L’AIGLON – MES Maryse Estier – Théâtre Le Montansier

Ch. Raynaud de Lage

L’aiglon en maj’Estier au Montansier

On pense souvent Cyrano quand on dit Rostand, et pourtant le dramaturge est l’auteur de plusieurs pièces dont Les romanesques, L’aiglon ou Chantecler. Et si Cyrano de Bergerac a rencontré un franc succès à sa création en 1897, L’aiglon, créé en 1900 fut lui aussi un véritable triomphe.

Ici, point de gascons, de dépit amoureux, ni de combats épiques : L’aiglon met en scène les dernières années du Duc de Reichstadt, fils unique de Napoléon 1er et Marie-Louise d’Autriche.  Le jeune homme grandit en exil dans le palais de son grand-père Franz, empereur d’Autriche. Alors que la seconde révolution met sur le trône Louis-Philippe, des conspirateurs bonapartistes viennent proposer à l’Aiglon de fuir l’Autriche, prendre les armes pour reconquérir la France.

Tout est bon chez Edmond

C’est donc l’histoire d’un jeune homme exilé, né d’un homme hors du commun qu’il aura à peine connu, un homme glorifié puis déchu, que raconte Maryse Estier. La mise en scène fait la part belle à cette jeunesse oisive, tiraillée entre son hérédité et ses rêves d’émancipation. Outre le jeune Aiglon, c’est toute une jeune aristocratie en voie d’extinction que dessine Rostand. Désirs, rêves, ambitions, les jeunes comédiens évoquent avec brio la fougue et l’exaltation de cette jeunesse qui ne voit pas son déclin arriver. Admirablement dirigés, ils insufflent une énergie pure, une vitalité à la fois folle et maitrisée à leurs personnages.

Tous sont excellents, précis, nets, tous manient la langue de Rostand avec brio, jouent des alexandrins et en déjouent les pièges avec une facilité déconcertante : le tout est un régal à entendre, à écouter, à savourer. Et si tous sont excellents, de Pierre Cuq à Nicolas Avinée, en passant par la prestation irrésistible de Cécile Brune (Flambeau), on ne pourra que saluer Clémence Longy, épatante dans son interprétation de l’Aiglon. Comme Rostand en 1900 avec Sarah Bernhardt, c’est aussi à une comédienne que Maryse Estier a confié le rôle-titre et on peut dire sans hésiter que son choix est judicieux : Clémence Longy est un jeune homme tour à tour hésitant, fiévreux, honteux, exalté. Avec sa voix, son corps, ses regards, elle transmet les doutes et les peurs d’un enfant écrasé par l’ombre d’un père qu’il a si peu connu, le désir brûlant qui le fera fuir pour reconquérir Paris, les craintes et la résignation, enfin. Sa palette de jeu est de mille nuances toutes aussi subtiles que parfaitement dosées.

Mais si je pourrais parler des heures de cette équipe unie dans un même désir de partager, il me faut aussi évoquer la scénographie, que Maryse Estier et Marlène Berkane ont voulu intemporelle : de grands voiles de plastique blanc remplacent les pendrillons noirs, un mobilier minimaliste blanc lui aussi, qui évolueront au fil des actes (transformés en épisodes, comme ceux des feuilletons habituellement publiés au 19è siècle, ou comme les séries d’aujourd’hui) : des salons de l’aristocratie autrichienne à la plaine de Wagram, le décor s’effondrera peu à peu pour finir, quasi vide, au palais de Schönnbrun où mourra le jeune Duc. N’oublions pas les costumes de Clément Vachelard : eux aussi intemporels, il oscillent entre années 30 et XXe siècle : les manches à gigot, jabots, capelines et jupes virevoltantes se réinventent avec modernité sans renier leurs racines, le tout dans une très belle harmonie, noire, blanche et jaune dans la première partie, puis bleue ou rouge dans les suivantes. Le tout est extrêmement beau et raffiné.

On aime donc cet Aiglon fougueux, ardent, écrasé par les doutes et guidé par ses rêves. Si Rostand a raconté l’histoire d’un jeune homme que l’histoire a presque gommé, Maryse Estier lui rend un hommage enflammé et transforme à son tour cet Aiglon en aigle magnifique.

L’aiglon – Edmond Rostand – Mise en scène et adaptation Maryse Estier assistée de Valentine Bernardeau

Scénographie Marlène Berkane, costumes Clément Vachelard,

Avec Nicolas Avinée, Cécile Brune, Pierre Cuq, Dylan Ferreux, Elsa Guedj, Lucas Hérault, Michael Maïno, Margaux Le Mignan, Héloïse Werther, Marc Chouppart, Clémence Longy, Céline Toutain, Baptiste Roussillon. Production Cie Jordils. 

Théâtre Montansier jusqu’au 14 novembre, puis Théâtre Les trois Pierrots (Saint-Cloud) le 21/11, Théâtre André Malraux au 3 au 5 décembre, La Manufacture (CDN Nancy Lorraine) du 15 au 18 décembre, Théâtre Saint Louis (Pau) les 21 et 22 décembre

Photos Ch Raynaud de Lage

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