L’ANNÉE DE RICHARD, Angelica Liddell MES Anne-Frédérique Bourget Festival d’Avignon OFF 18

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« Le langage du pouvoir doit coïncider avec le langage des idiots ! »

L’homme est difforme, une prothèse lui maintient l’épaule et le bras. Il porte un bas de survêtement informe, il semble sorti des limbes. Son regard, pourtant, est hypnotique, brûlant, vif, il transperce celui qui ose l’affronter, le cloue au sol, le rive à ses propres yeux. Il pourrait faire peur, il fascine.

Lui, c’est le Richard créé par Anjelica Liddell. Assoiffé de pouvoir, il manigance, il conspire, il anticipe. Il prépare. « Je veux un parti ! »  Il veut le pouvoir. Comment ? Il y arrivera. Il sait ce qu’il faut faire, il connait les mots qui asservissent. Un texte visionnaire, où le despote, digne descendant du héros de Shakespeare, profère une heure durant un monologue sidérant. Anjelica Liddell dénonce avec des mots crus, secs, tranchants, l’exploitation des masses, les mensonges, les manipulations qui servent à assoir de fausses démocraties. De Richard III à aujourd’hui, les fins n’ont pas changé, seuls les moyens évoluent, plus modernes, plus efficaces, plus violents. Les tyrans, eux, sont toujours là, ils ont juste adapté leur langage.

Pour porter ce monologue intense, pour devenir ce Richard à la monstruosité perverse, il fallait un comédien à la hauteur du personnage. C’est chose faite avec Azzedine Benarama : le comédien, habité, le regard tantôt fixe tantôt trouble, devient une heure durant le monstre, devient celui qui assène, celui qui vocifère, celui qui écrase. De son corps, de son regard, il habite littéralement la scène et la salle, passant du charme à la tyrannie, de la douceur à la violence. Impossible d’échapper à son regard, impossible de le quitter du regard, il se dégage de lui une animalité et une intelligence fascinantes. A ses côtés, un personnage muet ou presque, incarné par Lauriane Durix  : bouffon, ange ou démon, complice, âme damnée, bras armé, Catesby est la beauté qui rassure, qui endort les soupçons. La jeune femme est un parfait contrepoint à Azeddine Benarama. Le musicien Alexis Sibeleau les accompagne, soulignant régulièrement de sa musique le parti pris décalé de la mise en scène : les strass et ballons apportent une touche de burlesque, et permettent une distance entre le texte et le public, qui n’en reçoit, à froid, que mieux l’acuité du propos.

La compagnie Maskantête, pendant toute la durée du festival, propose aux festivaliers qui le souhaitent de prendre part au spectacle : de jeunes enfants sont donc sur scène pour chanter le prologue ou incarner les morts qui reviennent hanter Richard : belle initiative qui permet aux plus jeunes de découvrir et s’imprégner du travail de création théâtrale. On applaudit l’idée, tout comme on applaudit chaudement ce spectacle nécessaire et ce texte indispensable.

« Le mot d’ordre est : Culture sans éducation. Culture sans éducation ! Les démocrates sont ainsi faits. Ils lisent peu et quand ils lisent, ils n’apprennent rien. Ils n’en tirent pas la moindre leçon de morale. Des analphabètes moraux. Des neurones imperméables à toute forme d’intelligence. Il y en a encore, par ailleurs, qui ont foi en la patrie. Certains pays ont même conservé leurs monarques. Et ça, nous devons en profiter. »

 L’année de Richard, de Anjelica LIddell

Mise en scène Anne-Frédérique Bourget – Compagnie Maskantête

Avec : Azeddine Benamara, Lauriane Durix et Alexis Sébileau
Adaptation : Compagnie Maskantête
Création lumière : Bastien Gérard
Création sonore : Alexis Sébileau
Scénographie : Nicolas Calado

 Festival d’Avignon OFF 2018, L’Artéphile, 15h45, relâche les 8, 15 et 22 juillet

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