LE FILS – Marine Bachelot Nguyen – MES D. Gauchard – Théâtre du Rond-Point

le fils

Et délivre nous du mal…

La scène est quasi vide. Seul un piano trône au centre, ainsi qu’une lampe en fond de scène. La femme qui entre alors est peu maquillée. Les cheveux attachés, elle porte un jean droit, une chemise claire, des derbies noires. Aucun signe particulier, elle pourrait être votre voisine, votre sœur, votre amie. Elle pourrait presque être… vous, aussi. Une femme somme toute banale, ordinaire. Elle est pharmacienne et vit en province. En Bretagne précisément, mais elle pourrait vivre partout. Elle est pharmacienne, a deux enfants, un mari. Pour s’intégrer, pour aider son mari dans sa carrière (il est pharmacien, comme elle) elle se rapproche de la femme d’un chirurgien, devient son amie, partage ses sorties. Comme souvent les notables de provinces, il faut se montrer le dimanche à la messe. Son mari est croyant, plus qu’elle, alors elle l’accompagne, écoute les homélies, se rapproche encore plus de son amie. La religion prend petit à petit plus de place dans sa vie. Ca ne fait aucun mal, la religion, ça lui fait même du bien, alors cette femme y plonge de plus en plus, commence à participer à des réunions, des manifestations : la ferveur la porte, la ferveur l’emporte. Jusqu’à la dérive, jusqu’à l’intolérance, jusqu’à la Manif pour tous, jusqu’à l’aveuglement.

Le style de Marine Bachelot Nguyen est simple, sans emphase ; à coup de petites phrases, de petites anecdotes, la déclivité de sa dérive devient de plus en plus pentue, dangereuse et tout au long du récit, le public suit et accompagne cette femme dans sa plongée vers l’extrémisme religieux. La force du texte réside aussi dans son absence de jugement, de condamnation : cette dérive arrive insidieusement et pourrait – presque ? – arriver à tout le monde. Pour paraphraser une autre phrase célèbre, on ne nait pas extrémiste et homophobe, on le devient : c’est ce que Marine Bachelot Nguyen démontre avec talent.

Si le texte est édifiant, il est magnifié et servi avec un talent remarquable par la comédienne Emmanuelle Hiron qui s’en empare avec ce qu’il faut de distance et d’imprégnation. D’une grande justesse, elle parvient à entraîner le public dans le sillage de cette femme somme toute normale, somme toute banale, le river à ses gestes, ses regards, l’hypnotiser par ses mots, et faire de lui le témoin muet d’une chute terrifiante qui le laisse pétrifié.

Un texte nécessaire et percutant.

Le fils, de Marine Bachelot Nguyen

Avec Emmanuelle Hiron

Mise en scène David Gauchard

Théâtre du Rond Point, jusqu’au 14 avril

Réservations au 01 44 95 98 21

Une réflexion sur “LE FILS – Marine Bachelot Nguyen – MES D. Gauchard – Théâtre du Rond-Point

  1. Tout à fait d’accord avec toi. C’est un vrai sujet, qui interpelle ( j’avoue n’avoir jamais regardé l’intégrisme catholique sous cet angle là ) traité avec beaucoup de justesse et de sobriété. Emmanuelle Hiron est parfaite. Son jeu épouse parfaitement la montée en tension du personnage.

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