CYRANO, MES Lazare Herson-Macarel

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Un Cyrano plein de panache

On ne l’appelle plus que par son prénom, ce sieur de Bergerac entré au panthéon des personnages de théâtre : Cyrano de Bergerac est devenu Cyrano, adapté maintes fois et de mille façons différentes. Au théâtre Montansier la semaine dernière, c’est Lazare Herson-Macarel qui proposait sa version, en tournée depuis sa création,  un Cyrano tout feu tout fougue présenté avec la Compagnie de la Jeunesse aimable et ses comédiens débordant d’énergie et de vitalité.

Des comédiens débordant d’énergie

Accompagnés à la batterie et la viole de Gambe (mélange à la fois détonnant et ravissant), la troupe s’empare du texte avec ardeur dans une interprétation chorale aussi vive que pétillante. Si parfois l’énergie prend le dessus sur la diction, notamment au début, on se régale avec Eddie Chignara qui incarne un Cyrano solaire et charismatique. Presque omniprésent, le comédien habite la scène, occupe pleinement l’espace tout en laissant toujours ses partenaires exister. A ses cotés, Joseph Fourez est un Christian amoureux et naïf, parfait quand il comprend que Cyrano aime Roxane et est dévasté par cette constatation. Morgane Nairaud est une Roxane un peu survoltée, fougueuse mais pas transie, passionnée et toujours ultra dynamique : on aurait, peut-être, préféré un peu plus de romantisme, mais soit, elle tient à merveille son personnage et lui donne un certain… panache. David Guez est un Ragueneau attendrissant et complice, tandis qu’à leurs cotés le reste de l’équipe ne démérite pas, tous en osmose, tous à l’unisson : on aime.

Théâtre de tréteaux

Le terrain de jeu de cette équipe des plus sympathiques ressemble à un théâtre de tréteaux : des praticables de bois qui se tournent, se retournent, s’assemblent ou se divisent au gré des scènes (avec une brève description par les comédiens même au début de chaque acte), la musique live toujours entrainante, les lumières élégantes de Jérémie Papin, les costumes intemporels, tout se conjugue à l’image de l’audace, la bravoure et la générosité du personnage principal.

Lazare Herson-Macarel propose donc ici une version à la fois fidèle et libre, follement dynamique et diablement ingénieuse : on s’y régale, on s’y abandonne avec plaisir et l’on en sort le sourire aux lèvres et les vers de Cyrano dans la tête : J’emporte, malgré vous… mon panache ».

Un panache dont la mise en scène de Lazare Herson-Macarel et la Compagnie de la Jeunesse aimable ne manquent pas.

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Baptise Lobjoy

Baptiste Lobjoy

 

Cyrano, de Edmond Rostand

Mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Scénographie : Ingrid Pettigrew

Costumes : Alice Duchange

Lumière : Jérémie Papin

Avec : Eddie Chignara, Joseph Fourez, Morgane Nairaud, Julien Campani, Céline Chéenne, Philippe Canales, David Guez, Harrisson Aravel, Joseph Foure, Salomé Gasseli, Pierre-Louis Jozan, Gaëlle Voukissa

En tournée à :

THEATRE LE CARRE- CESSON SEVIGNE (35) : mardi 23 janvier à 20h30.

THEATRE ROGER BARAT-HERBLAY (95) : vendredi 26 janvier à 20h45.

THEATRE D’ARGENTEUIL (95) : Dimanche 28 janvier à 16h30.

SCENE NATIONALE 61 : mardi 30 janvier à 20h30.

SCENE NATIONALE D’EVREUX-LOUVIER- TANGRAM(27) : jeudi 1er à 20h, vendredi 2 février à 14h30.

THEATRE JEAN ARP-CLAMART(92) EN CO-ACCUEIL AVEC LE THEATRE DE CHATILLON : jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 à 20h30, samedi 11 février à 16h.

SCENES DU GOLFE-VANNES  (56) : mardi 13, mercredi 14 février à 20h.

LE QUAI-CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL- ANGERS-PAYS-DE-LA-LOIRE(49) : lundi 19, mardi 20, mercredi 21, jeudi 22 février à 20h.

PIANO’CKTAIL- BOUGUENAIS(44) : samedi 24 février à 20h.

THEATRE DU BLANC MESNILS (93) : vendredi 9 mars à 20h.

CARRE MAGIQUE-LANNION (22) : mardi 13, mercredi 14 mars à 20h.

THEATRE DES BERGERIES-NOISY LE SEC (93) : samedi 17 mars à 20h30.

THEATRE EDWIGE FEUILLERE- VESOUL(70) : mardi 20 mars à 20h30.

THEATRE D’EAUBONNE(95) : vendredi 23 mars à 20h30.

 

LA TEMPÊTE – Shakespeatre – MES Robert Carsen, Comédie Française

LA TEMPETE -

Avis de vent calme à la Comédie Française

SI la tempête fait rage quand démarre la pièce de Shakespeare, c’est une rage intérieure, un bouillonnement invisible, que découvrent les spectateurs du Français venus découvrir la première incursion de Robert Carsen au théâtre, plus habitué aux mises en scène d’opéra ou de comédies musicales comme Singin in the rain, que l’on peut encore découvrir au Palais Royal cet hiver. Le rideau se lève sur une imposante cellule blanche, aussi clinique que glaciale. Au centre, un lit sur lequel repose Prospero. Le Duc de Milan, chassé du trône par son frère et exilé sur une île avec sa fille Miranda, ressasse inlassablement son passé ; aidé par Ariel, l’esprit de l’air, il a asservi Caliban, le fils d’une sorcière, pour régner sur cette île. Il provoque une tempête pour que le navire de son frère Antonio et ses hommes s’y échouent.

Une tempête et un déchainement qui seront donc, chez Robert Carsen uniquement dans l’esprit de Prospero. De ce rêve, de ce bouillonnement, ne reste qu’une scénographie ultra léchée toute en blanc et gris, y compris les costumes des comédiens. Un minimalisme étonnant qui séduit par son épure et ses lumières magnifiques qui projettent les ombres gigantesques des comédiens sur les murs. Des vidéos projetées en noir et blanc en fond de scène ajoutent un peu de vie ou d’éléments à ce décor monacal. Le tout est à la fois glaçant et imposant, austère et hiératique. Terriblement beau, terriblement froid.

De ce dépouillement calculé et cette épure volontaire, subsiste le jeu des comédiens, tous excellents – nous sommes au Français :  Michel Vuillermoz incarne un Prospero grave et nostalgique, dont on devine les déchirements intérieurs entre désir de vengeance et de paix. Christophe Montenez est un Ariel gracile qui semble flotter ; pas facile d’incarner un esprit : il semble insaisissable et pourtant omniprésent, aussi discret que puissant. Le couple Miranda / Ferdinand est interprété par Gorgia Scalliet et Loïc Corbery : un petit air de ferveur amoureuse et de fraîcheur vient raviver la mélancolie de Prospero : joli. On n’oubliera pas la prestation de Stéphane Varupenne, drolatique Caliban aussi bête qu’ivrogne, ou celles Jérôme Pouly et Hervé Pierre, truculents Stefano et Trinculo.

Une tempête donc mentale, dont le traitement radical de Robert Carsen peut laisser sur le bas-côté. La scène d’ouverture m’a fait craindre le pire avec cette cellule clinique et désincarnée. La deuxième partie a réussi à emporter la spectatrice que je suis, aspirée par le texte de Shakespeare, la très belle scène entre Ferdinand et Miranda, et la scénographie de Radu Boruzescu. La dernière, après l’entracte, m’a de nouveau laissée de côté avec le retour à l’austérité. Un traitement trop minimal qui ne sert pas assez le bouillonnement imaginé par Shakespeare autour du pouvoir, de la vengeance et de l’amour.

Une tempête donc un peu trop froide pour réellement susciter mon adhésion, dont je garderai en tête le jeu toujours impeccable des comédiens, foncièrement au service de leur metteur en scène et la scénographie au minimalisme certes clinique mais extrêmement léchée.

La tempête de William Shakespeare

M.E.S de Robert Carsen.

Avec : Thierry Hancisse, Jérôme Pouly, Michel Vuillemoz, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Gilles David, Stéphane Varupenne, Giogoa Scalliet, CHristophe Montenez, Benjamin Lavernhe, en alternance avec Noam Morgenstern

Comédie-Française, jusqu’au 21 mai 2018

Réservations au 01 44 58 15 15

LE MALADE IMAGINAIRE – Molière, MES Sébastien Biessy

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Molière au service de Pour un sourire d’enfant (PSE – Cambodge)

Maintes fois montée, la dernière pièce de Molière continue de faire rire depuis des générations. Et c’est facile, de rire, tant la mécanique comique de la pièce est ici impeccable et provoque immanquablement l’hilarité dans le public avec cette satire mordante de la médecine… et des malades.

On pourrait croire, donc, que monter Le Malade est une sinécure et qu’il suffit de se reposer sur le texte. Or il n’en est rien et l’affaire peut être risquée. Sébastien Biessy l’a bien compris : ici le texte n’est qu’un prétexte et c’est la mise en scène et la direction d’acteur qui vont faire la différence et éviter l’écueil d’une adaptation trop littérale, sans jamais trahir la farce moliéresque.

Point de décor si ce n’est quelques poufs, de grands voilages blancs et un unique fauteuil rouge, immense, imposant. Trône autant que lit, c’est sur lui que siège notre grand malade et autour de lui que s’articulera toute la pièce. Jolie scénographie qui laisse la place aux comédiens, très en verve. C’est vrai qu’ils se démènent tous avec une énergie et une joie communicatives. On se régale avec Yves Chambert-Loir qui campe un Argan d’une drôlerie sans pareille, tout en donnant à son Malade un côté (presque) attendrissant. Il occupe la scène sans cesse, doté d’une présence et d’un charisme indéniables, mais n’oublie jamais ses partenaires en leur laissant toute leur place : Béatrice Biessy est une Toinette toute en malice et en rouerie, aussi gouailleuse que railleuse. Autour d’eux, tous ne déméritent pas, ce que soient Nathalie Forquignon et Grégoire Biessy en jeunes premiers amoureux, ou Laure Boinet en cupide… et torride Béline. Le reste de l’équipe est au diapason et toute cette joie est largement communicative, éminemment contagieuse.

Des comédiens qui s’amusent, donc, et se régalent dans une mise en scène aussi joyeuse que décalée, rythmée et carrément entrainante. Mais c’est aussi une des comédies ballets de Molière et Sébastien Biessy ne fait pas l’impasse : si les paroles sont celles de Molière, l’air est à présent celui du titre phare d’une comédie musicale : au départ surpris, le public applaudit rapidement en cadence en éclatant de rire. Ultra efficace.

Bref, un Molière comme on les aime : dépoussiéré sans être trahi, qui fait souffler un petit vent de folie et de fraicheur sur un texte qu’on connait tous et que l’on revoit avec beaucoup de plaisir, revigoré par tant d’énergie et de joie partagées.

Après une représentation réussie à Pnomh Penh au profit de PSE ainsi qu’à Hong Kong, toujours au profit de PSE dans le cadre du Hong Kong French Theater Festival aux côtés de Adieu Monsieur Haffman ou Le choix des âmes et les Fourberies de Scapin c’est à Rueil-Malmaison que Sébastien Biessy continue inlassablement d’œuvrer pour cette association qui lui est si chère. En 2018 il emmènera de nouveau à Hong Kong Le jeu de l’amour et du hasard, Politiquement correct, Dans la peau de Cyrano ou Oscar et la dame rose, toujours au profit de PSE, toujours bénévolement.

En attendant, c’est à Rueil-Malmaison et pour un bonne cause, alors ne boudons surtout pas notre plaisir.

Le malade imaginaire, Molière

Mise en scène Sébastien Biessy, Comédie de la Mansonnière

Avec : Béatrice Biessy, Nathalie Forquignon, Laure Boinet, Yves Chambert-Loir, Pierre-Yves Blanchard, Grégoire Biessy, Jean-François Lecomte, Martin Biessy, Flore Voisin, Antoine Ceillier, Apolline de Vaumas

Costumes : Valérie Bercovici
Décors : Bruno Decré
 
Théâtre André Malraux, Rueil Malmaison le 19 novembre à 14h30

Représentation au profit de Pour un Sourire d’Enfant (PSE)

FAISONS UN RÊVE, Sacha Guitry, MES Nicolas Briançon, Théâtre de la Madeleine

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Un Guitry gourmand charmant pour finir la journée

Il y a des spectacles qui se dégustent avec légèreté, l’air de rien, qui sont là pour détendre et faire oublier, le temps d’une histoire, la journée écoulée, le boulot les amours ou les emmerdes.

Faisons un rêve est de ceux-ci : l’histoire est absolument attendue et respecte à la lettre les codes du vaudeville selon Guitry : le mari, forcément cocu, la femme, forcément séduite, l’amant, forcément volage. La femme succombe, l’amant triomphe, le mari les surprend. Mais chez Guitry les événements prennent parfois une autre tournure…

Si Briançon m’était conté…

Ici, l’amant est incarné par Nicolas Briançon : quasiment omniprésent, le comédien (qui signe également la mise en scène) virevolte entre charme et désinvolture, bagout et sincérité. Il séduit autant sa partenaire que le public. Eric Laugériaus campe un mari trompé à l’accent du Sud parfois incompréhensible, qui sous ses airs de gros bêta méridional cache aussi une sacrée roublardise : déconcertant au début, convaincant finalement. Marie Julie Baub est la femme volage : on aime son ingénuité, sa candeur et son charme, en regrettant son jeu plus passif (ou pas assez nerveux ?) quand l’adultère est sur le point d’être découverte. Enfin, Michel Dusserat apporte un contrepoint truffé d’humour décalé et de délicieuse désinvolture en valet de chambre. C’est aussi lui qui, par ailleurs, signe les costumes, ravissants, de la pièce.

Le tout est donc finalement d’une facture certes classique mais la mise en scène élégante, sans temps mort, les décors recherchés, les costumes et le jeu des comédiens, notamment Nicolas Briançon, font de ce Faisons un rêve une césure bienvenue en fin de journée, une parenthèse de plaisir. A voir si possible en bonne compagnie, pour la vie, ou pour deux jours.

Faisons un rêve, de Sacha Guitry

Mise en scène Nicolas Briançon

Avec Marie-Julie Baup, Nicolas Briançon, Michel Dussarat, Eric Laugerias

Théâtre de la Madeleine, jusqu’au 12 novembre 2017

Réservations au 01 42 65 07 09

 

 

LES FOURBERIES DE SCAPIN, Molière, MES Denis Podalydès, Comédie Française

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Scapin tout feu tout flamme emballe la Comédie Française

Pour inaugurer la saison 2017 2018 au Français, c’est une des valeurs sures de la maison de Molière qui est donnée avec Les fourberies de Scapin dans une nouvelle mise en scène signée Denis Polalydès.

Le comédien français, après Le bourgeois gentilhomme,  s’attaque à nouveau au créateur emblématique de la maison en proposant ici une version somme toute plutôt classique mais qui ne démérite pas, en entraînant une salle plus qu’enthousiaste à applaudir à tout rompre et rire aux éclats à plus d’une reprise pendant la représentation.

L’histoire pourtant est connue de tous : deux jeunes gens, loin de leurs pères se sont pris d’amour, l’un pour une bohémienne, l’autre pour une fille sans dot ni nom. Pour garder leurs fiancées, ils demandent au valet Scapin de les aider. Scapin, aussi roublard que rusé, facétieux que revanchard, malin que joueur, décide d’aider les jeunes hommes et de soutirer de l’argent à leurs avaricieux papas qui de leurs côtés ont décidé de les marier à d’avantageuses jeunes filles de belle famille.

La révélation Benjamin Lavernhe

Pour le rôle-titre, c’est à Benjamin Lavernhe que revient la tâche. Loin de démériter, le comédien surprend au contraire dans une partition sans fausse note : tour à tour dédaigneux, rusé, manipulateur, menteur et fichtrement audacieux, le jeune pensionnaire dévoile ici un talent insoupçonné, une énergie virevoltante et un charme ravageur. Si le rôle-titre cannibalise le reste de la distribution, on notera quand même l’étonnante transformation et le potentiel comique de Didier Sandre (méconnaissable et désopilant Géronte), la jeunesse et la fougue rafraichissante de Julien Frison (Octave) et Gaël Kamilindi (Léandre). Le reste de l’équipe ne démérite pas, que ce soient Adeline d’Hermy (un poil trop exubérante Zerbinette), Gilles David (pétochard Argante), Bakary Sangaré (complice et fidèle Sylvestre) ou Pauline Clément (gentille Haycinthe) (en alternance avec Claire de la Rüe du Can.

Un public transporté

Mener une équipe de choc sur un texte aussi connu, et le rendre désopilant, c’est le pari réussi de Denis Podalydès : classique, sa mise en scène ne révolutionne pas le genre mais lui rend un hommage ultra convaincant : avec la jolie scénographie signée Eric Ruf, les (forcément beaux) costumes de Christian Lacroix, l’énergie décuplée dont fait preuve Benjamin Lavernhe, il réussit à largement séduire le public. Hier, la salle abondamment remplie par un jeune public, vacances scolaires obligent, n’a cessé de rire et d’applaudir, régulièrement et intelligemment prise à parti notamment pendant la fameuse scène du sac. On en redemande, on participe, on devient gascon, on scande des Géronte furibonds et on se gausse à foison du pleutre dans son sac. L’idée et malicieuse et efficace.

On en sort avec un large sourire et l’envie de revoir Benjamin Lavernhe dans un autre grand rôle.

 

Les fourberies de Scapin, de Molière

Mise en scène de Denis Podalydes

Avec Benjamin Lavernhe, Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Claire de la Rüe du Can ou Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, et comédienne de l’Académie Maïka Louakairim et Aude Rouanet.

Scénographie Eric Ruf

Costumes Christian Lacroix

Comédie Française, jusqu’au 11 février 2018

Réservations au 01 44 58 15 15

Et également, à partir du 26 octobre, en rediffusion avec  PathéLive

 

 

 

LES TROIS SŒURS, три сестры – Tcheckhov, Timofeï Kouliabine

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Tchekhov étouffé par le bruit du silence

A l’Odéon cet automne, c’est une proposition-performance que le metteur en scène russe Timofeï Kouliabine présente : durant deux ans, ses comédiens ont appris la langue des signes, aidés par des tuteurs, avant de s’emparer du texte de Tchekhov, Les trois sœurs. Deux ans durant, ils ont travaillé le texte « sonore » pour laisser peu à peu place au sens des mots sans que rien ne soit verbalisé, pour laisser une silencieuse musique tchekhovienne s’emparer peu à peu des corps et de l’espace et finir par se laisser guider par elle. Les voici maintenant à Paris, aux ateliers Berthier, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

Sur scène, la scénographie rappelle le film de Lars von Trier, Dogville, avec cet intérieur des sœurs Prozorov dont les pièces sont uniquement délimitées par des bandes blanches. Chambres et salon sont occupés par des meubles gris et quelques textiles d’un rouge plus soutenu. Le tout est harmonieux, à la fois neutre et de bon goût, avec cette chaleureuse froideur russe. Un intérieur à l’image de ces trois sœurs, Irina, Olga et Macha qui vivent avec leur frère Andreï depuis la mort de leur père. Rien n’est dit, tout est signé, et le spectateur se réfère au sur-titrage en français et anglais pour suivre le texte.

Dans ce silence bruyant qui va entourer pendant plus de 4 heures les comédiens de Timofeï Kouliabine les sons résonnent, puissants, décuplés par l’absence de parole. L’expérience est étonnante, à la fois fascinante et épuisante. Ici une assiette qu’un comédien tape avec obstination sur la table, là le clip de Wrecking ball de Miley Cyrus, plus tard le violon de Andreï, des meubles que l’on déplace, répare, ou bien encore le souffle du vent glacial quand la porte s’ouvre et se referme. La troisième partie, dans un noir seulement éclairé par les lueurs des écrans, ressemble davantage à un exercice de style et laisse perplexe quant à son utilité.

Dans cet enchevêtrement de bruits, de scènes, les comédiens signent tandis que l’œil et l’oreille des spectateurs (ou du moins de la spectatrice que je suis), sont sans cesse attirés, détournés. Difficile de se concentrer sur le « texte », de s’imprégner de sa mélodie tant les bruits et les mouvements des personnages extérieurs à la scène qui se déroule viennent parasiter le tout et prendre le dessus : on ne remarque que les selfies, les lueurs des téléphones portables et tablettes qui occultent le jeu, souvent sans justification, les déplacements de Natacha quand parlent ses belles-sœurs. La sensation, la chaleur du texte n’est plus qu’un vague écrit sur un écran au dessus de la scène, rendant ce silence, qui se voulait assourdissant, résolument et péniblement bruyant.

Un faux silence et des signes qui ne suffisent pas à servir le texte qui semble être un succédané, sur-titrage oblige. L’histoire est là, oui, mais si Irina-Miley rêve de briser les murs qui l’entourent et de s’évader, l’absence de cloisons et de mots ont laissé s’échapper l’âme de Tchekhov, en ne laissant sur scène que la prestation-performance des comédiens, à commencer par  Linda Akhmetzianova, magnifique et lumineuse Irina, ou Daria Iemelianova, touchante Macha.

De comédiens qu’on rêve de découvrir – et d’entendre, dans un autre texte, non signé, celui-ci.

 Les trois sœurs, d’Anton Tchekhov

Mise en scène de Timofeï Kouliabine

Avec Ilia Mouzyko, Anton Voïnalovitch, Klavdia Katchoussova, Valeria Kroutchinina, Irina Krivonos, Daria Iemelianova, Linda Akhmetzianova, Denis Frank, Alexeï Mejov, Pavel Poliakov, Konstantin Télégine, Andreï Tchernykh, Sergeï Bogomolov, Sergeï Novikov, Ielena Drinevskaïa 

en langue des signes russe, surtitré en français et anglais

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 15 octobre 2017

Réservations au 0 1 44 85 40 40

Festival d’Automne à Paris

 

BOUVARD ET PECUCHET, Mes Jérôme Deschamps, Théâtre de la Ville

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Un Flaubert à la sauce Deschiens

L’un est aussi grand et dégingandé que l’autre est petit et trapu, tous deux portent un costume noir et des chapeaux melon. Aussi différents que possible, ces deux-là se rencontrent sur un banc et deviennent amis avant de partir s’installer à la campagne et tenter de devenir aussi savants qu’instruits, de tout expérimenter, et de rater, souvent, toujours.

Jérôme Deschamps s’empare du roman inachevé de Flaubert et l’adapte dans une sauce plus Deschiens que Flaubertienne, mais peu importe, on suppose que l’auteur se serait délecté de voir ses deux personnages rester toujours aussi picaresques, bêtement drôles et drôlement bêtes. Deschamps sera le petit, Micha Lescot, qui joue formidablement de son immense carcasse, sera le grand, tous deux sont évidemment bons amis et quand l’un y va l’autre le suit, que ce soit dans des expériences frénétiques (et ratées) que dans des élucubrations pathétiquement drôles. Avec Jérôme Pécuchet, les expériences deviennent aussi burlesques que désopilantes, clownesques que méchantes. Lui et Micha Bouvard, donc, forment un duo explosif où tous tout est permis pour briller et démontrer sa formidable intelligence, profondément enfouie sous une bien belle couche de bêtise et de prétention. Ils ne sont pas les seuls dans cette farce déjantée : Pauline Tricot et Lucas Hérault viennent apporter une couche supplémentaire de bêtise campagnarde sacrément hilarante : Pauline Tricot joue admirablement les simplettes,  l’œil hagard, en ânonnant des monosyllabes tandis que Lucas Hérault joue les brutes campagnardes avec une placidité réjouissante.

En guise d’écrin à ce concentré de crétinerie, la scénographie toute en bleu et rouge, les costumes de Macha Makeïeff font de ce Bouvard et Pécuchet un savoureux moment d’humour décalé, d’une cocasserie qui frôle parfois le grand-guignolesque mais fait éclater de rire à bien plus d’une reprise.

Une renaissance pour ce roman posthume, agrémentée de quelques clins d’oeil plus actuels et savoureusement caustiques : on sourit, puis on rit, on finit par quasiment exulter tant ces quatre là se démènent avec une énergie et une sens du comique totalement barré, et, bien sûr, parfaitement maîtrisé.

Chapeau ! comme dit Bouvard.

Bouvard et Pecuchet, d’après Gustave Flaubert

Adaptation et mise en scène Jérôme Deschamps

Avec Jérôme Deschamps, Micha Lescot, Pauline Tricot et Lucas Hérault

Costumes de Macha Makeïeff

Théâtre de la Ville, jusqu’au 10 octobre,

Réservations au 01 42 74 22 77