ERVART ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche – H. Blutsch – MES L. Fréchuret – Théâtre du Rond Point

Ch. Raynaud de Lage

Né dans la banlieue de Nantes en 1969, Hervé Blutsch est un auteur français de théâtre belge**.

Il sera dit qu’au Rond-Point décidément on n’a pas peur de prendre des risques et de sortir des sentiers battus ou balisés de la bonne conscience, qu’elle soit morale ou commerciale. Ici, on prend des paris, et, pourvu qu’ils soient les plus fous les plus tordus les plus risqués, on ose. En ce début d’année, Laurent Fréchuret propose un texte d’Hervé Blutsch* (auteur dramatique à succès d’envergure internationale, dont les pièces, traduites dans plus de quatre-vingt langues, sont représentées sur les plus grandes scènes du monde par des comédiens de très haut niveau dirigés par les meilleurs metteurs en scène du moment et dont le public, d’une exceptionnelle acuité, est considéré comme l’un des plus exigeants de la planète) (tel que se décrit l’auteur) au public exigeant, donc, du Rond-Point (c’est clair ?).

Ervart (ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche), écrit entre deux shampoings par l’auteur sous la menace de comédiens probablement aux abois, raconte l’histoire d’un mari qui se croit cocu. Fou de jalousie, Ervart, le faux cocu fou de rage, part dans la nuit massacrer tout ce qu’il rencontre et rentre au petit matin, ensanglanté, retrouver sa femme et sa maison. Hallucinations, élucubrations, rencontres folles et fantasmes déjantés, Ervart va croiser un psychiatre citationniste, un agent secret zoophile amoureux d’un caribou mais séduit par Failldola (la jument) (de Troie), l’ombre de l’amant de sa femme qui le suit comme son ombre, une comédienne en mal de scène et des comédiens qui se sont trompés de scène, tandis que son majordome tente de sauver ce qu’il reste de meubles et de raison et que sa femme tente de… on perd le fil. C’est totalement déjanté, délicieusement absurde, surréaliste au possible, on y perd son latin son anglais et son sérieux, et, si toutefois le tout aurait mérité d’être raccourci car plus d’une fois les gags s’étirent au risque de lasser le public pantois et sans voix, on ne peut qu’être séduit par cette fantaisie débridée et totalement assumée. Vincent Dedienne mène tambour battant une équipe même pas sous acide et pourtant en plein délire. Tous sont excellents, de Stéphane Bernard, hilarant inspecteur zoophile à Marie-Christine Orry, désopilante comédienne-putain : dirigés parfaitement par Laurent Fréchuret (qui co-signe, avec Alain Deroo, la très jolie scénographie), ils entrainent sans vergogne et sans fausse note le public dans cette farce-polar-cauchemar-tragicomédie détonante. La première hier manquait encore un peu de peps, je ne doute pas qu’elle gagne très, très vite en rythme et en plus de folie encore.

*D’abord astronaute à l’Agence spatiale européenne (1985-1988) puis gérant d’une boutique de chaussures orthopédiques à Albertville « Le pied à l’aise » (1988-1990) Hervé Blutsch rencontre le théâtre dans un atelier de pratique amateur. Stupéfait par la médiocrité du répertoire contemporain, il renonce soudain à la chaussure pour s’adonner exclusivement à l’écriture dramatique.**

 ** extraits des éléments de langage de la biographie récoltés sur le site de l’auteur

 

 

Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche

Texte d’Hervé Blutsch

Mise en scène Laurent Fréchuret

Scénographie : Alain Deroo, Laurent Fréchuret

Avec : Stéphane Bernard, Jean-Claude Bolle-Reddat, James Borniche, Maxime Dambrin, Vincent Dedienne, Margaux Desailly, Pauline Huruguen, Tommy Luminet, Marie-Christine Orry

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 10 février

Réservations au 01 44 95 98 21

 

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