LES TROIS MOUSQUETAIRES – Collectif 49701 – Théâtre Saint Quentin en Yvelines

Un théâtre de cape et de folie

Il s’en fallait, de la fougue, de la passion, de la folie et aussi, sans doute, un peu, de l’inconscience, au collectif 49701, pour s’attaquer au roman d’Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires. Parce que leur adaptation, leur folie, c’est d’avoir créé, imaginé, réécrit, repensé, adapté, les quelques 900 pages du roman en un feuilleton romanesque de six saisons. Il ne faut pas oublier qu’Alexandre Dumas a d’abord publié Les trois mousquetaires sous forme de feuilleton :  Jade Herbulot et Clara Hedouin, toutes deux autrices au sein du collectif, s’inspirent donc de cette forme habituelle à la fin du 19° siècle, et y puisent la matière à une série, découpant le roman de cape et d’épée en six saisons de trois ou quatre épisodes chacun, le tout représentant environ seize heures de spectacle.

Cela pourrait paraître fou, et ça l’est sans aucun doute. L’histoire est là, on y retrouve d’Artagnan, jeune gascon arrivant à Paris dans l’espoir d’intégrer le corps des Mousquetaires du Roy. Il rencontrera Aramis, Portos et Athos, tombera amoureux de Constance Bonacieux, défendra la Reine Anne d’Autriche dans l’affaire des ferrets de la Reine, affrontera Milady de Winter..

Tout y est donc : tout y est, mais le collectif 49701 transforme le tout en un incroyable maelstrom où les codes sont brouillés, où les références à l’actualité se glissent facétieusement, où l’humour est prégnant et la créativité sans limite. Que ce soit sans les anachronismes, les références à l’actualité (on y verra une des critiques littéraires s’écharpant sur les qualités du roman en mode Masque et la Plume, ou des Youtubeurs littéraires s’invitant au bal de Milady), que ce soit dans les formes théâtrales multiples (la fuite de Milady est jouée avec des marionnettes) ou que ce soit tout simplement dans la forme imaginée par le Collectif qui invite le public à suivre les comédiens de lieu en lieu au fil des épisodes, on assiste ici à une sorte de folie tourbillonnante où la forme picaresque épouse avec une fougue sacrément insolente la magie des lieux que le collectif investit.

Parce qu’il faut le dire : si le procédé fonctionne à merveille, c’est aussi parce que le public est invité à changer de lieu à chaque épisode. Pour ma part, j’ai vu le tout au domaine de l’abbaye de Port Royal des Champs (78). Le collectif y jouait les saisons 1, 2, et 3 en 2019, et les saisons 4, 5, et 6 en 2021. Deux périodes, deux ambiances : en juin 2019 la canicule sévissait et les comédiens, qui avaient décidé de maintenir la représentation (14h 23H), ont joué pendant 9 heures (deux entractes) sous une chaleur extrême avec leurs costumes souvent lourds et fraichement arrosés d’une bouteille d’eau. Hier, ils jouaient sous un ciel plus clément mais parfois orageux et le public s’était muni de parapluies et kway. Mais quelques soient les conditions météorologiques, leur implication, leur investissement, leur fougue, ne faiblirent jamais.

Il faut dire que la beauté de cette abbaye de Port Royal des Champs ajoute à la magie de la représentation. Il faut dire que ce spectacle se marie judicieusement avec les lieux, son château, sa vieille chapelle, sa grange. Il faut dire que les comédiens, qui jonglent avec les personnages avec brio, semblent infatigables et ne faiblissent jamais : impossible d’en distinguer un ou un autre. Kristina Chaumont, Eugène Marcuse, Maximilien Seweryn, Guillaume Pottier, Grégoire Lagrange, Charles van de Vyver, Robin Causse, Guillaume Compiano, et les autres, tous s’emparent de leurs personnages et jonglent de l’un à l’autre avec une joie communicative.

On aime donc beaucoup cette adaptation toute en fougue et en folie. On aime y voir, pendant 9 heures d’affilée, de jeunes enfants (pour certains très jeunes) observer, suivre, rire, rougir parfois du culot de certaines scènes, s’intéresser, poser des questions, sans jamais se lasser. C’est ainsi que cette forme endiablée de théâtre de tréteaux envahit l’espace et embarque son flot de spectateurs ébahis et enthousiastes jusqu’à la nuit, c’est ainsi qu’une jeune compagnie marie avec brio le théâtre des tréteaux, la littérature (que les autrices continuent de célébrer dans toute cette folie), la beauté de lieux qu’elles investissent : il en sort un moment hors normes où le temps s’efface pour laisser place, pendant deux fois neuf heures, à l’amour de la littérature, et du théâtre. Que demander de plus ?

Les trois mousquetaires, de Alexandre Dumas

Collectif 49701 – Ecriture et mise en scène Jade Herbulot et Clara Hedouin

Théâtre Saint Quentin en Yvelines

Avec Eleanore Arnaud, Loup Balthazar, Guillaume Compapiano, Kristina Chaumont, Clara Hedouin, Jade Herbulot, Grégoire Lagrange, Antonin Fadinard, Maxime Le Gac Olanié, Guillaume Pottier, Charles van de Vyver

Théâtre de Saint Quentin en Yvelines – Abbaye de Port Royal des Champs

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s