LE TARTUFFE – Molière – MES Peter Stein – Théâtre de la Porte Saint Martin

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Un Tartuffe qui manque de goût

L’affiche a de quoi appâter : Jacques Weber, Pierre Arditi, mis en scène par Peter Stein dans le Tartuffe. Une fois encore le Théâtre de la Porte Saint Martin fait appel à des têtes d’affiche pour lancer la saison : risque zéro, la salle est comble et le public conquis d’avance, qui attend avec moult frémissements l’entrée en scène des artistes. Le décor est stylisé, immaculé, le mobilier minimal, à cour un escalier mène à une coursive toute aussi blanche. En guise de prologue, un bal où quelques couples en tenue de soirée dansent sur des musiques de plus en plus contemporaines ; ils s’éclipseront rapidement pour laisser place aux comédiens. Rappelons les faits brièvement : Orgon, riche bourgeois, est totalement obnubilé par le pieux et dévot Tartuffe qui ne veut qu’une chose, déposséder Orgon de tous ses biens. Orgon, aveuglé, décide de lui donner sa fille Marianne en mariage. Elmire, la femme d’Orgon rêve de démasquer Tartuffe et de prouver l’imposture à son naïf époux.

Je me suis plu à penser que, la musique du prologue s’en allant progressivement vers une époque de plus en plus moderne, et le décor contemporain aidant, Peter Stein allait ancrer sa mise en scène dans un contexte modernisé. Las ! Il n’en sera rien et nous voilà plongés dans un panachage improbable de costumes d’époques disparates qui vont du 17ème au 19ème sans que l’on en saisisse la raison. Si Molière peut souffrir autant de transpositions qu’on le voudrait tant ses textes sont intemporels, le parti-pris de Peter Stein laisse ici dubitatif : à ne prendre aucune position claire il laisse le spectateur dans le flou et finit par brouiller les pistes… et le sens du texte, affaibli par ces mélanges  jusqu’à la dernière scène à vrai dire déconcertante voire hilarante tant le deus ex machina est poussé à l’extrême et joué au premier degré avec l’arrivée de Louis XIV costumé – et sonorisé.

C’est clairement dommage car les comédiens honorent leur rôle avec brio, à commencer par Jacques Weber en Orgon faiblard totalement ébloui par Tartuffe dont on sentira la fascination et les certitudes vaciller à la fin, et le briser / Pierre Arditi, glacial et calculateur (que j’aurais aimé voir encore plus mielleux) mais qui forme avec Jacques Weber un duo joliment complémentaire. Isabelle Gélinas est une belle Elmire décidée à résister et mettre en pièces les certitudes de son mari, tandis que Manon Combes est une Dorine vive et impertinente. Marion Malenfant en revanche exaspère par son jeu réduit, du début à la fin, à des pleurnicheries : lassant. Elle mise à part, les comédiens compensent heureusement un spectacle qui déçoit par sa mise en scène sans parvenir à le sauver : Peter Stein, à ne prendre aucun parti clair, à avoir trop désossé le texte, donne à entendre une lecture incolore de ce Tartuffe. Tant pis.

Pascal Victor

Le Tartuffe, de Molière

Mise en scène Peter Stein, assisté de Nikolitsa Angelakopoulou

Avec Pierre Arditi, Jacques Weber, Isabelle Gelinas, Manon Combes, Catherine Ferran, Bernard Gabay, Félicien Juttner, Jean-Baptiste Malartre, Marion Malenfant, Loïc Mobihan, Luc Tremblais

Décors Ferdinand Woegerbauer

Costumes Anna Maria Heinreich

Lumières François Menou

Théâtre de la Porte Saint Martin, réservations au 01 42 08 00 32

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