UNE HISTOIRE D’AMOUR – Alexis Michalik – La Scala

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Un beau matin, je sais que je m’éveillerai…

On ne présente plus Alexis Michalik, auteur et metteur en scène incontournable dans l’espace théâtral parisien depuis quelques années. Le porteur d’histoires, Le cercle des illusionnistes, Edmond, Intra Muros, l’homme remplit les salles et aujourd’hui encore le Théâtre de l’œuvre, les Béliers parisiens, le théâtre du Palais Royal, le théâtre de La pépinière et maintenant La Scala programment ses pièces, assurant ainsi la qualité de leur programmation, et de leur fréquentation.

Programmer un Michalik semble donc être un gage de succès ou en tout cas de rentabilité et cet hiver c’est La Scala qui décroche le gros lot avec THE pièce to see, c’est-à-dire la toute nouvelle création d’Alexis Michalik. Une histoire d’amour raconte l’histoire de Juliette et Katia, deux jeunes femmes qui tombent amoureuses l’une de l’autre. Décidées à avoir un enfant, elles tentent toutes les deux une insémination artificielle. Katia tombe enceinte. Douze ans plus tard, alors que Juliette l’a quittée, Katia apprend qu’elle va mourir. Elle doit trouver un tuteur pour sa fille Jeanne et se tourne vers son frère William. Celui-ci, alcoolique, lui suggère de retrouver plutôt Juliette pour prendre en charge son enfant.

Michalik est et restera un parfait conteur d’histoire, sachant cueillir ici de quoi séduire le spectateur, souffler là-bas ce qui en enflammera un autre. Une histoire d’amour ne déroge pas à la règle. Ici, les ingrédients sont multiples et s’appliquent à séduire le plus grand nombre : l’histoire d’amour entre ces deux femmes, l’histoire d’amour entre cet écrivain et son épouse décédée (celle qui m’a le plus émue d’ailleurs), l’histoire d’amour entre cette mère et sa fille, l’histoire d’amour entre cette sœur et ce frère, l’histoire d’amour, pour finir, entre cette jeune fille et son oncle immature et dépassé. C’est beau c’est touchant mais c’est souvent très vite esquissé et c’est ça qui agace : j’aurais apprécié que Michalik prenne le soin d’étoffer l’ossature de son Histoire, prenne un parti clair en développant l’une ou l’autre de ces séquences de façon plus pérenne, voire plus tranchée.

Parce que ça va vite et ça s’enchaine à toute vitesse. Après une chanson d’Aznavour (Et pourtant) chantée par tous les comédiens en guise de prologue, on passe fluidement d’une scène à l’autre – c’est bien là une part de son talent, ses mises en scène ont l’art de passer d’un moment à l’autre en un tour de main de canapé de lumière sans jamais perdre le spectateur. On n’est jamais perdu, on s’attache à ces personnages plutôt joliment interprétés (mercredi c’était Violette Guillon qui jouait Jeanne et c’est un sacré bon brin de comédienne) et pourtant, finalement, on se dit que tout ça va vite très vite trop vite, qu’on assiste à un joli moment-soufflé qui va s’essouffler et retomber, que tous ces bons sentiments dégoulinent, à peine esquissés, à peine balayés par un autre, que tout ça c’est un peu trop… consensuel. J’aurais aimé qu’Alexis Michalik nous entraîne encore plus loin dans l’histoire de Juliette et Katia, qu’il creuse bien davantage pourquoi un beau matin sans remords et sans regrets elle est partie…

Pour en finir avec cette critique déjà bien trop longue, comme je ronchonnais déjà un peu en sortant de la salle, une chère amie me rétorquait « arrête, tu as bien versé ta larmichette, non ? »  Bien sûr, j’ai bien versé ma larmichette. Trop brièvement. Une histoire d’amour est donc une succession d’histoires aussi émouvantes qu’éphémères qu’on oublie vite, très vite, avant de passer à la suivante, de revenir un peu en avant et de repartir illico. Si le public mercredi s’est levé aux saluts en lançant de nombreux bravos, si je me réjouis vraiment de voir une salle quasi comble et un public fidèle, je continue de m’interroger en rêvant d’un théâtre un peu moins kleenex un peu moins jetable, un peu moins éphémère, toujours plus profond et plus renversant.

J’aurai beau je crois m’interroger et remuer le truc dans tous les sens, je continuerai de dire à propos de cette Histoire d’amour : oui… mais non, ou alors avec réserves. En fait, je reverrais bien cette chanson du début, elle était si belle. Et pourtant je n’ai rien bu en écrivant cette (mauvaise) critique qui ressemble plus à un salmigondis de réflexions qui vont dans tous les sens. Et pourtant j’ai cette fichue et délicieuse chanson dans la tête et sur les lèvres depuis deux jours et elle résume tellement bien ce qu’a voulu dire Michalik. En quelques minutes à peine. Et pourtant…

Une histoire d’amour, texte et mise en scène Alexis Michalik

Avec Pauline Bression, Juliette Delacroix, Alexis Michalik, Marie-Camille Soyer, et, en alternance Lior Chabbat, Violette Guillon, Amélia Lacquemant

La Scala, jusqu’au, réservations au 01 20 03 44 20

Durée 1h25

 

 

2 réflexions sur “UNE HISTOIRE D’AMOUR – Alexis Michalik – La Scala

  1. Pas du tout mauvaise, cette critique! J’ai eu l’occasion de voir tous les autres spectacles de Michalik et je vois très bien ce que vous ressentez. Un produit populaire, rapidement enlevé, une dose d’émotion, un zeste de spectaculaire, impeccablement structuré et que reste-t-il? Un spectacle rassurant sans interrogation. Mais si cela peut inciter les gens à aller au théâtre, tant mieux. L’esprit devient sélectif à l’usage.

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