LES ONDES MAGNÉTIQUES – David Lescot – Comédie Française, Vieux Colombier

ondes

Les nuits promettaient d’être belles

On ne se souvient pas forcément qu’il fut un temps où les radios n’étaient pas libres et que l’État avait le monopole des ondes. On ne se souvient pas forcément qu’avant la première élection de François Mitterrand sur les ondes grouillaient des radios clandestines, faites de bric et de broc, émises le plus souvent de façon totalement artisanale et aléatoire. C’est cette époque, et la naissance des radios libres que David Lescot vient raconter sur le plateau du Vieux Colombier. Leur naissance, dans la fanfare pétaradante et l’effervescence qui suivit le 10 mai 1981, leur vie, entre enthousiasme libertaire et soif de changement, et leur déclin, quand à l’heure de la maturité il a fallu survivre, devenir rentables, devenir sérieux. Mais au-delà des radios libres c’est aussi une époque, celle de la gauche qui arrive au pouvoir, celle de la gauche qui chamboule tout, la gauche des premières mesures phares (5ème semaine de congés payés, hausse des salaires, du budget culture, du nombre de fonctionnaires, abolition de la peine de mort,…) aux premières désillusions avec le retour forcé à la rigueur en 1983 et la nécessité de devenir rentables pour les radios libres.

Sur scène, le parallèle est parfait : au centre du dispositif bi-frontal le décor va peu à peu évoluer au fil de la professionnalisation des radios : au départ bazar-foutoir clandestin, puis peu à peu aménagé, pensé, optimisé, le décor accompagne l’évolution des radios entre 1980 et 1983. L’amateurisme disparait peu à peu pour laisser place à l’organisation, la publicité, puis la compétition puisqu’il faut survivre. Le tout est savamment dosé entre récit et documentaire, avec de savoureux intermèdes musicaux : sur des rythmes très eighties les comédiens viennent affublés de perruques, manteaux de fourrures, pantalons de strass, on émet dans la journée et on danse toute la nuit dans les discothèques. Les comédiens français s’adaptent au genre et changent de costume, de personnage, d’état d’esprit. Tous sont impeccables (nous sommes au Français), mais notons tout d’abord la jolie révélation de Claire de la Rüe du Can dont le jeu impeccable laisse espérer de futurs rôles à la mesure de son talent. Nazim Boudjenah provoque l’hilarité avec son personnage de Scritch, Elsa Lepoivre demeure encore une fois l’impeccable Elsa Lepoivre, Christian Hecq, s’il exploite encore son coté clownesque, n’en incarne pas moins un savoureux patron plus cynique que philanthrope. Les autres sont au diapason, de Xavier Gasiorowski, jolie recrue, à Jennifer Decker (même si on la préférait dans Phèdre), Alexandre Pavloff, hilarant sur ses patins à glace ou Silvia Bergé, toujours juste.

Le tout est savoureux, musical, drôle, mais n’oublie pas de laisser planer un soupçon de mélancolie et de nostalgie sur une époque révolue, celle de rêves, des libertés, des souffles nouveaux et des idéaux. Tout se termine en chanson avec Jacques Higelin et Champagne : la nuit promettait d’être belle, et elle le fut, dans ses années là. Le ciel a bien blanchi, reste la nostalgie. Champagne !

Les ondes magnétiques, David Lescot

Musique Originale David Lescot, Anthony Capelli

Costumes Marianne Delayre

Avec : Sylvia Bergé, Alexandre Pavloff, Esla Lepoivre, Christian Hecq, Nazim Boudjenah, Jennifer Decker, Claire de la Rüe du Can, Yoan Gasiorowski.

Comédie Française, théâtre du Vieux Colombier, jusqu’au 1er juillet

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