L’huître – Didier Caron – Festival de Maisons Laffitte

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A jaloux, jalouse et demi

Le XXVIème festival de théâtre de Maisons Laffitte ouvre ce soir ses portes sur les chapeaux de roues, avec une comédie fichtrement efficace et rythmée qui fera le bonheur des amateurs de boulevard. Un boulevard (presque) (pas) franchement classique où l’on ne trouve pas d’amant dans le placard ni de maitresse derrière la porte, mais, au contraire, un mari et une femme, mariés depuis un peu trop longtemps sans doute, qui vont tous les deux inventer une fausse liaison histoire de rendre leur conjoint jaloux. Nous aurons donc un faux amant (l’ami de la mariée, embarqué bien malgré lui dans cette histoire qui le dépasse), une fausse maîtresse (comédienne très très niaise qui cachetonne là où elle peut), une femme bafouée qui veut se venger et un mari vengeur parce qu’il est bafoué.

Vous suivez ?! Eh bien il le faudra car de toute façon vous serez immanquablement entrainé dans cette comédie sacrément rythmée, jouée avec une énergie virevoltante et une joie évidente. Les répliques s’enchaînent à coup de formules désopilantes (même si, il faut l’avouer, certaines tombent à plat, le mieux étant l’ennemi du bien), assenées avec force conviction et ardeur par des comédiens survoltés qui jamais ne sur-jouent. Un exercice délicat réussi.

Parmi eux, l’excellente Christelle Furet (Sophie, l’épouse) : tout comme ses partenaires Melissa Gobin-Gallon (Cindy, la fausse maitresse) ou Xavier Devichy (le mari) on l’avait déjà remarquée dans l’hommage à Molière (Terriblement Molière) monté par la Compagnie Les enfants terribles l’an dernier. Ici, elle nous épate littéralement : diction, énergie, justesse, précision, un sans faute remarquable. Les autres ne sont pas en reste mais on ne peut s’empêcher de voir là une candidate sérieuse au prix d’interprétation féminine du Festival.

C’est bon, c’est drôle, c’est efficace, avec un coté Au théâtre ce soir (totalement assumé par Vincent Messager, le metteur en scène, qui a voulu rendre hommage aux 50 ans de l’émission), et une sacrée dose de peps. On avait adoré Pyjama pour six (monté il y a quelques années par la même compagnie), on aime beaucoup cet opus là qui, s’il n’a pas la même implacable mécanique signée Marc Camoletti, n’en reste pas moins un sacré bon morceau.

Maisons Laffitte, décidément, ça commence fort.

 

 

L’huître, de Didier Caron

Mise en scène de Vincent Messager

Compagnie Les enfants terribles

Avec Christelle Furet, Melissa Gobin-Gallon, Xavier Devichy, Erwin Zirmy

A découvrir, aussi, au Festival d’Avignon OFF 2017 (Théâtre l’Arrache-Coeur, 16h45)

 

LE CAS MARTIN PICHE, Théâtre Montparnasse

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Happy hours drolatique au Théâtre Montparnasse

Après un accueil chaleureux au Petit Montparnasse puis un passage au Festival d’Avignon OFF l’an dernier, Le cas Martin Piche revient au Théâtre Montparnasse ce printemps, fort du succès remporté depuis sa création. Le pitch pourrait rendre sceptique : un patient vient consulter un psychiatre pour cause … d’ennui chronique, compulsif, limite consciencieux. L’homme (Martin Piche) ne s’intéresse à rien depuis plus de trois ans, peine à écouter ceux qui lui font face, n’aime rien, et se contente d’égrener les secondes sans éprouver la moindre curiosité pour le monde qui l’entoure (« sauf quand il dort », mais là « il n’en profite pas »). Il s’est enfin résolu à consulter, pour la plus grande surprise du psychiatre qui n’a jamais connu pareille atonie de l’intérêt, vacuité du regard et absence de personnalité.

Plutôt pêchu, souvent hilarant, ce cas Martin Piche sera la jolie petite surprise du mois de mai. N’attendons aucune révolution du genre ni dimension cachée derrière les répliques, mais une spontanéité sincère et désopilante. Avec d’un coté un homme non pas désabusé ni blasé, mais tout simplement vidé de tout sel, toute curiosité ou toute énergie, et de l’autre un autre homme qui est l’exact opposé en psychiatre passionné par ce cas hors normes et dévoré de curiosité, Le cas Martin Piche n’est assurément jamais ennuyeux : d’une part parce que la mise en scène est dynamique et la pièce jouée avec force conviction et énergie par Jacques Mougenot (Martin Piche) et Hervé Devolder (le psychiatre) (les deux sont également metteur en scène et auteur de la pièce). D’autre part, l’écriture de Jacques Mougenot a quelque chose de Dubillard dans ses dia(b)logues qui en finissent par être parfois absurdes tant l’un écoute et l’autre pas, compensant par là même l’absence de réelle profondeur de l’ensemble. On ne s’y ennuie pas, donc et, malgré une histoire qui finit quelque peu par patiner faute de réel enjeu dramaturgique, ce Cas Martin Piche a la sagesse de se terminer au bout d’une petite heure quinze, laissant les spectateurs quitter la salle un grand sourire aux lèvres.

Au final, une heure quinze de rires francs et sincères en fin de journée, ça fait parfois, tout simplement, du bien. A voir et applaudir pour se détendre.

Le cas Martin Piche

De Jacques Mougenot

Mise en scène Hervé Devolder

Avec Jacques Mougenot et Hervé Devolder

Théâtre Montparnasse jusqu’au 25 juin 2017

Réservations au 01 43 22 77 74

 

Dans la Notte du Père Noël

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Il y a toujours quelque chose de terriblement cynique et en même temps de totalement irrésistible dans les textes de Pierre Notte. Celui que j’ai découvert avec Moi aussi je suis Catherine Deneuve continue de me réjouir et c’est encore le cas cet hiver avec la reprise de C’est Noël tant pis. Tombant à point nommé en cette période de festivités familiales, la comédie est à nouveau décapante et jouissive. On y retrouve une famille apparemment normale qui s’apprête à réveillonner. Le père la mère, les deux fils et la bru dont tous semblent avoir oublié le prénom. Tout le monde cherche la grand-mère, que l’on découvrira, nue, sous la table. Le point de départ est lancé, la foire d’empoigne peut commencer et le réveillon se transformer en aimable jeu de massacre fait de répliques assassines et de dialogues corrosifs.

Mère au bord de la crise de nerfs

On se régale assurément de ces névroses ranimées et de ces frustrations enterrées qui ressurgissent. Sous les uppercuts verbaux que se balancent les uns et les autres, Pierre Notte dessine avec une lucidité aiguisée  les rancœurs scrupuleusement refoulées sous la bienséance familiale. Avec une mère aigrie et toxique (impayable Sylvia Laguna) qui menace de se jeter par la fenêtre du rez-de-chaussée, deux frères que tout oppose et en perpétuelle rivalité (Brice Hillairet au jeu plein de justesse et de sensibilité, et Renaud Triffault hilarant en héraut de la grammaire), une bru explosive (Chloé Oliveres, parfaite) et un père tout simplement dépassé par sa vociférante tribu (Bernard Alane, formidable), Pierre Notte dresse un portrait vitriolé mais aussi terriblement touchant, parce qu’au final très humain, de la famille bourgeoise. On s’y haït très bien et l’on s’y aime très mal, à moins que ce ne soit le contraire, mais les deux, chez Pierre Notte, ne font qu’un et forment un kaléidoscope de sentiments croqués avec une joie évidente.

Moi aussi je suis Charles Aznavour

Dans un décor dépouillé où le sapin central fera judicieusement office de voiture, de lit ou de table, on se laisse surprendre, et c’est une habitude chez Pierre Notte, par les chansons  subitement entamées par les comédiens : Charles Aznavour et autres comptines viennent ponctuer le texte de touches décalées et absurdes, comme pour souligner l’incongruité des situations. La mise en scène est dépouillée mais l’apparent dénuement se révèle être une direction précise et pointue des comédiens, un savant calcul des déplacements et des gestes jusque dans l’harmonie des costumes, toujours dans les mêmes camaïeux.

C’est Noël tant mieux

Au final, on se réjouit de cette nouvelle comédie déchaînée  de Pierre Notte. Les dialogues vachards cachent des trésors d’émotion et de tendresse et l’ensemble nous entraîne dans un (UN) espèce de capharnaüm férocement cocasse et fichtrement humain. C’est Noël au Rond-Point et c’est tant mieux avec Pierre Notte.

 

 

C’est Noël tant pis

Texte & Mise en scène Pierre Notte

Avec Bernard Alane, Brice Hillairet, Sylvia Lagune, Chloé Oliveres, Renaud Triffault

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 30 décembre 2016,

Réservations au  01 44 95 98 21

Reprise à la Comédie des Champs Elysées à partir du 26 janvier 2017

Réservations au 01.53.23.99.19

 

 

 

 

 

 

 

Alexis Rostand de Bergerac

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Il en fallait, du panache, pour écrire une pièce en alexandrins à la fin du 19ème quand Courteline, Feydeau, Sardou triomphaient avec leurs vaudevilles. Quand Ibsen faisait scandale avec sa Nora et Tchekov écrivait La mouette. Il en fallait du panache, donc, et surtout un gramme d’inconscience, un soupçon de folie, quelques mesures de déraison et des kilos de génie. Fort de ce principe, Alexis Michalik, après Le porteur d’histoires et le Cercle des illusionnistes, nous transporte à la fin du XIXème siècle, dans le Paris des comédiens et des dramaturges. Edmond Rostand, jeune auteur bourré de talent mais peu inspiré après le succès mitigé de La princesse lointaine, accepte d’écrire pour  Constant Coquelin, star de l’époque. Or, de cette pièce, il n’a, à ce jour, que le titre et pas la moindre trame.

Et nous voilà plongés au cœur de la création d’un chef d’œuvre. Bien sûr, Alexis Michalik s’inspire, brode, invente un peu. Mais en mêlant vérité historique et fiction, en ajoutant des personnages soit loufoques (les frères corses) soit décalés (comme cet Anton Tchekov croisé là où on ne l’attendra certainement pas), en réécrivant l’histoire dans l’Histoire, Michalik raconte encore ici une autre formidable histoire, celle de la création, du doute, des peurs et de l’inspiration. La mise en abyme est réussie et l’on se délecte à suivre ces multiples péripéties souvent hilarantes qui font la genèse de Cyrano selon Michalik et où l’on croise avec délectation  Feydeau, Courteline, Sarah Bernhardt, Maurice Ravel ou encore Mélies.

Le tout va vite, très vite, les scènes s’enchaînent et les décors s’échangent à vue avec une rapidité étonnante. C’est énergique, virevoltant, détonnant. Comme d’habitude, Michalik s’entoure d’une joyeuse troupe parfaitement investie et bourrée d’énergie : Guillaume Santou est un Rostand à la fois drôle et touchant, parfaitement crédible et ressemblant. Pierre Forest est un Coquelin truculent, Christine Bonnard, qui avait été une délicieuse Laure Gevaudan dans les Fiancés de Lôche, confirme son talent en Maria Legaut, star irascible et capricieuse, Régis Vallée est hilarant de niaiserie ou encore Jean-Michel Martial, Kevin Garnichat, Stéphanie Caillol, Valérie Vogt…  Réunir des comédiens de talent ne suffit parfois pas, il faut aussi que se crée entre eux une espèce d’alchimie pour que la sauce prenne : c’est ici le cas et tous jouent avec un plaisir évident, une vraie générosité et une énergie décuplée.  Un vrai travail de troupe, efficace et joyeux.

« Il ne suffit pas pour avoir du panache d’être un héros. C’est quelque chose de voltigeant, d’excessif…l’esprit de bravoure » a dit Rostand dans son discours à l’Académie Française . C’est ainsi que Michalik nous raconte cette histoire : avec bravoure, ivresse et beaucoup de panache.

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De et par Alexis Michalik

Avec Pierre Bénézit, Christine Bonnard, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Kevin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Christian Mulot, Guillaume Sentou, Régis Vallée , Valérie Vogt

Théâtre du Palais-Royal

Réservations au 01.42.97.40.00

Mensonges et confusion

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Qui n’a pas menti un jour pour échapper à une obligation, un dîner, une invitation, en sautant sur le premier prétexte venu ? C’est ce que fait Edouard (Daniel Russo) un peu malgré lui pour expliquer son absence au mariage de son meilleur ami Fred (Laurent Gamelon). Et un mensonge en entraînant souvent un autre le menteur se retrouvera pris à son propre piège, enferré dans une spirale inextricable de mensonges tous plus invraisemblables les uns que les autres.

Rentrée théâtrale rime souvent avec comédies de boulevard et Mariage et Châtiment ne déroge pas à la règle. On n’y retrouvera pas un amant dans le placard mais des menteurs et des crédules qui mentiront à leur tour. Les personnages correspondent aux stéréotypes de la comédie de boulevard parisienne : le couple de bourgeois quinquagénaires à l’appartement cossu, la blonde (ici présentatrice météo) à l’intelligence inversement proportionnelle à son tour de poitrine, le bon copain un peu bourru, la jeune stagiaire bobo-intello. Le comique de situation correspond également aux standards avec les habituels quiproquos, malentendus, retournements de situation et gags multiples. Mais, et c’est dommage, le texte de David Pharao pêche par excès : les gags et les mensonges s’enchaînent pour finir par être de moins en moins crédibles. Cette surenchère d’imbroglios finit par lasser, d’autant qu’elle surfe trop sur des facilités ajoutées en vrac (comme la prévisible  blague sur le mariage pour tous, l’inévitable cruche de service) pour nous convaincre. La mise en scène, attendue, utilise habilement le coûteux et beau décor  avec ses deux entrées opposées de l’appartement ou la fenêtre pivotante. Néanmoins le tout manque de rythme et la pièce aurait pu être resserrée davantage par la mise en scène de Jean-Luc Moreau. Pour dynamiser tout ça, Daniel Russo en fait des tonnes : toujours présent dans une partition très physique, il se donne à fond, mais sans nuance. Son pendant Laurent Gamelon surprend par sa présence scénique  mais son potentiel comique ne m’a pas paru suffisamment exploité, le cantonnant dans un rôle de faire-valoir trop caricatural parce que sans profondeur. Les trois comédiennes s’en tirent honorablement : Delphine Rich est Marianne, bourgeoise cinglante et cynique, Fannie Outeiro joue admirablement les idiotes, notamment dans un dialogue hilarant autour du mot autel, tandis que Zoé Nonn campe une stagiaire plutôt rigolote mais pas vraiment crédible en passionaria des 10 commandements.

Au final, une comédie qui fait parfois sourire mais dont l’écriture est trop approximative pour nous convaincre. Soyons honnête ceci dit : la salle, bien peu remplie, a souvent ri.

 

 

Mariage et châtiments

De David Pharao

Mise en scène: Jean-Luc Moreau
Ave c: Daniel Russo ,  Laurent Gamelon ,  Delphine Rich ,  Fannie Outeiro  et  Zoé Nonn

Théâtre Hebertot

Jusqu’au 14 janvier 2017

Réservations au 01 43 87 23 23

Burlesque et réjouissante Poupée sanglante

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Si les scènes parisiennes se vident généralement dès juillet, il reste heureusement quelques salles qui abritent des pépites délicieuses qui feront le bonheur du public cet été. C’est le cas depuis le mois de juin à la Huchette où la minuscule scène, une fois les spectateurs de Ionesco partis, accueille une adaptation du roman de Gaston Leroux haute en rires et en chansons.

On retrouve dans cette Poupée sanglante tous les principaux éléments de l’intrigue : de jeunes fiancés, un relieur aussi difforme que sensible, des femmes qui disparaissent mystérieusement, une comtesse vampirisée, un comte inquiétant… Sur fond d’intrigue policière le gothique rime avec fantastique et voilà les spectateurs embarqués pendant une heure trente dans une pétulante et délicieuse comédie musicale. Sur scène, les 3 comédiens se régalent : Charlotte Ruby, Edouard Thiebaut et Alexandre Jérome rivalisent de talent et d’énergie en se glissant dans la peau d’une quinzaine de personnages. Un tablier, un gant, un éventail ou un couvre-chef rapidement enfilés et voilà successivement le comte ou la comtesse (savoureux jeu de miroir d’Alexandre Thiebaut), Christine, la jeune fiancée, Benedict, le repoussant relieur, une chanteuse indienne, un enquêteur… qui défilent avec une vitalité débordante et contagieuse.

Les chansons, aux paroles savoureuses, viennent fluidifier la narration : non seulement les comédiens jouent avec justesse, ils chantent aussi parfaitement. Accompagnés au piano par Didier Bailly, ils virevoltent, dansent aussi parfois (les amateurs de claquettes vont adorer… les autres aussi), s’amusent et prennent une joie  immense à jouer et partager leur plaisir avec le public.

C’est communicatif et le public qui rit et en redemande, s’émerveille devant tant d’ingénieuse simplicité et d’impressionnante maîtrise. Nous en voulons pour preuve les applaudissements nourris et les rappels enthousiastes qui ont salué le final de cette rocambolesque, espiègle et réjouissante histoire.

Vous l’aurez compris, La poupée sanglante est une vraie réussite et sans conteste une des comédies de l’été à ne surtout pas rater.

La poupée sanglante, d’après le roman de Gaston Leroux

Adaptation de Didier Bailly et Éric Chantelauze

Mise en scène  Éric Chantelauze

Théâtre de la Huchette, jusqu’au 27 août

Réservations au 01 43 26 38 99

Avec : Charlotte Ruby, Edouard Thiebaut et Alexandre Jérome, Didier Bailly (piano)

Chorégraphie Cécile BON

Costumes Julia ALLEGRE

Bande son : Fred FRESSON

Décor  Erwan CREFF

Régie Ider AMEKHCHOUN

 

 

Les histoires d’amour finissent mal, en général.

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Jean, las des adultères sans lendemain dont il est coutumier décide d’aimer passionnément mais platoniquement Juliette, qu’il a rencontrée en cure. Il lui écrira quotidiennement, l’appellera, parfois, pour lui conter inlassablement les journées imaginaires qu’ils passeront ensemble. Cet amour ne finira jamais puisque le quotidien ne viendra jamais l’éroder. C’est sans compter l’honnêteté de Juliette qui aime Roger, son mari, et ne lui cache rien de ces lettres, ni  la frustration de Germaine, la femme de Jean, à qui cet amour idéalisé fait bien plus peur que les passades de son mari.

« Un amour qui ne finit pas » est une comédie douce-amère loin des boulevards classiquement cantonnés au trio mari-femme-amant : les dialogues ciselés et acérés, la progression dramaturgique adroitement calculée nous emmènent avec drôlerie et subtilité vers des sujets plus graves comme l’amour, la jalousie, la peur ne n’être plus aimé ou de ne plus aimer.

De la progression de l’amour, de doutes, des peurs et des certitudes amoureuses, des joutes verbales entre maris trompés trompeurs ou épouses aimées trahies, les comédiens se régalent. Michel Fau est impeccable en amoureux mélancolique, Pascale Arbillot (Juliette) offre une palette large qui va du refus à la  peur puis au trouble pour cet amour qu’elle n’a pas recherché, Pierre Cassignard (Roger) est un mari d’abord railleur puis finalement terrorisé par cet amant fictif. Enfin, Lea Drucker campe une délicieuse  et hilarante Germaine Noyel, bourgeoise coincée, hystérique, bien plus effrayée par cette menace que par les liaisons sans lendemain de son époux.

La mise en scène millimétrée de Michel Fau propose les deux appartements des deux couples dans une scénographie en miroir où les scènes s’alternent dans une jolie symétrie: chaque personnage, chaque couple aura sa part de noirceur et de candeur amoureuse. Le tout est ponctué de brefs intermèdes musicaux suffisamment courts pour ne pas briser le rythme. Un bel écrin, donc, servi par des comédiens au diapason, pour une écriture à la fois subtile et cruelle, désenchantée et délicate.

 

 

Un amour qui ne finit pas, texte de André Roussin 

Mise en scène de Michel Fau

Théâtre Antoine, jusqu’au 8 juillet 2016

Réservations au 0 1.42.08.77.77

Avec Michel Fau, Léa Drucker, Pascale Arbillot, Pierre Cassignard, Audrey Langle, et la participation de Philippe Etesse. 

Décors Bernard Fau
Costumes David Belugou
Lumières Joël Fabing
Maquillages Pascale Fau