LES PRODUCTEURS, de Mel Brooks, MES Alexis MICHALIK

Les producteurs au Théâtre de Paris : un succès hollywoodien, une adaptation franchouillarde

Les voilà donc, ces Producteurs dont le tout Paris du spectacle ou en tous cas du Michalik fan club bruit avec une ferveur quasi religieuse depuis l’annonce du spectacle il y a quelques mois. Connu et adoubé par son public depuis ses francs (et mérités) succès (du Porteur d’histoire à Une histoire d’amour, tous ses spectacles sont encore joués à Paris avec des salles le plus souvent combles), Alexis Michalik s’attaque là au premier film tourné par Mel Brooks en 1968 et devenu mythique, Les producteurs.

L’histoire : un producteur en bord de la faillite et un comptable véreux imaginent remporter le jackpot en montant un spectacle minable qui leur permettra de partir avec la caisse quand le bide aura été avéré. Le but, donc, est de trouver le texte le plus pourri du moment, le metteur en scène le plus mauvais, les acteurs les moins doués, et d’attendre l’inévitable catastrophe en se frottant les mains. Un obscur auteur, adorateur d’Hitler, leur fournit la matière première avec un texte hommage au dictateur.  Bingo ! croient les deux compères, mais au contraire le spectacle est un franc succès. Voilà pour le pitch de ce spectacle, dont je précise tout de suite que je n’ai pas vu l’original.

Passons rapidement sur les blagues homophobes totalement éculées, outrancières et vulgaires, la caricature (les hommes gays sont des folles, les femmes gays des revêches pas féminines pour deux sous, les femmes âgées sont imbaisables – mais en chaleur) j’entends déjà les objections narquoises qui rétorqueront qu’aujourd’hui on ne peut plus rien dire et qu’il ne faut pas oublier que le texte (et ses blagues donc) datent de 50 ans. Certes, on en riait dans les années 70, mais il semble qu’on s’esclaffe encore beaucoup aujourd’hui en entendant des bonnes blagues bien grasses d’hétéros sûrs de leur supériorité. Mais bon, passons car ce n’est à mon sens même pas là que le bât blesse.

Nous sommes dans une comédie musicale, donc, et qui dit comédie musicale dit chorégraphies. Ici elles semblent tellement basiques et peu recherchées que même des piètres danseurs sauront les exécuter. Alors que les numéros trainent en longueur, les mouvements se répètent dans un enchainement pas toujours bien synchronisé. Pas ou peu d’harmonie dans les costumes si fait que l’ensemble n’est pas forcément beau à voir. Quant aux oreilles (celles des spectateurs) elles ne comprennent pas toujours les paroles, écrasées par une musique trop forte, ou bien attendent désespérément la belle voix qui les fera vibrer (et sera mise en valeur par une jolie mélodie). On attend d’une comédie musicale qu’elle nous fasse vibrer, qu’elle nous émerveille, qu’elle nous entraine… rien de tout ça ici, d’ailleurs aucune mélodie, aucune voix ne sont restées dans ma mémoire et je serai bien incapable de me remémorer le moindre air entendu hier.

Attention, je ne dis pas que le tout est mauvais, je dis que le tout est moyen, terriblement moyen. Certes, on est loin de Broadway et de ses succès planétaires, ses artistes ultra professionnels, ultra rodés, ultra complets. Certes Alexis Michalik dit avoir voulu rendre hommage à Broadway (et on reconnaitra les références à Singing in the rain, dont le début ressemble étrangement à ces Producteurs vus hier), ou à Chicago dans les décors, entre autres. Mais certaines allusions sont ajoutées de façon artificielle, comme le Roi Lion (on verra un acteur noir entamer le début de la chanson phare de la comédie), Sister Act (on verra une religieuse danser au début du spectacle), et même les Village People… bref trop de références saupoudrées au petit bonheur la chance veulent faire rire le spectateur qui ne devrait pas avoir besoin de ça si le texte était bon. Or voilà : il ne l’est pas. Oui je sais, ça a été écrit il y a 50 ans, etc etc… mais que dire des répliques « Si je pouvais vous mettre en flacon je vous aspergerais sous mes bras tous les jours », « je ne vais pas faire pipi, je vais carrière » « Pour s’assurer d’un scandale, on avait mis plein de juifs dans la salle » ?

In fine, Les producteurs c’est quoi ? Une équipe qui ne manque pas de bonne volonté mais plutôt de matière (texte, musique…) pour exprimer son potentiel, un texte daté qui ne passe par la barre d’une adaptation en 2022, une mise en scène certes fluide, mais pas révolutionnaire au regard d’autres shows nettement plus spectaculaires.

Était-ce donc réellement nécessaire de remonter ces Producteurs ? Une des répliques dit « Au théâtre, le pire, c’est quand on s’ennuie ». CQFD : je me suis ennuyée hier dans une salle totalement comble, le plus souvent totalement acquise à la cause michalienne. Je resterai pour ma part acquise à ses propres textes, et j’oublierai très vite ce spectacle moyen, pourtant triomphal.

Les producteurs, de Mel Brooks. Mise en scène Alexis Michalik

Théâtre de Paris, jusqu’au 8 mai 2022, Durée 2h, places de 25 à 85 €

Avec Serge Postigo, Benoit Cauden, Devid Eguren, Andy Cocq, Regis Vallée, Roxane Le Texier, Sébastien Paulet, Hervé Lewandowski, Melissa Linton, Véronique Hatat, Eca Tesiorowski, Marianne Orlowski, Carla Hugon.

@Alessandro Pinna

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