La Comédie Française s’invite au cinéma – Gagnez des places pour Les fourberies de Scapin !

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On parle beaucoup, depuis la semaine dernière de la diffusion en direct des Fourberies de Scapin présentés au Français cette année, dans les salles obscures. En effet depuis l’an dernier, la Comédie Française s’est associée avec les cinémas Gaumont-Pathé pour promouvoir et diffuser ses spectacles dans une sélection de salles de cinéma (Gaumont Pathé mais pas uniquement puisque près de 400 cinémas participent à l’opération), en France comme à l’étranger.

Après Roméo et Juliette, Le misanthrope et Cyrano de Bergerac la saison dernière, cette année seront rediffusés Les fourberies de Scapin, Le petit maître corrigé et Britannicus.

Certes, aller au cinéma voir une pièce de théâtre, par définition un spectacle vivant donc, peut paraître absurde.  J’en conviens, ou plutôt j’en convenais jusque l’an dernier quand, après avoir découvert le formidable Roméo et Juliette mis en scène par Eric Ruf salle Richelieu, je me suis fait une joie de revoir le spectacle dès sa diffusion en salle. Revoir ce que j’avais aimé donc, mais aussi le découvrir sous un autre angle, avec davantage de gros plans et quelques interviews en prime.

Cette année c’est la pièce Les fourberies de Scapin qui a ouvert le jeudi 26 octobre la saison 2017-2018, visible maintenant (à partir du 12 novembre*) dans plus de 400 cinémas. Pour ma part, après l’avoir découvert en salle Richelieu, je me ferai une joie de le revoir : pour Benjamin Lavernhe, bien sûr, et son jeu charismatique, mais aussi et tout simplement par pure gourmandise. J’y emmène une partie de ma bande qui n’a pu avoir de place, le spectacle étant complet jusque fin février.

Enfin, il faut aussi applaudir l’initiative qui permettra aux scolaires de pouvoir découvrir la pièce, mais également au public de province et d’ailleurs.

A cette occasion, je vous propose de jouer et gagner 2 x 2 places pour une des séances dans le cinéma de votre choix, valable à partir du 12 novembre.

Pour cela, il suffit de répondre dans les commentaires de ce billet à la question suivante : quel est le véritable patronyme de Molière ?

Vous avez jusqu’au  dimanche 5 novembre minuit pour tenter de gagner vos places. Je tirerai au sort les noms de deux vainqueurs parmi les bonnes réponses.

En attendant, n’oubliez pas : allez au théâtre, au cirque. Et au cinéma !

 

*Réservations sur www.comediefrancaiseaucinema.com

 

 

LES FOURBERIES DE SCAPIN, Molière, MES Denis Podalydès, Comédie Française

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Scapin tout feu tout flamme emballe la Comédie Française

Pour inaugurer la saison 2017 2018 au Français, c’est une des valeurs sures de la maison de Molière qui est donnée avec Les fourberies de Scapin dans une nouvelle mise en scène signée Denis Polalydès.

Le comédien français, après Le bourgeois gentilhomme,  s’attaque à nouveau au créateur emblématique de la maison en proposant ici une version somme toute plutôt classique mais qui ne démérite pas, en entraînant une salle plus qu’enthousiaste à applaudir à tout rompre et rire aux éclats à plus d’une reprise pendant la représentation.

L’histoire pourtant est connue de tous : deux jeunes gens, loin de leurs pères se sont pris d’amour, l’un pour une bohémienne, l’autre pour une fille sans dot ni nom. Pour garder leurs fiancées, ils demandent au valet Scapin de les aider. Scapin, aussi roublard que rusé, facétieux que revanchard, malin que joueur, décide d’aider les jeunes hommes et de soutirer de l’argent à leurs avaricieux papas qui de leurs côtés ont décidé de les marier à d’avantageuses jeunes filles de belle famille.

La révélation Benjamin Lavernhe

Pour le rôle-titre, c’est à Benjamin Lavernhe que revient la tâche. Loin de démériter, le comédien surprend au contraire dans une partition sans fausse note : tour à tour dédaigneux, rusé, manipulateur, menteur et fichtrement audacieux, le jeune pensionnaire dévoile ici un talent insoupçonné, une énergie virevoltante et un charme ravageur. Si le rôle-titre cannibalise le reste de la distribution, on notera quand même l’étonnante transformation et le potentiel comique de Didier Sandre (méconnaissable et désopilant Géronte), la jeunesse et la fougue rafraichissante de Julien Frison (Octave) et Gaël Kamilindi (Léandre). Le reste de l’équipe ne démérite pas, que ce soient Adeline d’Hermy (un poil trop exubérante Zerbinette), Gilles David (pétochard Argante), Bakary Sangaré (complice et fidèle Sylvestre) ou Pauline Clément (gentille Haycinthe) (en alternance avec Claire de la Rüe du Can.

Un public transporté

Mener une équipe de choc sur un texte aussi connu, et le rendre désopilant, c’est le pari réussi de Denis Podalydès : classique, sa mise en scène ne révolutionne pas le genre mais lui rend un hommage ultra convaincant : avec la jolie scénographie signée Eric Ruf, les (forcément beaux) costumes de Christian Lacroix, l’énergie décuplée dont fait preuve Benjamin Lavernhe, il réussit à largement séduire le public. Hier, la salle abondamment remplie par un jeune public, vacances scolaires obligent, n’a cessé de rire et d’applaudir, régulièrement et intelligemment prise à parti notamment pendant la fameuse scène du sac. On en redemande, on participe, on devient gascon, on scande des Géronte furibonds et on se gausse à foison du pleutre dans son sac. L’idée et malicieuse et efficace.

On en sort avec un large sourire et l’envie de revoir Benjamin Lavernhe dans un autre grand rôle.

 

Les fourberies de Scapin, de Molière

Mise en scène de Denis Podalydes

Avec Benjamin Lavernhe, Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Claire de la Rüe du Can ou Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, et comédienne de l’Académie Maïka Louakairim et Aude Rouanet.

Scénographie Eric Ruf

Costumes Christian Lacroix

Comédie Française, jusqu’au 11 février 2018

Réservations au 01 44 58 15 15

Et également, à partir du 26 octobre, en rediffusion avec  PathéLive

 

 

 

LE TESTAMENT DE MARIE, MES Deborah Warner

D’une icône à l’autre…

♥♥♥

Après Los Angeles et Londres c’est à l’Odéon (en partenariat avec la Comédie Française) que Deborah Warner lève le voile sur Marie en adaptant le roman de Colm Toibin. Sous la plume de l’auteur irlandais, la Femme mythique, la Mère de Jesus est dépouillée son statut d’icône et n’est plus qu’une femme ordinaire, mère d’un fils lui-même ordinaire.

Du sacré au banal

Avant le spectacle, le spectateur est appelé à monter sur scène. Au centre, figée dans une cage de verre, protégée des passants mais offerte à leur curiosité, Marie se tient, drapée de rouge. Devant elle brûlent des dizaines de bougies. Tout autour de cette cage, un olivier suspendu, un vautour (vivant), des bougies, encore, un tronc suspendu, surplombé d’une roue. Mais de ces symboles chrétiens ne subsistera rien une fois la pièce commencée. La cage se lève pour laisser Dominique Blanc se lever et se défaire de son habit de Madone. Les bougies disparaissent, le vautour est rendu à son dresseur. Marie revient vêtue d’un jean et d’une tee-shirt. La Madone a laissé place à la femme.

D’aucuns verront une part de blasphème dans le texte de Colm Toibin, qui défait Marie de ses atours sacrés. La Madone n’est qu’une femme ordinaire, qui range, lave, allume une cigarette. D’aucuns seront décontenancés par cette démystification de l’icône rendue au rang de simple humaine. On pourra être gênés par la mise en scène à la fois onirique et terre à terre, terriblement pragmatique, de ce récit débité sans emphase, sans passion, parfois d’un réalisme cru. On pourra être gêné, peut-être, au début, puis on se laissera happer par la voix et le regard de Dominique Blanc qui donne à Marie la voix d’une femme, d’une mère, qui a souffert et s’interroge, sceptique. Qui était vraiment son fils ? Qui étaient ces hommes qui l’entouraient ? Des désaxés ? Des adorateurs ? Etaient-ce des miracles ou des manipulations, des visions, des fantasmes ? Avaient-ils raison ? Avait-il raison, lui ?

Du banal au sacré

Aucune réponse, mais la vision d’une femme tout simplement humaine, une mère aimante mais lucide, que le jeu de Dominique Blanc rend hypnotique et envoutante. On ne peut la lâcher du regard, on se laisse subjuguer par son jeu. L’icône, à l’Odéon, n’est plus Marie mais Dominique Blanc, immense, sublime.

Le testament de Marie

De Colm Toibin,

Mise en scène Deborah Warner

Avec Dominique Blanc

Scénographie Tom Pye

Théâtre de l’Odéon, en partenariat avec la Comédie-Française

jusqu’au 3 juin

Réservations au 01 44 85 40 40

LA RESISTIBLE ASCENSION D’ARTURO UI, B. Brecht, par K. Thalbach, Comédie-Française

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Un hommage qui manque d’impact

♥♥

Bertold Brecht vit ses oeuvres brulées lors de l’autodafé du 10 mai 1933 à Berlin et fut déchu de sa nationalité allemande deux ans plus tard. En 1941, lors de son exil en Finlande, il écrivit La résistible Ascension d’Arturo UI en seulement trois semaines.

Cette résistible ascension est un brûlot contre Hitler sous forme de parabole : le dictateur y est représenté en apprenti gangster, mafieux à deux balles qui saura se hisser au rang de parrain absolu et maître sans pitié en exploitant les revendications du trust du chou-fleur dans le Chicago des années 30. Chantage, pots de vin, intimidations, meurtres, manipulation des populations, chaque étape de l’ascension d’Arturo fait implicitement référence aux marches gravies par Hitler pour parvenir au pouvoir. Si tous les personnages sont inspirés de l’entourage du chancelier : Ernesto Roma pour Röhm, Gori pour Goring, Dollfoot pour Dollfuss, Gobbola pour Goebbels, et enfin Arturo Ui pour Adolf Hitler, c’est l’expressionnisme allemand qui prévaut : les bandits sont loufoques, burlesques, le trait est volontairement forcé, les maquillages outranciers, les faciès clownesques.

Et visiblement les comédiens français se régalent dans cette démesure brechtienne : Laurent Stocker incarne un Arturo Ui dans la lignée du Dictateur de Chaplin : tour à tour faiblard, geignard, il se transforme peu à peu en despote tyrannique avec force mimiques, gesticulations grandiloquentes et regards noirs. Jeremy Lopez est un machiavélique et fascinant Gobbola-Jocker tandis que Serge Bagdassarian est irrésistible en tyrannique et obèse Gori. Impossible de citer tous les autres, si ce n’est le méconnaissable et toujours parfait Eric Genovese en crooner affable, Michel Vuillermoz en comédien-professeur aussi imbibé que délicieusement ridicule – et admirable, Florence Viala, Thierry Hancisse et j’en passe. Une partition qui visiblement les régale, les pousse à jouer et surjouer selon les codes typiques du Volkstheater dans une scénographie réussie où les personnages évoluent dans les rets d’une gigantesque toile d’araignée.

Pour autant, tant de distanciation, de traits volontairement grossis, de grotesque, sont-il aujourd’hui le meilleur moyen de dénoncer, de toucher, d’alerter ? A l’heure où encore une fois l’extrémisme vient ramper sous nos portes, ne doit on pas au contraire frapper les esprits par un propos plus clair, plus fort, plus explicite ? La distanciation chère à Brecht, si elle dénonçait avec cynisme la montée des extrémismes après que celle d’Arturo H ait eut lieu, est-elle aujourd’hui, alors que cette ascension a commencé certes mais peut encore être stoppée net, est-elle encore le meilleur moyen de toucher, de faire réagir, de faire prendre conscience du danger ? Aujourd’hui plus que jamais il n’est pas question de rire, mais d’avoir suffisamment peur pour agir et décider en son âme et conscience de faire front contre les extrémisme et la haine, le mépris et la cupidité, quelles que soient leurs formes et leurs représentants.

On rit, donc, devant cette outrancière et résistible ascension, on rit souvent parce qu’ils peuvent être parfaitement désopilants : mais le tyrannique et implacable Néron-Stocker, l’effrayant et serpentin Genovese-Aschenback, étaient à mon sens des signaux plus efficaces parce que réellement glaçants à brandir face au danger. Si Katharina Thalbach, née et nourrie par le Berliner Ensemble, rend ici un hommage respectable et atavique à l’expressionnisme allemand, la force du message semble s’être quelque peu évaporée au fil des ans. Pour autant ne baissons pas les bras et continuons d’opposer l’art, l’intelligence et l’ouverture à la bêtise, la crasse et la folie de tous les Arturo Ui du monde.

La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht

Mise en scène de Katharina Thalbach

Comédie-Française, jusqu’au 30 juin

Réservations au 01 44 58 15 15.

Avec Thierry Hancisse, Éric Génovèse, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Julien Frison

LA REGLE DU JEU – Comédie Française

Christiane Jatahy chamboule la Comédie Française

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Décidément la Comédie Française bouscule et se bouscule en cette saison 2016-2017. Après le scénario des Damnés revisité par Ivo van Hove c’est au tour du film de Jean Renoir, La règle du jeu, d’être adapté cette fois-ci par Christiane Jatahy. Si la metteur en scène brésilienne conserve la trame du scénario de Renoir et ses principaux dialogues, elle ne manque pas de donner un petit goût d’aujourd’hui à sa version : la belle Christine est d’origine marocaine, André Jurieux franchit la Méditerranée pour sauver des migrants. On chantera sur Dalida tandis que Robert, le maître des lieux passionné de cinéma, filmera ses invités (caméra ou drone au poing) dans sa demeure qui n’est autre que la Comédie-Française elle-même, où l’on suivra les invités des loges aux cuisines en passant par le hall et les coulisses. C’est réécrit, donc, mais pas tant et Christiane Jatahy garde le sel intrinsèque de la Règle du jeu : pendant cette soirée où la fête et le plaisir sont de mise, les invités, les hôtes, les domestiques vont s’abandonner, au gré des rencontres furtives au détour d’un couloir, des confidences chuchotées et des regrets soupirés, au jeu de l’amour et du hasard… au jeu des faux semblants et des désirs cachés.

Des comédiens aux talents protéiformes

Et comme c’est justement Christiane Jatahy qui s’attelle à la tâche, on y retrouve sa patte et son oeil, son regard toujours cinématographique : les 26 premières minutes de la pièce sont un film projeté sur le grand écran blanc installé face aux spectateurs. Vingt-six minutes de film où l’oeil et la caméra jatahienne parviennent à capter les regards cachés, rendre vivants les silences, effleurer les regrets, éclairer les visages et dévoiler les non-dits. Si nul n’a besoin de prouver le talent des comédiens-français, Christiane Jatahy parvient, que ce soit derrière sa caméra ou sur scène, à sublimer leur jeu : Laurent Laffite (André Jurieux) devient vibrant de regrets et de trouble devant la fascinante Christine (Suliane Brahim) aussi ambigüe que passionnée ; Elsa Lepoivre crève encore une fois l’écran / la scène en Geneviève désenchantée qui s’abandonne dans l’ivresse, Julie Sicard est une Lisette toute en provocation révoltée et malicieuse, Bakary Sangaré est un Edouard Schumacher inféodé à sa jeune femme mais consumé de jalousie ; Jérémy Lopez s’amuse, amuse en maître les lieux : fou, joyeux, amoureux, dépassé, le tout jeune Sociétaire n’en finit pas de dévoiler les pans toujours plus impressionnants de son talent. On n’oubliera pas Jérôme Pouly ni l’impeccable Serge Bagdassarian, sorte de Monsieur Loyal aux chansons délicieusement joyeuses et partagées et surtout, le méconnaissable au premier regard mais indubitablement impeccable Eric Génovese (Marceau), qui n’en finit pas de me surprendre et me ravir dans chacun de ses rôles.

Des spectateurs immergés

Ils s’amusent tous, donc, et se régalent visiblement à surprendre et retourner le public du Français : sur l’écran, puis dans la salle (alors que la transition écran / scène s’est faite tout à fait naturellement), les coulisses ou les loges, ils offrent un spectacle protéiforme qui balaie d’un grand revers de culot, d’audace et de liberté les codes de la maison de Molière. Le public, quelque peu interdit, se laisse peu à peu submerger par la vague. Il n’est plus le spectateur attentif mais un invité immergé dans un spectacle qui se joue sur écran, sur scène, dans les loges et dans la salle. Envahi, l’hôte du français se laisse emporter. Invité, il tape des mains en entonnant du Céline Dion, voyeur, il surprend les amants dont les visages sont décuplés par les écrans, confident, il tremble pour celui dont il devine le tragique destin.

Quelques spectateurs seront restés de glace, ou bien seront craintivement restés sur leur garde devant tant de chambardement : nul doute qu’ils y reviendront, attirés par ce vent de nouveauté et de grâce qui souffle sur le Français. Nous, on aime, on aime même beaucoup. Et si ce qui était subversif chez Beaumarchais (mis en exergue par Jean Renoir dans son générique), ou dans l’histoire de la Règle du jeu en 1939, si la critique de la bourgeoisie et les rapports maîtres-domestiques sont teintés de désuétude aujourd’hui, Christiane Jatahy réussit à saisir l’inaltérable et indéfectible sel des relations humaines, l’amertume des amours passées et des regrets consumés, la joie pétillante des espoirs innocents, les colères et les renoncements, les désirs, les petites ou les grandes hypocrisies, les courages effrités et les lâchetés rampantes. Un travail d’orfèvre et un travail d’équipe qui nous laisse cois avant de nous transporter.

On recommence ?

La Règle du Jeu

D’après le scénario de Jean Renoir

Mise en scène et version scénique : Christiane Jatahy

Scénographie : Marcelo Lipiani et Christiane Jatahy

Assistanat à la mise en scène : Marcus Borja

Avec : Éric Génovèse, Jérôme Pouly, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Laurent Lafitte, Pauline Clément

Piano : Marcus Borja

Comédie-Française

Jusqu’au 15 juin 2017

Réservations au 01 44 58 15 15

Un marivaudage bucolique et champêtre au Français

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L’antagonisme Paris – Province semble inspirer le créateur de la Compagnie des Petits Champs. Après sa (délicieuse) mise en scène de Monsieur de Pourceaugnac aux Bouffes du Nord, où un brave provincial monté se marier dans la capitale était victime des subterfuges roublards et perfides de la jeunesse parisienne, Clément Hervieu-Leger s’attaque ici au très bucolique et marivaudien Le petit maître corrigé, où l’on rencontrera Rosimond, jeune et précieux citadin venu chercher promise en campagne : or la fière provinciale piquée par son absence de déclaration, décide de se jouer du jeune butor, aidée de sa fidèle servante Marton et du valet de Rosimond, l’effronté Frontin bien décidé quant à lui à épouser Marton. Elle obtiendra déclaration, ou ne se mariera point.

Préjugés ruraux et bucolique sociale

Nous ne sommes plus à Paris, donc, mais dans un abondant paysage champêtre : une vaste dune sur laquelle se dressent à la vas-y-comme-je-te-pousse de grands épis de blé. Ce sera le seul terrain de jeu des Comédiens Français, qui s’ébrouent avec un plaisir non dissimulé dans l’herbe bucolique et la délicieuse scénographie imaginée par Eric Ruf sous les éclairages raffinés de Bertrand Couderc. Au fil des répliques savoureusement salées sucrées de ce marivaudage on se laissera embarquer par l’enthousiasme des comédiens français : Loïc Corbery (Rosimond) excelle en sot parigot précieusement ridicule ; Christophe Montenez (Frontin), décidément surprenant vient bousculer l’image de Martin Essenbeck et prouver, s’il en était besoin, combien sa palette de jeu semble large. Adeline d’Hermy (Marton) régale de sa gouaille railleuse admirablement servie par sa voix haut perchée et son regard pétillant, tandis que Claire de la Rüe du Can incarne les jeunes premières avec toute la détermination requise par le rôle. A leurs cotés Dominique Blanc (la marquise), Didier Sandre (le comte), Florence Viala ou Pierre Hancisse complètent une distribution parfaitement dirigée par Clément Hervieu-Léger.

En faisant confiance à Clément Hervieu-Léger et sa direction d’acteurs précise et millimétrée, Eric Ruf confirme que décidément, la saison continue de s’annoncer belle, riche et diverse au Français. On ne peut qu’applaudir ce très classique mais ravissant et bucolique Petit maître corrigé.

Le petit maître corrigé

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Mise en scène Clément Hervieu-Leger

Avec : Florence Viala, Loïc Corbery, Adeline d’Hermy, Pierre Hancisse, Claire de la Rüe du Can, Didier Sandre, Christophe Montenez, Dominique Blanc, Ji Su Seong

Comédie Française

jusqu’au 24 avril 2017

Réservations au 01 44 58 15 15

Au bonheur des russes

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On peut être surpris quand on pénètre dans la salle du Vieux Colombier, : les rangées de fauteuils ont été déplacées et la scène est maintenant au centre d’un dispositif bi-frontal. Les spectateurs s’asseyent de part et d’autre d’une grande table où quelque vaisselle est installée. A cour (ou jardin, c’est selon) un fauteuil, un grand buffet, un piano. Un homme est là, il attend pendant que les spectateurs prennent place. Il observe la salle, les gens. Vêtu d’une veste de cuir, il est attentif et absent. Là, et ailleurs. On s’installe, on se place, et soudain un autre homme arrive et parle. Un peu comme si on avait plongé de façon urgente et inattendue dans la pièce. Les feux sont d’ailleurs encore allumés dans la salle. Les autres personnages arrivent par les allées. On est DANS la datcha, on est avec eux, on est immergés sans même l’avoir senti, pressenti, dans la famille de Vania, de Alexandre Petrovitch Voinitski, de Maria Voinitskaia et de leurs proches. Ce sera là une des premières magies de la mise en scène de la jeune Julie Deliquet : immédiateté, proximité, immersion, le public est entièrement absorbé par la scène et cette famille.

Cette famille, donc, c’est la famille de Vania. Il a longtemps et beaucoup sacrifié pour que son beau-frère, le professeur Alexandre Petrovitch Voinitski puisse se consacrer à ses recherches et ses publications. Il vit dans la datcha que sa soeur défunte, et première femme de Alexandre Petrovitch Voinitski a légué à leur fille Sonia. Le professeur vit dans la datcha avec sa deuxième femme, la jeune et belle Elena. Vivent aussi ici Maria, la mère de Vania, et Tielegine, ancien propriétaire des lieux. Le médecin Mikhaïl Lvovitch Astrov vient régulièrement leur rendre visite.

On les écoute parler, converser, sentant parfois une pointe de regret percer légèrement sous un regard ou un mot. A peine les doutes effleurent qu’ils sont balayés par la gaité russe : un verre de vodka ? La conversation oscille entre gaité non feinte et non-dits balayés. Un subtil équilibre qui jamais ne vacille, toujours parfaitement tendu entre ardeur et silences. Julie Deliquet réussit l’exercice difficile de résumer dans son adaptation tout le bouillonnement russe, toute l’ardeur, toutes les souffrances, en seulement quelques mots, regards, attitudes. Elle est évidemment aidée par la perfection du jeu des comédiens français : Laurent Stocker est un Vania bouillonnant et bouleversant de regrets et d’aigreurs contenues. Florence Viala est Elena : on distingue sous chacune de ses phrases, chacun de ses silences, la passion censurée et sagement occultée. Tous les autres sont au diapason, de Hervé Pierre, magnifique Professeur, à Stéphane Varupenne, tout en tension retenue, à Dominique Blanc, dont le jeu semble miraculeusement osciller sur un fil microscopique, à Anna Cervinka, parfaite en Sonia à fleur de peau, bouleversante dans sa façon presque désespérée d’espérer. Evidemment la nuit sera propice aux explosions trop longtemps retenues et on assiste, pantois, le coeur en apnée, aux débordements les plus violents et latents, respiration en apnée et souffle aux lèvres.

Si Tchekov peint toujours une humanité triste et bouleversante, Julie Deliquet et les comédiens français réussissent ici un tableau d’une finesse et d’une subtilité rares, nous plongeant en quelques tableaux dans les tréfonds de l’âme, ses ressorts, ses sursauts, ses souffrances et ses désirs. Un travail d’une précision chirurgicale où les implosions nous transportent autant que les explosions, où chaque émotion est dessinée avec un pointillisme exacerbé, où les coeurs chavirent autant qu’ils halètent.

Une pure merveille donc, que l’on voudrait pouvoir revoir, chérir, revoir encore, pour savourer chaque seconde, minute, parcelle, moment, d’un moment de théâtre rare et cher : un jeu pour et au service du texte, en toute humilité et toute générosité. Brillant. Rare.

« Vania », d’après Oncle Vania de Tchekhov

Mise en scène de Julie Deliquet

Avec Laurent Stocker, Florence Viala, Dominique Blanc, Anna Cervinka, Stéphane Varupenne, Hervé Pierre, Noam Morgensztern.

 théâtre du Vieux-Colombier (Comédie-Française)

jusqu’au 6 novembre 2016.

Réservations au 01 44 58 15 15