant. Pierre Notte dresse un portrait au vitriol de la misogynie rampante et sa comédienne, Muriel Gaudin, y est impressionnante. ****

Théâtre des Béliers

Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser à quelque chose : du loufoque, de l’absurde, de la philosophie et de la métaphysique réunis en une petite heure de pur plaisir. Pensez-y. ****

Théâtre des Halles

Hamlet, une version raccourcie mais pas tronquée, très rock’n roll, qui permet de bien découvrir la pièce. Une version où Gregory Baquet s’amuse en prince peroxydé immature (et agaçant). Musique live, tatouages, décor très ingénieux.  **(*)

Théâtre du Roi René 

Adieu Mr Haffman… 5 Molières, tout de même alors penser à réserver.***

Amok, parce que le petit- fils de Jean Gabin a le talent de son grand-père, et que c’est du Zweig.***

Le jeu de l’amour et du hasard, parce que ce Marivaux à la mode pop & folk façon sixties est un petit bijou de fraîcheur et de gaîté, sans pour autant sacrifier l’âme de l’auteur. Go, go, et ce sans hésitation. ****

***

Et, dans la liste de mes envies, on trouve pêle-mêle :

A La manufacture :

Petit déjeuner : 40 mn de textes couleur histoire vraie et de mangeailles. Très envie de commencer une journée comme ça.

Under Ice : Parce que j’ai très envie de découvrir le travail de Arturas Areima, et que les thèmes de la violence au travail, la férocité de la société sont trop actuels pour qu’on les ignore.

Badbug : n’y aurait-il pas une punaise en chacun de nous ? Bref, l »histoire d’un homme condamné à servir de nourriture à une punaise, ça me tente carrément, ne me demandez pas pourquoi. Et puis c’est l’occasion de découvrir le théâtre chinois et ce metteur en scène, Meng Jinghui.

These Are My Principles… If you don’t like them I have others : quand je lis « joute oratoire » « humour tout britannique » et « spectacle en anglais », je cours (after revising my English).

Et aussi : 100 m papillon,  Speed levinG, Un homme qui fume c’est plus sain.

Au 11 Gilgamesh

Love and Money : l’histoire à rebours d’un couple brisé par l’argent et la « machine capitaliste ». Tellement fréquent.

La musica deuxième : la mise en scène est signée Philippe Baronnet. Depuis son Bobby Fisher vit à Pasadena, son nom seul suffit à me tenter.

Les monstrueuses : relations mère-fille, « libération d’une fatalité genrée ». Curieuse.

Je t’aime Papa merci d’être mort : On y parle de violence, d’enfance, de résilience. Tentée.

Et aussi : Vania, une même nuit nous attend.

A l’Atelier florentin 

Comment j’ai dressé un escargot sur tes seins : parce que ce titre…

A l’Episcène

Bord de mer : parce que le roman de Véronique Olmi m’a ravagée.

Otto une Helmut : parce que ça m’a l’air fou, absurde, crazier than life et que la folie me fera du bien après Bord de mer.

Au Théâtre des Halles :

L’effort d’être spectateur : parce que j’ai aimé lire ces réflexions de Pierre Note et j’ai très envie de l’entendre les dire.

Lettres à un soldat d’Allah, chroniques d’un monde désorienté : parce que Boualem Sansal en a dit » Un combat contre l’intolérance, le fanatisme, le nationalisme et autres folies qui font le malheur des peuples.” Et que j’aime Boualem Sansal.

Les carnets d’un acteur : le théâtre comme « planche de salut d’un homme d’un homme qui ne peut plus se confronter au monde ». Rien à ajouter, y aller.

Et aussi : Bienvenue en Corée du Nord, La peau d’Elisa.

A l’Artéphile

Criminel parce que je l’ai raté à Paris.

L’année de Richard : parce que Théâtre coté cœur en a dit tellement de bien.

Et aussi : Mon grand-père partait tous les ans en Italie, La méningite des poireaux

Au Chêne noir 

LODKA : parce que ce sont les Semianyki et puis c’est tout.

Au Transversal 

Un garçon d’Italie forcément.

Au Théâtre actuel 

Zorba : encore un coup de la vile tentatrice Théâtre coté cœur.

Meurtre mystérieux à Manhattan parce que Woody Allen.

Aux Corps Saints 

Oncle Vania parce que je l’ai raté à Paris.

Au théâtre des Doms :

Pas pleureur, J’abandonne une partie de moi que j’adapte.

Et aussi : Suite française au Théâtre du balcon,  KIDS au Collège de la salle, Point d’interrogation au Théâtre de Carmes.

Et sans aucun doute bien d’autres encore…

T’es IN ?

Cette année, c’est Thomas Jolly qui investit la Cour d’Honneur du Palais des Papes avec le Thyeste, de Sénèque. Si l’on se fie à son mémorable Henry VI (dix-huit heures, pas moins) ou son très court Richard III (4h30, une peccadille !), si l’on a envie de découvrir ses créations rock’n gothiques, ce Thyeste devrait mettre la Cour d’Honneur à sang et à feu. Miam.

Autre grosse attente, Julien Gosselin, qui après l’adaptation de 2666, de Roberto Bolaño (12 heures qui défilaient à toute allure) ou celle de Les particules élémentaires s’attaque cette année à non pas un mais trois romans de Don de Lillo : Mao II, Joueurs et Les noms : on annonce une durée de 8 heures, je parie qu’on ne les verra pas passer.

Autre grosse attente, le retour de Ivo van Hove. Celui qui a créé l’événement lors du festival 2016 avec son adaptation des Damnés avec la troupe du français, vient cette fois-ci avec la troupe du Toneelgroep d’Amsterdam qu’il dirige et qui a fait, elle, l’événement du IN 2017 avec le formidable Ibsen Huis mis en scène par l’australien Simon Stone. Ivo van Hove + le Toneelgroep : De dingen die voorbijgaan » (« Les choses qui passent ») d’après Louis Couperus : l’affiche est plus que prometteuse.

Le belge Milo Rau, avec La reprise (Histoires du théâtre I) continue de triturer la question du théâtre face au réel, en se basant sur « la représentation de la violence et des événements traumatisants sur scène ». Après le génocide rwandais (Compassion – l’histoire de la mitraillette) ou l’affaire Dutroux (Five easy pieces), c’est la torture et le meurtre d’un jeune homosexuel à Liège en 2012 qui est ici le point de départ d’un spectacle qui s’annonce, encore, dérangeant mais nécessaire. Milo Rau préfère la prise de conscience à la bonne conscience. J’adhère, parce que n’est-ce pas, après tout, une des raisons d’être du théâtre ?

La Belgique, encore, avec Anne-Cécile Vandelem, qui présente ici le deuxième volet de sa trilogie. Après Tristesses consacrée à la manipulation des populations par les partis nationalistes d’extrême droite, voilà Arctique, polar écologique et politique. Comme toujours, le théâtre et la vidéo seront intimement imbriqués.

Autre curiosité, Tartufias, du lithuanien Oskaras Koršunovas, qui fait de notre Tartuffe national un bonimenteur des temps modernes entre téléréalité, jeu vidéo et théâtre. Pourquoi pas ?

Ceci n’est qu’une (petite) sélection ! Si vous n’avez pas pu avoir de places lors de la mise en vente mi-juin, vous pouvez aller au village du IN, Cloître des Carmes : tous les jours les festivaliers viennent déposer leurs petites annonces de vente / achat. On peut parfois y trouver son bonheur. Sinon, la plupart des spectacles que j’ai cités seront joués à Paris la saison prochaine : Thomas Jolly à La Villette, Anne-Cécile Vandelem et Ivo van Hove à L’Odéon, Milo Rau aux Amandiers. JDCJDR.

****

Voilà, ce n’est pas exhaustif du tout, c’est très subjectif, alors un conseil : tentez, découvrez, testez, laissez-vous surprendre. Les plus belles découvertes sont souvent le fruit du hasard, il en est de même au théâtre, parfois plus qu’ailleurs. Bon festival à toutes et tous.

 

2 réflexions sur “T’es IN ou t’es OFF ?

  1. Désolé pour MarivauX (oui, bien sûr, marivauDage…), mais la pièce est en prose!..
    Sans rancune, et au plaisir de vous lire. Et peut-être viendrez-vous voir La Réunification des deux Corées, de Joël Pommerat, au théâtre Barretta (tout neuf de cette année), Place Saint-Didier.
    Bien à vous,
    Daniel Schröpfer

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