BOXE BOXE, Mourad Merzouki, Théâtre du Rond Point

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Hip Boxe poétique

On se souvient encore avec émotion et admiration de Pixel, dans lequel Mourad Merzouki entrainait ses spectateurs dans un ballet singulier mêlant Hip Hop et numérique. Avec Boxe Boxe, le chorégraphe revient à l’un des sports qu’il a pratiqués, enfant, et propose un spectacle décalé où le Hip Hop s’acoquine avec la boxe et la boxe vient appâter la danse.

La scénographie est minimale, mais efficace : un mini ring bordé de rubans de fer forgé, quelques punching balls et autres gants suspendus doucement éclairés par un clair-obscur signé Yoan Tivoli, forcément ravissant, qui souligne, épouse, les mouvements des huit danseurs de la Compagnie Käfig : tous excellents bien sûr, maitrisant leurs mouvements, et leurs corps, à la perfection, sachant esquiver autant que vriller, enchainer les tracks autant que les feintes, sans oublier le danseur / arbitre / clown délicieusement affublé d’un ventre-punching-ball, à la fois drôle et attendrissant. On adore le personnage.

Une partition à la fois poétique et énergique, joliment accompagnée par le quatuor Debussy : Schubert, Ravel, Verdi, Glenn Miller, AS’N. La juxtaposition est poétique, souvent jolie, décalée, le contraste surprenant… mais on aurait aimé, sans doute, un mariage encore plus explosif, quelques déraillements de ce même quatuor qui aurait pu, lui aussi, partir un peu plus en vrille plutôt que ramener aussi sagement les danseurs dans les rangs du classique. Davantage de fêlures dans ce mariage finalement un peu trop arrangé, davantage de lignes dépassées, de folie et d’uppercuts ravageurs.

C’est beau, c’est maîtrisé au pas près, parfaitement calculé jusque dans un absolument magnifique solo final, c’est entraînant et souvent amusant. Certes. Il manque peut-être, cependant, cet effet coup de poing qui nous avait fauchés, terrassés, laissés KO avec le poids lourd Pixel, des jours, voire des semaines (ou plus) après l’avoir vu.

Un mariage des corps et de la danse qui se laisse voir avec bonheur, en attestent les nombreux applaudissements et bravo lors des saluts, mais dont on s’aperçoit, quelques jours après, qu’il n’en reste que peu de choses. Alors qu’avec Pixel…

 

Boxe Boxe, de Mourad Merzouki

Conception musicale Quatuor Debussy et AS’N

Avec Diegos Alves dos Santos dit Dieguinho, Remi Autechaud dit RMS, Guillaume Chan Ton, Aurélien Chareyron, Aurélien Desobry, Fréderic Lataste, Cécilia Nguyen Van Long, Teddy Verardo.

Musiciens : Christophe Colette, Cédric Conchon, Vincent Deprecq, Marc Viellefon

Théâtre du Rond Point, jusqu’au 18 juin

Réservations au 01 44 95 98 00

 

 

 

 

 

 

CELUI QUI TOMBE – Yoann Bourgeois

Entre ciel et terre

© Geraldine Aresteanu

Photo Géraldine Arestaneu

Dépouillé de tout artifice, de tout effet superflu ou de tout subterfuge, le cirque de Yoann Bourgeois ravit, surprend, embarque avec pour seuls outils la sincérité, l’épure, la simplicité évidente et sereine du langage des corps, des matières et des gestes. Ici, outre les 6 artistes acrobates, un septième personnage prend la première place : une plate-forme de bois pur, un soutien végétal de 6 mètres sur 6 et d’environ deux tonnes qui pivotent, tournent, se balancent, oscillent, vrillent, tremblent, se soulèvent ou se déforment au gré des câbles d’acier qui la soutiennent ou la tirent, au gré de l’axe central sur lequel elles tournent, au gré des mouvements que lui insufflent les 6 artistes, fragiles créatures soumises au caprice de la bête végétale, à ses grincements et craquements sourds.

Un étrange ballet s’installe alors : tandis que la bête gronde et bouge, les 6 artistes tentent de garder leur précaire équilibre. Ils se cambrent, courent, se retiennent, s’agrippent ou s’abandonnent au mouvement, au vent et à la force centrifuge qui les aspire. Tandis que la bête entame un mouvement de balancier lent puis de plus en plus rapide, ces six petits hommes et femmes se couchent, se relèvent, se cabrent. Parfois l’un d’eux agrippe la bête et la gravit, parfois l’un deux manque de basculer, et la force du groupe affronte la force de la bête qui les fait voler avec une grâce aérienne faite de fluidité et de légèreté.

Celui qui tombe est un ballet captivant, d’un poésie folle et d’une grâce étrange où la légèreté des humains affronte et se joue de la puissance d’un monstre de bois. Au fil des mouvements, soulignés parfois par la voix de Sinatra et My way, ou Beethoven en somptueuse, vibrante et magistrale ouverture, les danseurs vacillent et s’envolent, se rattrapent et s’agrippent.

Le public, étourdi, tremblant, est fasciné par la beauté renversante et gracile de ce ballet étrange fait de force et de fragilité. Vertigineux.

Celui qui tombe

Conception, mise en scène et scénographie: Yoann Bourgeois, assisté de Marie Fonte
Réalisation, Scénographie: Nicolas Picot et Pierre Robeli

Régie générale: David Hanse
Régie Plateau Alexis Rostain

Avec Julien Cramillet, Marie Fonte, Mathieu Bleton, Dimitri Jourde, Elise Legros et Francesca Ziviani

CDN de Sartrouville

Au gallodrome du Rond Point

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Créé en 2010 à Buenos Aeres dans le Laburatorio, sorte de vivier d’artistes où chacun peut venir s’exprimer et présenter son travail, Un poyo rojo n’en finit plus de tourner de par le monde. L’an dernier les représentations au Rond Point avaient dû s’interrompre suite à une blessure de Luciano Rosso mais cet automne les deux artistes argentins sont de retour. Grand bien leur fasse car leur public fidèle est au rendez-vous, largement enthousiaste,  provoquant même quelques fou-rires chez les deux artistes.

La scène se situe dans un vestiaire quelconque. Deux hommes s’exercent, se jaugent, s’observent, se jugent jusqu’à entamer peu à peu un ballet viril, une danse qui se transforme en  un magnifique combat de coqs (un poyo rojo signifie un coq rouge) : rivalité, virilité, compétition, puissance, chacun veut surpasser l’autre et le mettre KO. A la fois acrobates, danseurs, comédiens, clowns, Luciano Rossi et Alfonso Baron, deux saltimbanques au talent protéiforme, entraînent le public – conquis dès les premières minutes – dans une danse décalée, où le mâle qui se veut dominant ressemblera bien vite à un hilarant gallinacé.

La mise en scène de Hermes Gaido imbrique très adroitement performance physique et artistique et l’on se régale des mouvements et acrobaties calculées, effectuées au millimètre près, tout comme des mimiques, grimaces, regards et position hilarantes des deux hommes. La rivalité masculine est tournée en dérision, la malice et l’ironie taclant tous ses travers ; on rit à gorge déployée de ces deux coqs aussi ridicules que férocement doués, et l’on adore forcément voir le désir apparaître peu à peu, voir les corps et regards s’embraser, se chercher, se séparer, le tout avec une cocasserie totalement assumée.

Le décor est minimal, tout comme l’accessoire presque unique et rudimentaire : une radio qui finit par devenir le troisième personnage du spectacle. Au fil des stations, les deux artistes s’adaptent et improvisent au gré des émissions reçues en direct, installant une certaine connivence avec le public.

Cette mise en scène qui tire parti de presque rien est particulièrement délicieuse en ces temps d’effets techniques, de vidéos, de bandes sons amplifiées : elle prouve s’il en est encore besoin que l’on peut aussi, à partir de presque rien offrir un spectacle d’une richesse et d’une créativité étonnantes. Et dans ce nouveau gallodrome qu’est le Rond Point, Luciano Rossi, Alfonso Baron et Hermes Gaido offrent au public un spectacle jubilatoire où se mêlent humour, danse, dérision, sensualité, précision et rires. Et des rires il y en eut, ce mercredi soir au Rond Point : des rires d’enfants, de grand-mères, des rires qui parfois faisaient rire les artistes aux-même. On en ressort avec une envie folle, celle d’y retourner et de savourer, encore, ce pur régal pour les yeux et le moral.

Un poyo rojo

Mise en scène : Hermes Gaido

Avec : Alfonso Barón, Luciano Rosso

Chorégraphie : Luciano Rosso, Nicolás Poggi

Lumière : Hermes Gaido

Théâtre du Rond Point

Jusqu’au 8 octobre 2016

Réservations au 01 44 95 98 21

 

Parfois une naissance ne suffit pas…

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Sur le plateau du Monfort gît un amas de papier blanc, un monceau de feuilles froissées d’où émerge un bruissement qui peu à peu se transforme en crissement. La forme bouge lentement puis de plus en plus fermement, vigoureusement. On devine une courbe et bientôt un bras, une main, un pied viennent affleurer l’extérieur, se rétractent, se lovent dans cette coquille de papier, l’enlacent autant qu’ils s’en éloignent, y reviennent, s’y enfoncent, s’en imprègnent. Seul le silence – presque religieux – accompagne ces froissements de papier. Un homme finira par en émerger. Lui, c’est Matias Pilet, acrobate. Sa sœur jumelle est décédée in utero trois jours avant leur naissance. Avec Olivier Meyrou, documentariste et metteur en scène, l’acrobate est parti au Chili, y a interrogé sa mère mapuche, son père et des sages-femmes pour y puiser sa propre histoire, remplir les trous sur lesquels son enfance s’est construite. Combler les vides. De ces récits et échanges est né TU, le fruit d’un travail introspectif autour de la souffrance de n’être qu’un et du manque de l’autre.

Seul et concentré, Matias Pilet danse donc dans ces vagues déroulantes de papier qui surgissent et tombent en cascade. Le mouvement est primal, le geste viscéral. Il cabriole, bondit, s’élance : l’homme-embryon et ce placenta de papier ne font plus qu’un dans une intimité dont nous nous maintenons pudiquement à distance… par respect ou par crainte ? Des vidéos et bandes-son chiliens (surtitrés) s’intercalent ou se superposent : la mère de Matias Pilet y dit son propre manque et sa  quête de l’enfant mort avant d’être né. Le tout est à la fois poignant et d’une intimité introspective telle qu’on n’ose s’en approcher. On devine la souffrance mais on peine à la ressentir tant ce travail incroyablement millimétré, cette intensité jaillissante sont personnels : on pourra se sentir voyeur d’une quête si viscéralement intime que l’on se refuse à y pénétrer, par pudeur et discrétion. Par excès d’empathie ?

TU est le spectacle d’une renaissance vitale, un monologue intuitivement dansé dans une solitude palpable, un voyage aérien autant que personnel dans lequel on a peur de s’immiscer, tant cette quête relève de l’intime.

TU

Mise en scène : Olivier Meyrou
Interprète : Matias Pilet
Dramaturgie : Amrita David et Olivier Meyrou
Regard extérieur : Stéphane Ricordel
Apparitions vidéo : Karen Wenvl, Erika Bustamante, Françoise Gillard, sociétaire de la comédie française
Musique & création sonore : François-Eudes Chanfrault & Sébastien Savine
Chant : Karen Wenvl
Scénographie et régie générale : Simon André

Au théâtre Sylvia Monfort, jusqu’au 10 septembre 2016

Réservations au 01 56 08 33 88

We love Kogan

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Hors les murs, hors remparts et hors préjugés, la pièce chorégraphiée de Hillel Kogan est un moment de pur bonheur, de pure fraîcheur, pendant ce Festival OFF 2016. Làs de la canicule, prenez la navette et direction la patinoire où vous découvrirez la drôlatique, touchante et provocante création du chorégraphe israélien Hillel Kogan. Il y est question d’un chorégraphe (Hillel Kogan, donc) qui recherche un danseur arabe pour rétablir, à travers un spectacle de danse, le dialogue entre les religions, former une identité commune, miroir, à travers la communion des corps et des mouvements.

Nous attendions un spectacle dansé, voici un performance dansée, écrite, racontée, dans laquelle Hillel Kogan nous ravit de son discours à la fois humaniste et parodique. En chorégraphe aux idées aussi absconses que le sont ses explications, Hillel Kogan éreinte avec malice l’intellectualisation des chorégraphies, les préjugés raciaux et ethniques. Son personnage aussi loufoque que ridicule parfois, aussi touchant que naïf, est un régal. Auprès de lui Adi Boutrous est tout aussi drôle dans un registre plus retenu, ses silences et ses regards n’en sont que plus justes et parlants. Le duo fonctionne à merveille en parfaite coordination-juxtaposition des corps et des mouvements.

Au final, We love arabs est un joyeux et drôlatique plaidoyer humaniste, un régal touchant d’humanité. Y aller, autant pour le plaisir des yeux et de l’esprit que pour le thé à la menthe, le pain pita et le houmous offerts à la sortie !

We love arabs

De Hillel Kogan

Avec Hillel Kogan, Adi Botrous

Festival OFF Avignon 2106

La manufacture (hors les murs)

Réservations au 04 90 85 12 71

Danse avec le vent – Pixel, chorégraphie de Mourad Merzouki

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Photo Laurent Philippe

Avec Pixel le chorégraphe Mourad Merzouki transcende les genres en mariant arts de la danse et numérique : en collaboration avec les ingénieurs Adrien Mondot et Claire Bardainne, il a imaginé un balle hors normes qui nous entraîne dans une dimension à la fois humaine et virtuelle. Sur un espace scénique dénudé onze danseurs et artistes de cirque (contorsionniste) évoluent au milieu de projections en 3D : accompagnés, suivis, enveloppés de dizaines de pixels, ils épousent ce monde virtuel venu s’offrir à eux.

Totalement hypnotisé, le spectateur béat ne peut que s’étourdir dans ce ballet vertigineux, où tout est mouvement, sinuosité, fluidité. Le hip-hop se pare de douceur, de lenteur, se fige dans une impression de latence entre deux réalités flottantes. Que ce soit en épousant les volutes de pixels, en les enjambant, en les repoussant, les danseurs, par leurs mouvements un peu saccadés, scandés, deviennent à leur tour des créatures d’un monde qui n’est plus tout à fait terrestre. Les spirales qui se déroulent, s’écartent, poussées, repoussées par les danseurs, les vagues qui se créent et s’écrasent à leurs pieds, la fluidité des mouvements semblent tellement naturels, innés, normaux, que l’on ne peut que se croire transporté, le temps du ballet, dans une dimension parallèle et parfaite.

Une réminiscence d’enfance est venue à moi, après le spectacle : je me revoyais, petite, faisant des bulles de savon et essayant de les attraper, de les suivre, les laissant m’envelopper : il y a un peu de ça dans Pixel, une douceur, une féérie irréelle où l’adulte oublie ce qu’il est et se fond dans une réalité immatérielle, intangible et impalpable.

Il est difficile de trouver des mots pour qualifier Pixel. Il est difficile de qualifier cet instant de grâce absolue, de voyage tridimensionnel. Parenthèse intemporelle, Pixel nous amène dans un voyage hors du temps et hors du monde. C’est délicieux, magique, irréel.

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Photo D. Aucante

Pixel, par la Compagnie Käfig, chorégraphie de Mourad Merzouki

Danseurs : Rémi Autechaud dit RMS, Kader Belmoktar, Marc Brillant, Elodie Chan, Aurélien Chareyron, Yvener Guillaume, Amélie Jousseaume, Ludovic Lacroix, Xuan Le, Steven Valade, Médésséganvi Yetongnon dit Swing

Mise en scène Mourad Merzouki, Adrien Mondot, Claire Bardainne
Assistante du chorégraphe Marjorie Hannoteaux
Concept Mourad Merzouki et Adrien M / Claire B

Création numérique Adrien Mondot & Claire Bardainne

Création musicale Armand Amar
Enregistrement, mixage, création sonore Vincent Joinville
Recherche sons Martin Fouilleul

Costumes Pascale Robin, assistée de Marie Grammatico

Peintures Camille Courier de Mèré et Benjamin Lebreton

Création numérique Adrien Mondot, Claire Bardainne
Scénographie Benjamin Lebreton
Lumières Yoann Tivoli assisté de Nicolas Faucheux

Pixel/  Mourad Merzouki - Cie kafïg

Photo Agathe Poupeney