FRIC FRAC – Edouard Bourdet – MES Michel FAU, Théâtre de Paris

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Émeline Bayart sauve Fric Frac du flop

D’Edouard Bourdet, je connaissais surtout la cynique tragi-comédie Les temps difficiles qui épingle avec virtuosité les veuleries et la cupidité d’une grande bourgeoisie ruinée au début du XXème siècle. Dans Fric Frac, c’est le Paris des petites frappes gouailleuses et des petits commerçants que croque Edouard Bourdet : on y rencontre M. Mercandieu bijoutier de son état et sa fille Renée. Renée aime Marcel, l’employé de son père, qui lui est fasciné par la belle et provocante Loulou, la fille de rue dont le petit ami est en prison. Voulant profiter de la crédulité de Marcel, Loulou propose à son ami et monte en l’air Jo les bras coupés de cambrioler la bijouterie des Mercandieu.

La pièce de Bourdet, après avoir ravi les spectateurs en 1936, est ancrée dans les mémoires grâce à l’adaptation cinématographique de Claude Autant-Lara avec Arletty, Michel Simon et Fernandel. Cet automne Michel Fau s’attelle à la lourde tâche de raviver cette comédie un peu datée dont le succès de l’époque tint beaucoup au charisme tout en gouaille et en argot de ses comédiens. Pour cela, il fait appel à une distribution prometteuse : Julie Depardieu est Loulou, Régis Laspalès Marcel, tandis que Michel Fau est Jo les bras coupés. Une distribution de têtes d’affiche, donc, dont on ne reniera pas l’adéquation avec les personnages : Julie Depardieu colle avec grâce à la provocante Loulou, Régis Laspalès s’applique dans son personnage d’idiot naïf  tandis que Michel Fau campe un Jo désinvolte hilarant dans les scènes d’ivresse…. Pour autant, jouant souvent face public, il leur manque à tous trois l’étincelle qui pétillait dans les yeux de leurs illustres prédécesseurs : appliqués mais pas impliqués, ils manquaient mardi soir légèrement de couleur et de relief dans un décor au contraire très bariolé.

Désopilante Émeline Bayart

Dans ce décor tout de guingois et bigarré à souhait, c’est la délicieuse Émeline Bayart qui brûle les planches : à la fois naïve, hilarante ou autoritaire, l’impeccable Daria de Gaétan Vassart surpasse dès le début ses partenaires en incarnant une Renée vibrante de malice et de passion. D’un regard, d’une grimace, d’une attitude, elle se transforme en jeune fille soumise ou en virago colérique sans jamais franchir la ligne rouge de la surinterprétation, pourtant ténue dans ce registre là : celle qui n’était pas en haut de l’affiche tient ici le haut du pavé et relève brillamment une comédie un brin désuète qui, du fait d’une mise en scène statique et des nombreux tomber de rideau, manque de peps, au contraire de ses décors.

Fric Frac séduit donc avant tout grâce à la sémillante Émeline Bayart : en même temps, depuis le temps que je dis qu’il faut suivre cette comédienne-chanteuse

Fric Frac, d’Edouard Bourdet

Mise en scène Michel Fau

Avec Émeline Bayart, Julie Depardieu, Régis Laspalès, Michel Fau, Georges Bécot, Fabrice Cals, Yannis Ezziadi, Antoine Kahan, Audrey Langle, Roland Menou

Décor : Bernard Fau

Théâtre de Paris, jusqu’au 30 octobre 2018 – réservations au 01 48 74 25 37

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