LE MALADE IMAGINAIRE – Molière, MES Sébastien Biessy

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Molière au service de Pour un sourire d’enfant (PSE – Cambodge)

Maintes fois montée, la dernière pièce de Molière continue de faire rire depuis des générations. Et c’est facile, de rire, tant la mécanique comique de la pièce est ici impeccable et provoque immanquablement l’hilarité dans le public avec cette satire mordante de la médecine… et des malades.

On pourrait croire, donc, que monter Le Malade est une sinécure et qu’il suffit de se reposer sur le texte. Or il n’en est rien et l’affaire peut être risquée. Sébastien Biessy l’a bien compris : ici le texte n’est qu’un prétexte et c’est la mise en scène et la direction d’acteur qui vont faire la différence et éviter l’écueil d’une adaptation trop littérale, sans jamais trahir la farce moliéresque.

Point de décor si ce n’est quelques poufs, de grands voilages blancs et un unique fauteuil rouge, immense, imposant. Trône autant que lit, c’est sur lui que siège notre grand malade et autour de lui que s’articulera toute la pièce. Jolie scénographie qui laisse la place aux comédiens, très en verve. C’est vrai qu’ils se démènent tous avec une énergie et une joie communicatives. On se régale avec Yves Chambert-Loir qui campe un Argan d’une drôlerie sans pareille, tout en donnant à son Malade un côté (presque) attendrissant. Il occupe la scène sans cesse, doté d’une présence et d’un charisme indéniables, mais n’oublie jamais ses partenaires en leur laissant toute leur place : Béatrice Biessy est une Toinette toute en malice et en rouerie, aussi gouailleuse que railleuse. Autour d’eux, tous ne déméritent pas, ce que soient Nathalie Forquignon et Grégoire Biessy en jeunes premiers amoureux, ou Laure Boinet en cupide… et torride Béline. Le reste de l’équipe est au diapason et toute cette joie est largement communicative, éminemment contagieuse.

Des comédiens qui s’amusent, donc, et se régalent dans une mise en scène aussi joyeuse que décalée, rythmée et carrément entrainante. Mais c’est aussi une des comédies ballets de Molière et Sébastien Biessy ne fait pas l’impasse : si les paroles sont celles de Molière, l’air est à présent celui du titre phare d’une comédie musicale : au départ surpris, le public applaudit rapidement en cadence en éclatant de rire. Ultra efficace.

Bref, un Molière comme on les aime : dépoussiéré sans être trahi, qui fait souffler un petit vent de folie et de fraicheur sur un texte qu’on connait tous et que l’on revoit avec beaucoup de plaisir, revigoré par tant d’énergie et de joie partagées.

Après une représentation réussie à Pnomh Penh au profit de PSE ainsi qu’à Hong Kong, toujours au profit de PSE dans le cadre du Hong Kong French Theater Festival aux côtés de Adieu Monsieur Haffman ou Le choix des âmes et les Fourberies de Scapin c’est à Rueil-Malmaison que Sébastien Biessy continue inlassablement d’œuvrer pour cette association qui lui est si chère. En 2018 il emmènera de nouveau à Hong Kong Le jeu de l’amour et du hasard, Politiquement correct, Dans la peau de Cyrano ou Oscar et la dame rose, toujours au profit de PSE, toujours bénévolement.

En attendant, c’est à Rueil-Malmaison et pour un bonne cause, alors ne boudons surtout pas notre plaisir.

Le malade imaginaire, Molière

Mise en scène Sébastien Biessy, Comédie de la Mansonnière

Avec : Béatrice Biessy, Nathalie Forquignon, Laure Boinet, Yves Chambert-Loir, Pierre-Yves Blanchard, Grégoire Biessy, Jean-François Lecomte, Martin Biessy, Flore Voisin, Antoine Ceillier, Apolline de Vaumas

Costumes : Valérie Bercovici
Décors : Bruno Decré
 
Théâtre André Malraux, Rueil Malmaison le 19 novembre à 14h30

Représentation au profit de Pour un Sourire d’Enfant (PSE)

FAISONS UN RÊVE, Sacha Guitry, MES Nicolas Briançon, Théâtre de la Madeleine

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Un Guitry gourmand charmant pour finir la journée

Il y a des spectacles qui se dégustent avec légèreté, l’air de rien, qui sont là pour détendre et faire oublier, le temps d’une histoire, la journée écoulée, le boulot les amours ou les emmerdes.

Faisons un rêve est de ceux-ci : l’histoire est absolument attendue et respecte à la lettre les codes du vaudeville selon Guitry : le mari, forcément cocu, la femme, forcément séduite, l’amant, forcément volage. La femme succombe, l’amant triomphe, le mari les surprend. Mais chez Guitry les événements prennent parfois une autre tournure…

Si Briançon m’était conté…

Ici, l’amant est incarné par Nicolas Briançon : quasiment omniprésent, le comédien (qui signe également la mise en scène) virevolte entre charme et désinvolture, bagout et sincérité. Il séduit autant sa partenaire que le public. Eric Laugériaus campe un mari trompé à l’accent du Sud parfois incompréhensible, qui sous ses airs de gros bêta méridional cache aussi une sacrée roublardise : déconcertant au début, convaincant finalement. Marie Julie Baub est la femme volage : on aime son ingénuité, sa candeur et son charme, en regrettant son jeu plus passif (ou pas assez nerveux ?) quand l’adultère est sur le point d’être découverte. Enfin, Michel Dusserat apporte un contrepoint truffé d’humour décalé et de délicieuse désinvolture en valet de chambre. C’est aussi lui qui, par ailleurs, signe les costumes, ravissants, de la pièce.

Le tout est donc finalement d’une facture certes classique mais la mise en scène élégante, sans temps mort, les décors recherchés, les costumes et le jeu des comédiens, notamment Nicolas Briançon, font de ce Faisons un rêve une césure bienvenue en fin de journée, une parenthèse de plaisir. A voir si possible en bonne compagnie, pour la vie, ou pour deux jours.

Faisons un rêve, de Sacha Guitry

Mise en scène Nicolas Briançon

Avec Marie-Julie Baup, Nicolas Briançon, Michel Dussarat, Eric Laugerias

Théâtre de la Madeleine, jusqu’au 12 novembre 2017

Réservations au 01 42 65 07 09

 

 

LES FOURBERIES DE SCAPIN, Molière, MES Denis Podalydès, Comédie Française

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Scapin tout feu tout flamme emballe la Comédie Française

Pour inaugurer la saison 2017 2018 au Français, c’est une des valeurs sures de la maison de Molière qui est donnée avec Les fourberies de Scapin dans une nouvelle mise en scène signée Denis Polalydès.

Le comédien français, après Le bourgeois gentilhomme,  s’attaque à nouveau au créateur emblématique de la maison en proposant ici une version somme toute plutôt classique mais qui ne démérite pas, en entraînant une salle plus qu’enthousiaste à applaudir à tout rompre et rire aux éclats à plus d’une reprise pendant la représentation.

L’histoire pourtant est connue de tous : deux jeunes gens, loin de leurs pères se sont pris d’amour, l’un pour une bohémienne, l’autre pour une fille sans dot ni nom. Pour garder leurs fiancées, ils demandent au valet Scapin de les aider. Scapin, aussi roublard que rusé, facétieux que revanchard, malin que joueur, décide d’aider les jeunes hommes et de soutirer de l’argent à leurs avaricieux papas qui de leurs côtés ont décidé de les marier à d’avantageuses jeunes filles de belle famille.

La révélation Benjamin Lavernhe

Pour le rôle-titre, c’est à Benjamin Lavernhe que revient la tâche. Loin de démériter, le comédien surprend au contraire dans une partition sans fausse note : tour à tour dédaigneux, rusé, manipulateur, menteur et fichtrement audacieux, le jeune pensionnaire dévoile ici un talent insoupçonné, une énergie virevoltante et un charme ravageur. Si le rôle-titre cannibalise le reste de la distribution, on notera quand même l’étonnante transformation et le potentiel comique de Didier Sandre (méconnaissable et désopilant Géronte), la jeunesse et la fougue rafraichissante de Julien Frison (Octave) et Gaël Kamilindi (Léandre). Le reste de l’équipe ne démérite pas, que ce soient Adeline d’Hermy (un poil trop exubérante Zerbinette), Gilles David (pétochard Argante), Bakary Sangaré (complice et fidèle Sylvestre) ou Pauline Clément (gentille Haycinthe) (en alternance avec Claire de la Rüe du Can.

Un public transporté

Mener une équipe de choc sur un texte aussi connu, et le rendre désopilant, c’est le pari réussi de Denis Podalydès : classique, sa mise en scène ne révolutionne pas le genre mais lui rend un hommage ultra convaincant : avec la jolie scénographie signée Eric Ruf, les (forcément beaux) costumes de Christian Lacroix, l’énergie décuplée dont fait preuve Benjamin Lavernhe, il réussit à largement séduire le public. Hier, la salle abondamment remplie par un jeune public, vacances scolaires obligent, n’a cessé de rire et d’applaudir, régulièrement et intelligemment prise à parti notamment pendant la fameuse scène du sac. On en redemande, on participe, on devient gascon, on scande des Géronte furibonds et on se gausse à foison du pleutre dans son sac. L’idée et malicieuse et efficace.

On en sort avec un large sourire et l’envie de revoir Benjamin Lavernhe dans un autre grand rôle.

 

Les fourberies de Scapin, de Molière

Mise en scène de Denis Podalydes

Avec Benjamin Lavernhe, Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Claire de la Rüe du Can ou Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, et comédienne de l’Académie Maïka Louakairim et Aude Rouanet.

Scénographie Eric Ruf

Costumes Christian Lacroix

Comédie Française, jusqu’au 11 février 2018

Réservations au 01 44 58 15 15

Et également, à partir du 26 octobre, en rediffusion avec  PathéLive

 

 

 

LES TROIS SŒURS, три сестры – Tcheckhov, Timofeï Kouliabine

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Tchekhov étouffé par le bruit du silence

A l’Odéon cet automne, c’est une proposition-performance que le metteur en scène russe Timofeï Kouliabine présente : durant deux ans, ses comédiens ont appris la langue des signes, aidés par des tuteurs, avant de s’emparer du texte de Tchekhov, Les trois sœurs. Deux ans durant, ils ont travaillé le texte « sonore » pour laisser peu à peu place au sens des mots sans que rien ne soit verbalisé, pour laisser une silencieuse musique tchekhovienne s’emparer peu à peu des corps et de l’espace et finir par se laisser guider par elle. Les voici maintenant à Paris, aux ateliers Berthier, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

Sur scène, la scénographie rappelle le film de Lars von Trier, Dogville, avec cet intérieur des sœurs Prozorov dont les pièces sont uniquement délimitées par des bandes blanches. Chambres et salon sont occupés par des meubles gris et quelques textiles d’un rouge plus soutenu. Le tout est harmonieux, à la fois neutre et de bon goût, avec cette chaleureuse froideur russe. Un intérieur à l’image de ces trois sœurs, Irina, Olga et Macha qui vivent avec leur frère Andreï depuis la mort de leur père. Rien n’est dit, tout est signé, et le spectateur se réfère au sur-titrage en français et anglais pour suivre le texte.

Dans ce silence bruyant qui va entourer pendant plus de 4 heures les comédiens de Timofeï Kouliabine les sons résonnent, puissants, décuplés par l’absence de parole. L’expérience est étonnante, à la fois fascinante et épuisante. Ici une assiette qu’un comédien tape avec obstination sur la table, là le clip de Wrecking ball de Miley Cyrus, plus tard le violon de Andreï, des meubles que l’on déplace, répare, ou bien encore le souffle du vent glacial quand la porte s’ouvre et se referme. La troisième partie, dans un noir seulement éclairé par les lueurs des écrans, ressemble davantage à un exercice de style et laisse perplexe quant à son utilité.

Dans cet enchevêtrement de bruits, de scènes, les comédiens signent tandis que l’œil et l’oreille des spectateurs (ou du moins de la spectatrice que je suis), sont sans cesse attirés, détournés. Difficile de se concentrer sur le « texte », de s’imprégner de sa mélodie tant les bruits et les mouvements des personnages extérieurs à la scène qui se déroule viennent parasiter le tout et prendre le dessus : on ne remarque que les selfies, les lueurs des téléphones portables et tablettes qui occultent le jeu, souvent sans justification, les déplacements de Natacha quand parlent ses belles-sœurs. La sensation, la chaleur du texte n’est plus qu’un vague écrit sur un écran au dessus de la scène, rendant ce silence, qui se voulait assourdissant, résolument et péniblement bruyant.

Un faux silence et des signes qui ne suffisent pas à servir le texte qui semble être un succédané, sur-titrage oblige. L’histoire est là, oui, mais si Irina-Miley rêve de briser les murs qui l’entourent et de s’évader, l’absence de cloisons et de mots ont laissé s’échapper l’âme de Tchekhov, en ne laissant sur scène que la prestation-performance des comédiens, à commencer par  Linda Akhmetzianova, magnifique et lumineuse Irina, ou Daria Iemelianova, touchante Macha.

De comédiens qu’on rêve de découvrir – et d’entendre, dans un autre texte, non signé, celui-ci.

 Les trois sœurs, d’Anton Tchekhov

Mise en scène de Timofeï Kouliabine

Avec Ilia Mouzyko, Anton Voïnalovitch, Klavdia Katchoussova, Valeria Kroutchinina, Irina Krivonos, Daria Iemelianova, Linda Akhmetzianova, Denis Frank, Alexeï Mejov, Pavel Poliakov, Konstantin Télégine, Andreï Tchernykh, Sergeï Bogomolov, Sergeï Novikov, Ielena Drinevskaïa 

en langue des signes russe, surtitré en français et anglais

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 15 octobre 2017

Réservations au 0 1 44 85 40 40

Festival d’Automne à Paris

 

BOUVARD ET PECUCHET, Mes Jérôme Deschamps, Théâtre de la Ville

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Un Flaubert à la sauce Deschiens

L’un est aussi grand et dégingandé que l’autre est petit et trapu, tous deux portent un costume noir et des chapeaux melon. Aussi différents que possible, ces deux-là se rencontrent sur un banc et deviennent amis avant de partir s’installer à la campagne et tenter de devenir aussi savants qu’instruits, de tout expérimenter, et de rater, souvent, toujours.

Jérôme Deschamps s’empare du roman inachevé de Flaubert et l’adapte dans une sauce plus Deschiens que Flaubertienne, mais peu importe, on suppose que l’auteur se serait délecté de voir ses deux personnages rester toujours aussi picaresques, bêtement drôles et drôlement bêtes. Deschamps sera le petit, Micha Lescot, qui joue formidablement de son immense carcasse, sera le grand, tous deux sont évidemment bons amis et quand l’un y va l’autre le suit, que ce soit dans des expériences frénétiques (et ratées) que dans des élucubrations pathétiquement drôles. Avec Jérôme Pécuchet, les expériences deviennent aussi burlesques que désopilantes, clownesques que méchantes. Lui et Micha Bouvard, donc, forment un duo explosif où tous tout est permis pour briller et démontrer sa formidable intelligence, profondément enfouie sous une bien belle couche de bêtise et de prétention. Ils ne sont pas les seuls dans cette farce déjantée : Pauline Tricot et Lucas Hérault viennent apporter une couche supplémentaire de bêtise campagnarde sacrément hilarante : Pauline Tricot joue admirablement les simplettes,  l’œil hagard, en ânonnant des monosyllabes tandis que Lucas Hérault joue les brutes campagnardes avec une placidité réjouissante.

En guise d’écrin à ce concentré de crétinerie, la scénographie toute en bleu et rouge, les costumes de Macha Makeïeff font de ce Bouvard et Pécuchet un savoureux moment d’humour décalé, d’une cocasserie qui frôle parfois le grand-guignolesque mais fait éclater de rire à bien plus d’une reprise.

Une renaissance pour ce roman posthume, agrémentée de quelques clins d’oeil plus actuels et savoureusement caustiques : on sourit, puis on rit, on finit par quasiment exulter tant ces quatre là se démènent avec une énergie et une sens du comique totalement barré, et, bien sûr, parfaitement maîtrisé.

Chapeau ! comme dit Bouvard.

Bouvard et Pecuchet, d’après Gustave Flaubert

Adaptation et mise en scène Jérôme Deschamps

Avec Jérôme Deschamps, Micha Lescot, Pauline Tricot et Lucas Hérault

Costumes de Macha Makeïeff

Théâtre de la Ville, jusqu’au 10 octobre,

Réservations au 01 42 74 22 77

LES JUMEAUX VENITIENS, Goldoni MES Jean-Louis Benoit

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A Hébertot, la rentrée sera goldonienne

C’est à Vérone que nos deux jumeaux se croiseront. Le vénitien Tonino, éduqué, courtois, courageux, et Zanetto pataud et niais, élevé à Bergame, ont été séparés à la naissance. Ils arrivent tous deux à Vérone pour trouver promise.

La gémellité a longtemps été et continue d’être source d’inspiration pour les auteurs et gros ressort comique : confusions, chassés-croisés, le tout contribue efficacement aux situations drolatiques. Avec Goldoni, le tout se retrouve en Vénétie du XVIIIème siècle, à l’époque où les différends se règlent encore à coup d’épée : quiproquos et combats d’épée, le matériau est solide et concourt efficacement au rythme de la comédie goldonienne en entraînant le public pendant deux heures survoltées.

Une équipe survitaminée

Et l’on s’y régale, dans cet enchaînement de quiproquos, on s’y régale tant les comédiens sont – tous  sans exception– impeccables et en osmose parfaite. Que ce soient les rôles féminins (Victoire Bélézy, Margaux Van Den Plas, Agnès Pontier) ou masculins (Luc Tremblais, Thibault Lacroix, Adrien Gamba-Gontard, Philippe Berodot, Benjamin Jungers, Olivier Sitruk, Maxime d’Aboville), l’équipe de choc joue avec une joie évidente et une énergie toujours renouvelée sans s’essouffler. Dans cette fine équipe se démarquent Olivier Sitruk, ambigu Pancrace, amoureux transi et tartuffe machiavélique, et bien évidemment Maxime d’Aboville qui pendant deux heures va interpréter Tonino et Zanetto, passant de l’un à l’autre en souvent un quart de tour. Très jolie performance.

Jean-Louis Benoit, après Les rustres au Français, continue de servir Goldoni avec amour : la mise en scène, hyper rythmée, reste limpide tout en ne laissant rien au hasard dans un décor astucieux sans être envahissant et une scénographie toute en ocres et rouges franchement ravissante.

De la belle ouvrage, donc, et un classique rafraichissant porté un travail d’équipe et une scénographie plus qu’harmonieuse.

 

Les jumeaux vénitiens, de Carlo Goldoni

Mise en scène Jean-Louis Benoit

Avec Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot , Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier,  Luc Tremblais, Margaux Van Den Plas

Scénographie Jean Haas

Costumes Frédéric Olivier

Théâtre Hébertot jusqu’au 31 décembre 2017

Réservations au 01 43 87 23 23

 

LE FAISEUR – Honoré de Balzac – MES Robin Renucci avec Les Tréteaux de France

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A cupide, cupide et demi

C’est près des étangs de Cergy et de Torcy que les Tréteaux de France ont posé leurs valises pour la première édition de « L’ile de France fête le théâtre ». Une première édition pour offrir des moments de théâtre populaire aux franciliens par le biais d’ateliers théâtre (initiation clown, danse populaire, ateliers pro-contra / le jeu de la dispute, masque burlesque, lecture à voix haute) et de représentations théâtrales avec entre autres des textes de John Fante (La vocation, Père et fils), des dialogues de Platon (Lakhès – sur le courage), Molière ou bien la comédie grinçante de Balzac, Le faiseur.

Hier, donc, c’est le monde de la finance, de l’emprunt, de la dette, le monde des créanciers et des débiteurs qu’ont fustigé les Tréteaux de France (Robin Renucci qui dirige l’organisation depuis 2011, présente depuis 5 ans son cycle autour de la finance et des dettes (premier volet qui a été suivi par L’avaleur, présenté cette année à la Maison des Métallos)).

En attendant Godeau

Et on s’y régale, encore une fois, autour de Mercadet, le débiteur qui joue avec les dettes, les prêts et la cupidité de chacun. L’homme, auguste bourgeois, vit des chimères qu’il octroie. Une sorte de Madoff avant l’heure, qui, promet les meilleurs rendements et les meilleurs intérêts, séduit, embobine, ment, affabule : un faiseur de d’affaires et de rêves. Mais à force de vivre avec l’argent des autres, on risque de tout perdre quand vos créanciers viennent réclamer leur dû et que Godeau, l’associé disparu, ne vient toujours pas. Mercadet se voit contraint de marier sa fille Julie, qui n’a pour seul attrait que d’être sa fille, et donc potentiellement riche, à défaut de beauté. Et ce n’est pas seulement Mercadet, et à travers lui le monde de la finance, que critique Balzac : les créanciers de Mercadet sont tout autant fustigés. On prête, on avance, on investit, dans le but de gagner plus et plus encore, que ce soit au travers de titres prometteurs ou de promesses de mariage : le gain est tentant et les flèches balzaciennes écorchent autant Mercadet que Virginie, la femme de charge qui rêve de voir ses gages augmenter. L’appât du gain, la cupidité qui prend le pas sur la morale et balaie tous les principes sont décrits ici avec une verve délicieusement cruelle, d’autant plus acerbe qu’elle est toujours d’une actualité cuisante.

Mise en scène classique mais dépoussiérée

Quand Emmanuel Demary-Mota avait proposé en 2015 une mise en scène plutôt moderne, avec ses costumes 3 pièces et ses incursions musicales, Robin Renucci ancre sa mise en scène dans une facture a priori classique avec ses costumes et décors très XIXème. Il apparait cependant très vite que la farce balzacienne est bien là, avec ses perruques et maquillages presque outranciers (Thierry Delettre a conçu les costumes en s’inspirant des dessins de Daumier), le jeu des comédiens (tous excellents) qui oscillent entre caricature et burlesque sans jamais tomber dans l’excès, et la mise en abime qui laisse lesdits comédiens rester à cour et jardin et commenter, applaudir, larmoyer, tandis que leurs compagnons sont sur scène. Le tout forme une farce au rythme effréné, qui met la finance en abime autant que le théâtre, portée par une troupe en parfaite osmose menée par un Bruno Cadillon (Mercadet) excellent au-delà de toute mesure dans ce rôle de bonimenteur aussi cupide qu’attachant, cyniquement séduisant et farouchement roublard.

Une farce cruelle et délicieuse, donc, dont la cinglante actualité continue de surprendre, de ravir. On souhaite au baladin Robin Renucci et le théâtre des Tréteaux de continuer de porter encore, et  de plus en plus loin, la parole du théâtre, des auteurs, et de leurs valeurs. Si l’on en croit les salves d’applaudissements qui ont surgit hier, on peut penser que le but est atteint. Souhaitons donc un beau voyage aux Tréteaux de France, en espérant les revoir très vite, qu’ils viennent à notre rencontre ou que nous y allions, transformés nous aussi en spectateurs itinérants.

 Le faiseur, texte de Honoré de Balzac

Mise en scène de Robin Renucci, avec Les Tréteaux de France

Avec Judith d’Aleazzo, Tariq Bettahar, Jeanne Brouaye ou Jeanne Cohendy (en alternance), Bruno Cadillon, Daniel Carraz, Gérard Chabanier, Thomas Fitterer ou Julien Renon (en alternance), Sylvain Méallet,  Patrick Palmero et Stéphanie Ruaux.

Scénographie et accessoires : Samuel Poncet

Costumes : Thierry Delettre

Lumières : Julie-Lola Lanteri-Cravet

Maquillage et Masques : Jean-Bernard Scotto

Assistants à la mise en scène : Joséphine Chaffin et Sylvain Méallet

Dramaturgie : Evelyne Loew