REVERSIBLE, les 7 doigts de la main, au Bataclan

Introspection circassienne poétique et troublante

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Qui sommes nous vraiment et qui cachons nous derrière la façade policée de notre quotidien ? Quelle sont nos racines et nos influences, les traces indélébiles parfois insoupçonnables qui nous façonnent et nous régissent ? Gipsy Snider, co-fondatrice de la compagnie Les 7 doigts de la main, a créé Réversible en s’interrogeant sur ce passé qui nous modèle imperceptiblement : elle a demandé à huit artistes (4 hommes, 4 femmes) de se pencher sur leurs familles, leurs ancêtres, et de puiser dans ces histoires familiales parfois insoupçonnées l’inspiration d’un spectacle basé sur l’empreinte parfois insoupçonnable des histoires familiales.

Des histoires familiales donc, que les huit artistes vont remonter et transformer en un spectacle basé sur l’effet miroir des racines : un décor amovible qui permet de franchir les barrières du passé, de plonger à l’intérieur des histoires intimes et d’en ressortir plus riches encore. Acrobates, jongleurs, contorsionnistes, voltigeurs, équilibristes, les huit artistes, qui ont chacun leur spécialité, s’adonnent et se donnent avec un plaisir et une générosité évidentes : l’une dans un houla hop poétique et romantique, l’autre à la jonglerie écarlate, deux autres voltigeuses dans un duo aérien étonnant ; on rajoutera la planche coréenne, le mât chinois, la roue allemande… et surtout l’ingrédient essentiel, vital, moteur du spectacle : la poésie, le rêve et l’imagination qui emportent le spectateur dans un voyage immobile et pourtant fervent, le déportent loin de son quotidien et l’embarquent dans une dimension parallèle, bercée par la musique omniprésente et parfois surprenante (comme les dialogues de La cantatrice chauve sur un duel Fouet / Eventail particulièrement savoureux).

Du cirque donc, mais, comme dans Traces présenté l’an dernier à Bobino, du cirque poétique, loin d’un esbroufe démesuré et sensationnaliste, qui se contente avec brio de marier virtuosité avec esthétique, fluidité avec force, légèreté avec performance, humour avec technicité.

Et, encore une fois, on se surprend à l’abandon, au lâcher prise, on se laisse emporter sans résistance dans ce voyage entre deux mondes qui s’interpellent et se répondent. Et qui nous happe encore, dans une poésie folle, un monde parallèle, une escapade, un intermède  beaucoup trop tôt terminé.

Réversible, par les 7 doigts de la main

Au Bataclan jusqu’au 1er avril

Réservations au :

Mise en scène Gipsy Snider

Artistes : Maria Del Mar Reyes, Vincent Jutras, Jérémi Lévesque, Natasha Patterson, Hugo Ragetly, Emilie Silliau, Julien Silliau, Emi Vauthey.

CELUI QUI TOMBE – Yoann Bourgeois

Entre ciel et terre

© Geraldine Aresteanu

Photo Géraldine Arestaneu

Dépouillé de tout artifice, de tout effet superflu ou de tout subterfuge, le cirque de Yoann Bourgeois ravit, surprend, embarque avec pour seuls outils la sincérité, l’épure, la simplicité évidente et sereine du langage des corps, des matières et des gestes. Ici, outre les 6 artistes acrobates, un septième personnage prend la première place : une plate-forme de bois pur, un soutien végétal de 6 mètres sur 6 et d’environ deux tonnes qui pivotent, tournent, se balancent, oscillent, vrillent, tremblent, se soulèvent ou se déforment au gré des câbles d’acier qui la soutiennent ou la tirent, au gré de l’axe central sur lequel elles tournent, au gré des mouvements que lui insufflent les 6 artistes, fragiles créatures soumises au caprice de la bête végétale, à ses grincements et craquements sourds.

Un étrange ballet s’installe alors : tandis que la bête gronde et bouge, les 6 artistes tentent de garder leur précaire équilibre. Ils se cambrent, courent, se retiennent, s’agrippent ou s’abandonnent au mouvement, au vent et à la force centrifuge qui les aspire. Tandis que la bête entame un mouvement de balancier lent puis de plus en plus rapide, ces six petits hommes et femmes se couchent, se relèvent, se cabrent. Parfois l’un d’eux agrippe la bête et la gravit, parfois l’un deux manque de basculer, et la force du groupe affronte la force de la bête qui les fait voler avec une grâce aérienne faite de fluidité et de légèreté.

Celui qui tombe est un ballet captivant, d’un poésie folle et d’une grâce étrange où la légèreté des humains affronte et se joue de la puissance d’un monstre de bois. Au fil des mouvements, soulignés parfois par la voix de Sinatra et My way, ou Beethoven en somptueuse, vibrante et magistrale ouverture, les danseurs vacillent et s’envolent, se rattrapent et s’agrippent.

Le public, étourdi, tremblant, est fasciné par la beauté renversante et gracile de ce ballet étrange fait de force et de fragilité. Vertigineux.

Celui qui tombe

Conception, mise en scène et scénographie: Yoann Bourgeois, assisté de Marie Fonte
Réalisation, Scénographie: Nicolas Picot et Pierre Robeli

Régie générale: David Hanse
Régie Plateau Alexis Rostain

Avec Julien Cramillet, Marie Fonte, Mathieu Bleton, Dimitri Jourde, Elise Legros et Francesca Ziviani

CDN de Sartrouville

Venez nombreux, devenez malheureux

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C’est un véritable objet théâtral non identifié que l’on découvre au Monfort en ce début de fêtes. Dark Circus, (le scénario est de PEF) est un cirque un peu spécial, un cirque où l’on ne verra ni clown farceur, ni numéro fantastique ou merveilleux. On n’y verra non plus ni humain ni animal, mais seulement une galerie de personnages illustrés en direct, et sans pellicule, sur une table de dessin. Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet, deux artistes plasticiens, font naître sous nos yeux d’abord circonspects puis rapidement totalement conquis cette histoire folle et poétique. Un cirque en noir et blanc qui promène sa mélancolie de ville en ville. Les spectateurs y viennent tête baissée pour s’attrister, les numéros s’enchaînent et les trépas se succèdent : la trapéziste rate la barre, le dompteur est dévoré par le seul lion qui n’a jamais pu être dompté, la lanceuse de couteau vise trop mal pour ne pas rater le coeur de son compagnon, l’homme canon est percuté par un boulet. Tout est en noir et blanc, tout est triste et malheureux, comme les yeux de cocker du Monsieur Loyal qui ne sourit jamais. Il suffira d’une balle rouge égarée par erreur pour qu’enfin, une explosion de couleur, de joie et de bonheur vienne balayer tout ça.

Hommes orchestres

Les images, projetées sur un écran blanc en fond de scène, captivent, tout autant que, à cour et jardin, les deux tables des artistes. Romain Bermond, à cour, dessine, tourne la manivelle, alterne fusain, encre, crayon… une poignée de sable lancée sur une feuille devient piste de cirque, une goutte d’encre sur un fond d’eau se transforme en un cheval impétueux, une ombre chinoise joue les trapézistes. Il crée en direct, et sans pellicule, une histoire fascinante. A jardin, Jean-Baptiste Maillet jongle avec les instruments, traverse parfois pour manipuler les marionnettes avec son acolyte, la tête de sa guitare est elle-même la marionnette de Monsieur Loyal.

Plein les mirettes

Il y a de la magie dans cette trop courte heure de spectacle. On écarquille les yeux devant tant de créativité, on redevient enfant devant la naissance d’un cirque imaginaire qui se dessine sous nos yeux et prend vie comme par enchantement. Le tout semble tellement fluide, simple, évident, que l’on s’abandonne vite avec félicité, que l’on se love dans nos fauteuils, dont on ne ressort pas, mais alors pas du tout, malheureux. Bien au contraire.

Dark Circus

Créé et interprété par

STEREOPTIK / Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet

D’après une histoire originale de Pef

regard extérieur Frédéric Maurin

régie générale Arnaud Viala 

en alternance avec Frank Jamond

Théâtre Monfort

Jusqu’au 17 décembre

Réservations au 01.56.08.33.88

Au-delà du cirque, Beyond enchante le Rond Point

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En ce maussade mercredi 9 novembre 2016, dans la salle Renaud Barrault du Rond Point, on s’installe, on papote, on commente, on partage ses craintes après l’élection du plus gros canard de la planète. Et – hasard ô combien bienvenu ce soir-là – c’est sur le vitaminé New York New York que commence Beyond. 7 artistes de la Compagnie australienne Circa, 4 filles et 3 garçons, qui réussissent après seulement quelques accords du crooner Sinatra, à redonner envie de rire, d’aimer, de croire, de ne pas se laisser abattre, tout simplement. Ils entrent en arborant tous une immense tête de lapin : le ton est annoncé, rire et dérision seront au programme, rires et acrobaties, rires et voltige, rire et prouesses : voltige aérienne, mât chinois, ballets aériens, équilibres en aveugle, contorsions… le tout est réalisé avec une facilité évidente, les corps sont souples et félins, aériens, légers… On en arrive à trouver logique, normal, qu’un seul jeune homme arrive à porter tous ses partenaires. On en arrive à trouver logique que cette jeune femme arrive à terminer fièrement son Rubik’s cube pendant que les 6 autres lui grimpent dessus. On en arrive à frémir à peine, quand celui-ci soulève celle là par la mâchoire, quand celui-là saute sur le bassin de celle-là…

On en arrive à se lover tout simplement dans l’admiration béate, heureuse, des numéros tous aussi virtuoses qu’élégants. Car c’est ici que la magie opère : si les jeunes prodiges sont épatants de technique, ils sont aussi et surtout fichtrement mutins. Toujours souriants, le regard espiègle, se moquant royalement des lois de la gravité de la technique de la physique, ils enchaînent le tout avec une décontraction et une légèreté confondantes. Le tout est truffé de dérision, de charme, de malice. Têtes de lapin, costume d’ours, imitation d’animaux, costumes au final très simples accompagnés d’une bande son entrainante où tout le monde trouvera son bonheur (electro, comédie musicale, ballades classiques, Brel, …). Beyond, au-delà, entraine le public, ravi, dans une folle escapade décalée où les frontières entre réalité et rêve s’évaporent, où la raison et l’irrationnel s’entrelacent et se confondent, où l’insolite vainc la douleur physique, où la technicité des corps devient élasticité, où le plaisir est évident, palpable, contagieux.

Certains soirs, il fait bon franchir la frontière et passer, le temps d’un spectacle, dans un au-delà fait de malice et de joie. Certains soirs il fait bon se dire qu’on a tous en nous un pied-de-nez qui attend, un soupçon d’audace et un grain de folie que la fureur des hommes, des autres, n’atteindra pas.

Beyond, par la Cie CIRCA

Mise en scène : Yaron Lifschitz, compagnie Circa

Avec : Jessica Connell, Timothy Fyffe, Rowan Heydon-White, Conor Neall, Kathryn O’Keeffe, Seppe Van Looveren, Billie Wilson-Coffey

Théâtre du Rond Point

Jusqu’au 27 novembre 2016

Réservations au 01 44 95 98 21

Au gallodrome du Rond Point

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Créé en 2010 à Buenos Aeres dans le Laburatorio, sorte de vivier d’artistes où chacun peut venir s’exprimer et présenter son travail, Un poyo rojo n’en finit plus de tourner de par le monde. L’an dernier les représentations au Rond Point avaient dû s’interrompre suite à une blessure de Luciano Rosso mais cet automne les deux artistes argentins sont de retour. Grand bien leur fasse car leur public fidèle est au rendez-vous, largement enthousiaste,  provoquant même quelques fou-rires chez les deux artistes.

La scène se situe dans un vestiaire quelconque. Deux hommes s’exercent, se jaugent, s’observent, se jugent jusqu’à entamer peu à peu un ballet viril, une danse qui se transforme en  un magnifique combat de coqs (un poyo rojo signifie un coq rouge) : rivalité, virilité, compétition, puissance, chacun veut surpasser l’autre et le mettre KO. A la fois acrobates, danseurs, comédiens, clowns, Luciano Rossi et Alfonso Baron, deux saltimbanques au talent protéiforme, entraînent le public – conquis dès les premières minutes – dans une danse décalée, où le mâle qui se veut dominant ressemblera bien vite à un hilarant gallinacé.

La mise en scène de Hermes Gaido imbrique très adroitement performance physique et artistique et l’on se régale des mouvements et acrobaties calculées, effectuées au millimètre près, tout comme des mimiques, grimaces, regards et position hilarantes des deux hommes. La rivalité masculine est tournée en dérision, la malice et l’ironie taclant tous ses travers ; on rit à gorge déployée de ces deux coqs aussi ridicules que férocement doués, et l’on adore forcément voir le désir apparaître peu à peu, voir les corps et regards s’embraser, se chercher, se séparer, le tout avec une cocasserie totalement assumée.

Le décor est minimal, tout comme l’accessoire presque unique et rudimentaire : une radio qui finit par devenir le troisième personnage du spectacle. Au fil des stations, les deux artistes s’adaptent et improvisent au gré des émissions reçues en direct, installant une certaine connivence avec le public.

Cette mise en scène qui tire parti de presque rien est particulièrement délicieuse en ces temps d’effets techniques, de vidéos, de bandes sons amplifiées : elle prouve s’il en est encore besoin que l’on peut aussi, à partir de presque rien offrir un spectacle d’une richesse et d’une créativité étonnantes. Et dans ce nouveau gallodrome qu’est le Rond Point, Luciano Rossi, Alfonso Baron et Hermes Gaido offrent au public un spectacle jubilatoire où se mêlent humour, danse, dérision, sensualité, précision et rires. Et des rires il y en eut, ce mercredi soir au Rond Point : des rires d’enfants, de grand-mères, des rires qui parfois faisaient rire les artistes aux-même. On en ressort avec une envie folle, celle d’y retourner et de savourer, encore, ce pur régal pour les yeux et le moral.

Un poyo rojo

Mise en scène : Hermes Gaido

Avec : Alfonso Barón, Luciano Rosso

Chorégraphie : Luciano Rosso, Nicolás Poggi

Lumière : Hermes Gaido

Théâtre du Rond Point

Jusqu’au 8 octobre 2016

Réservations au 01 44 95 98 21

 

Parfois une naissance ne suffit pas…

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Sur le plateau du Monfort gît un amas de papier blanc, un monceau de feuilles froissées d’où émerge un bruissement qui peu à peu se transforme en crissement. La forme bouge lentement puis de plus en plus fermement, vigoureusement. On devine une courbe et bientôt un bras, une main, un pied viennent affleurer l’extérieur, se rétractent, se lovent dans cette coquille de papier, l’enlacent autant qu’ils s’en éloignent, y reviennent, s’y enfoncent, s’en imprègnent. Seul le silence – presque religieux – accompagne ces froissements de papier. Un homme finira par en émerger. Lui, c’est Matias Pilet, acrobate. Sa sœur jumelle est décédée in utero trois jours avant leur naissance. Avec Olivier Meyrou, documentariste et metteur en scène, l’acrobate est parti au Chili, y a interrogé sa mère mapuche, son père et des sages-femmes pour y puiser sa propre histoire, remplir les trous sur lesquels son enfance s’est construite. Combler les vides. De ces récits et échanges est né TU, le fruit d’un travail introspectif autour de la souffrance de n’être qu’un et du manque de l’autre.

Seul et concentré, Matias Pilet danse donc dans ces vagues déroulantes de papier qui surgissent et tombent en cascade. Le mouvement est primal, le geste viscéral. Il cabriole, bondit, s’élance : l’homme-embryon et ce placenta de papier ne font plus qu’un dans une intimité dont nous nous maintenons pudiquement à distance… par respect ou par crainte ? Des vidéos et bandes-son chiliens (surtitrés) s’intercalent ou se superposent : la mère de Matias Pilet y dit son propre manque et sa  quête de l’enfant mort avant d’être né. Le tout est à la fois poignant et d’une intimité introspective telle qu’on n’ose s’en approcher. On devine la souffrance mais on peine à la ressentir tant ce travail incroyablement millimétré, cette intensité jaillissante sont personnels : on pourra se sentir voyeur d’une quête si viscéralement intime que l’on se refuse à y pénétrer, par pudeur et discrétion. Par excès d’empathie ?

TU est le spectacle d’une renaissance vitale, un monologue intuitivement dansé dans une solitude palpable, un voyage aérien autant que personnel dans lequel on a peur de s’immiscer, tant cette quête relève de l’intime.

TU

Mise en scène : Olivier Meyrou
Interprète : Matias Pilet
Dramaturgie : Amrita David et Olivier Meyrou
Regard extérieur : Stéphane Ricordel
Apparitions vidéo : Karen Wenvl, Erika Bustamante, Françoise Gillard, sociétaire de la comédie française
Musique & création sonore : François-Eudes Chanfrault & Sébastien Savine
Chant : Karen Wenvl
Scénographie et régie générale : Simon André

Au théâtre Sylvia Monfort, jusqu’au 10 septembre 2016

Réservations au 01 56 08 33 88

Le vide, essai de vie, au Monfort Théâtre

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Il faut imaginer Sisyphe heureux, disait Camus. Sisyphe condamné à faire rouler une roche, inlassablement, remontant toujours et encore la pente d’une colline. Fragan Gehlker, lui, remonte inlassablement une corde lisse. Suspendues au faîte du Monfort (18 mètres au bas mot), cinq cordes attendent que le circassien les agrippe et s’y hisse. Quelques matelas et mousses de fortunes sont entassés sous l’une d’elles, des tréteaux fatigués, un vieux magnétophone à bande. Le tout semble en attente de quelque chose et en même temps parait totalement immuable et là depuis toujours. Frangan Gehlker est déjà là, il s’échauffe, s’étire, tandis qu’Alexis Auffray son complice distribue des pop-corn au public qui prend place dans le dispositif quadri-frontal du théâtre ; il accompagnera le circassien au violon, fera tomber les cordes, déclenchera des bandes sons, inlassablement fera chuter son complice et inlassablement le remettra à l’ouvrage en utilisant pleinement la structure du théâtre : Fragan Gehlker grimpe, s’accroche aux poutres, aux cintres, s’appuie sur la passerelle, se raccroche aux câbles électriques. Remonte vers un sommet toujours plus inatteignable.

C’est une sorte de spectacle en suspension dans le temps, où le public ne peut que retenir son souffle quand les cordes cassent, se détachent, et que l’homme, tel un funambule vertical remonte infatigablement vers des sommets qu’il semble le seul à percevoir.

Alors que la voix de Camus résonne (« ça ne dure pas un peu longtemps, là ? »), déclenchant chez les spectateurs des rires discrets de compassion à moins que ce ne soit de la bienveillance, l’homme observe la foule sans jamais dire un mot. On ne sait s’il cherche l’approbation du public, s’il le défie, ou si simplement il affirme son mépris du danger et son irrépressible besoin de s’élever vers le ciel. Encore, encore, et encore.

Le vide, essai de cirque, dégage une sorte de sérénité altière dans sa proposition scénique. Comme si le coté dérisoire de ces tentatives se faisait le miroir de nos existences. Comme si à nos certitudes Fragan Gehlker rétorquait par l’absurdité de son entreprise, et qu’on ne saurait plus laquelle, de la sienne ou des nôtres, est la plus sensée.

Le public sort peu à peu tandis que le circassien, opiniâtre, s’empare d’une corde et continue. Il faut imaginer Sisyphe heureux, affiche Alexis Auffray, en tournant autour de Ghelker sur des rollers. Fragan Ghelker l’affirme silencieusement.

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Photo Alain Guichaoua

Le Vide – essai de cirque

Fragan Gehlker (acrobate), Alexis Auffray (création musicale et régie de piste), Maroussia Diaz Verbèke (dramaturgie)

Le Monfort Théâtre, du 2 au 21 mai 2016

Réservations au 01 56 08 33 88

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Photo Alain Guichaoua