SUNDERLAND, Clément Koch, Festival de Maisons Laffitte

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Au nord c’étaient les Coron, disait la chanson. Hier, à Maisons-Laffitte, nous voyagions encore plus au nord, du côté de Sunderland, juste en dessous de New Castle.

Sunderland, 54° 54′ 22″ nord, 1° 22′ 53″ ouest. Sunderland où le soleil ne brille jamais, ou une fois de temps en temps, comme par accident. Sunderland où l’usine de volaille a fermé à cause de ces fichus frenchies et de leur trouille de la grippe aviaire. Sunderland où le foot et la bière apportent du réconfort. On se réchauffe comme on peut. Chez Sally, tout est bancal : elle a perdu son travail à l’usine, sa sœur adolescente Jill a sombré dans une sorte d’autisme depuis que leur mère s’est pendue. Elle héberge son amie Ruby, qui gagne sa vie grâce au téléphone rose, pendant que Gavin, l’ami d’enfance est secrètement amoureux d’elle. Pour ne pas perdre la garde de Jill, Sally décide d’être mère porteuse. On ne dira pas pour qui afin de laisser la surprise à ceux qui n’auraient pas encore vu cette so british french tragi-comedy (à dire avec l’accent).

Ils avaient remporté un bien mérité Prix des Collégiens l’an dernier et sont revenus hier clôturer le Festival de Maisons-Laffitte. La compagnie du Rideau Bleu a encore fois suscité l’adhésion du public, largement conquis malgré la chaleur étouffante de la salle. Et c’est vrai qu’ils sont bons, tous, de Estelle Martin en grande sœur protectrice et sacrificielle, en passant par Alexandre Deville, dans le rôle du gros-nounour-amoureux-silencieux-mais-toujours-là, Marine Berthelier, excellente Ruby en opératrice du sexe téléphonique mais aussi meilleure amie que l’on puisse avoir. Tout les autres sont au diapason, avec une mention pour Floriane Greiner dans le rôle de Jill, même si,  avouons-le, on avait davantage craqué pour Vicky Matranga dans le même rôle l’an dernier.

Le décor réaliste, la vieille cuisine / salon de la maison de Sally, avec ses murs mal repeints, son canapé essoufflé, son poêle récalcitrant et sa cuisine bancale, accentuent encore plus l’immersion dans cette Angleterre reculée, mise de côté par la crise économique et oubliée du pays.

Véronique Febvre signe avec sa mise en scène rigoureuse une tragi-comédie sociale souvent drôle, éminemment touchante. On y rit beaucoup, on termine, littéralement, en larmes.

Décidément, Maisons-Laffitte, cette année, ça termine fort.

Sunderland, de Clément Koch

Par la Compagnie du Rideau Bleu

Mise en scène Véronique Febvre

Avec Marine Berthelier, Angès Bonhomme, Anne Gabon, Alexandre Deville, Jean-François Gomez, Estelle Martin, Floriane Greinier (en alternance avec Vicky Matranga) Nicolas Plas.

Festival de Maisons Laffitte

LA COULEE DOUCE, Lilian Lloyd, Festival de Maisons Laffitte

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Les jours se suivent et ne se ressemblent donc pas au Festival de Maisons Laffitte. Aujourd’hui c’est un Lloyd excellent que nous avons découvert avec La coulée douce.

Nous y faisons la connaissance de Nathaniel, le jour de ses obsèques. Ses amis, qu’il avait perdus de vue, viennent lui rendre un dernier hommage teinté d’amertume. Les vieux amis de fac, la bande de potes qui avait tout vécu ensemble, avaient vu Nathaniel couper les ponts, brusquement.

Difficile de donner tous les détails de La coulée douce sans en déflorer les surprises. Difficile car l’histoire chevauche par des allers retours et  des apartés le passé et le présent, le réel et l’imaginaire.

De l’amitié qui subsiste et qui résiste malgré l’absence et le manque, des non-dits, des couples qui se délitent, des mots qui ont blessés, de la mort et du vide qu’elle crée, du néant qu’il faut néanmoins combler après,  la coulée douce nous entraine sur un air doux amer sur les pas de Nathaniel, Valentin, Mathilde, Myriam, Pierre et Candyce.  Un voyage teinté de mélancolie et de douceur servi par une plume délicate non dénuée d’humour. A  la fois doux et émouvant, drôle et touchant.

Pour servir ce texte, les comédiens expriment tous une sensibilité, une justesse, une émotion particulière : en tout premier lieu bien sûr Antoine Ceillier, qui incarne Nathaniel. On sent dans son regard la tendresse, les regrets, la douceur bienveillante de celui qui est parti. Yves Chambert-Loir (qui avait été un inénarrable Argan dans Le malade imaginaire) est un Valentin débordant d’émotion, Laure Boinet une Mathilde cynique qui tente difficilement de masquer sa solitude. Valérie Tribout est une Myriam à la fois exaspérante et touchante, réussissant l’exercice difficile de l’hystérie avec succès. Ses sorties ont plus d’une fois provoqué une belle hilarité dans le public, sans jamais être ridicule. Jean-François Leconte (Pierre)  est tout aussi fort en parfait saligaud dont on devinera finalement les failles, sans oublier  Nathalie Forquignon qui réussit à donner beaucoup de douceur au personnage de Candyce et nous a tiré, avouons-le, quelques larmes.

Yves Chambert-Loir signe également la mise en scène : avec simplicité, il réussit à illustrer ces allers-retours entre réel et imaginaire, et laisser place au texte sans effet superflu. Une retenue idéale et bienvenue.

Une bien jolie pièce, donc, dont l’écriture ciselée, touchante, drôle, touche au cœur.

Décidément les jours se suivent et ne se ressemblent pas à Maisons Laffitte, et c’est très bien comme ça.

La coulée douce, de Lilian Lloyd

Compagnie Point du jour

Mise en scène Yves Chambert-Loir

Avec Laure Boinet, Yves Chambert-Loir, Antoine Ceillier, Nathalie Forquignon, Valérie Tribout, Jean-François Leconte.

Festival de Maisons-Laffitte

Dans la joie et la bonne humeur, Sylvain Levey, Festival de Maisons Laffitte

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Dernière pièce en compétition du Festival de Maisons-Laffitte, Dans la joie et la bonne humeur projette le spectateur dans le monde sans pitié de l’entreprise où le sens du profit a remplacé celui de l’humain. À travers une succession de saynètes, la pièce retrace le parcours d’un jeune DRH, jeune marié heureux, jeune cadre prometteur, qui se voit confier la restructuration de son entreprise.

Une succession de personnages et autant de brèves séquences, instantanés fugaces et vifs qui défilent comme un carrousel accéléré sur le monde du travail et ses effets délétères. Un candidat inquiet à l’idée de transpirer lors de  son entretien d’embauche, des salariés qui prennent, quotidiennement le train, les ouvrières qui veulent faire grève, une femme de 50 ans qui reçoit sa lettre de licenciement en même temps que sa médaille du travail.

SI le texte marie noirceur avec humour, on s’agace parfois de quelques formules («zygomatique, ça rime avec moustique », « achète toi des chemises, une par jour, comme avec tes slips quand tu étais petit », ou un « putain » franchement répétitif lors d’une scène). Néanmoins, on apprécie le réquisitoire de l’aliénation qui ronge petit à petit les salariés et les usent, humiliation après humiliation.

Le travail de le troupe du Charrado est inégal : si la mise en scène a sans doute pâti de la largeur de la salle Malesherbes de Maisons-Laffitte, on reste partagé entre certains passages touchants, comme par exemple les scènes de la vie conjugale de Bruno, qui va s’effriter au fil des ans, l’utilisation judicieuse et inventive de fauteuils pour figurer un train et leur danse, tout comme le souci constant et visible d’un équilibre de plateau : détail parfois oublié mais qui a son importance. D’autre part, on sera plus réservé sur les mimes répétitifs de chevaux, poissons rouges, le monologue de la femme licenciée qui reste trop souvent dos au public quand  elle raconte le suicide de sa collègue, les interminables imitations de galop.

L’autre bémol réside, finalement, dans le choix de la pièce ou plutôt de son adéquation avec les comédiens. Oui, il est évident que le choix d’une pièce est difficile quand on a x ou y comédiens, hommes ou femmes, à faire jouer. Oui, il fallait ici faire jouer 5 femmes et 3 hommes. Dans cette farce où la cruauté du monde du travail réduit en miettes les salariés, on imagine des jeunes trentenaires ou quadra, requins aux dents longues, virer les anciens. C’est sans doute ainsi que l’a imaginé l’auteur. Ici la plupart des comédiens sont des quinquas, voire un poil plus âgés : ils n’ont jamais l’air ni cyniques ni cruels, et la bienveillance des comédiens ne disparait pas assez derrière les personnages qu’ils incarnent (on a davantage envie de les inviter à boire un verre, voire leur confier nos propres soucis et bénéficier de leur sagesse !). Une crédibilité, donc, fragilisée. Fragile comme l’interprétation, plutôt inégale.

Une impression mitigée donc, avec néanmoins de bonnes idées. Et puis ils ont tellement l’air sympa qu’on n’a pas envie de ne pas l’être. Zut, quoi !

Dans la joie et la bonne humeur, Sylvain Levey
Mise en scène de Françoise Faisy
Troupe du Charrado

Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

 

LE CHUT DE L’HISTOIRE, Lilian Lloyd, Festival de Maisons Laffitte

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Les personnages sont présents sur le plateau. Tout est prêt pour entamer le spectacle, mais il manque un mot. Celui du début, celui sans qui rien ne peut commencer. Incipit fugueur, mot buissonnier, verbe déserteur, le mot manquant ne peut lancer l’histoire et voilà nos cinq personnages voués à chercher tant bien que mal ce verbe, ce mot, qui les libérera.

Un pitch qui pourrait, qui aurait pu, être le début d’une bonne histoire et de bons mots. Le début d’un conte, que l’on aurait imaginé, après avoir vu Diluviennes, être une sorte de contrepoint apporté par le hasard d’une programmation. Des personnages de conte (ici, la princesse Nini, la Sorcière Eva, le pantin Debby, le mime, et même le brouillon) qui eux, ne lutteraient pas pour sauver leur fin mais pour entamer leur histoire.

Un contrepoint, ou bien une autre vision, une autre approche. Mais ici le conte de fée se noie très vite dans une suite d’historiettes incohérentes, sans lien entre elles. Chacun des personnages va raconter, lui aussi, son histoire. Mais ces récits sont un maelstrom qui semble être fait de brics et de brocs, mélangeant les monologues poétiques ou politiques sans que l’on en comprenne le sens, additionnant en mille feuilles des dialogues aux effets différents, (#àquoiçasert). Comme si le mot manquant avait emporté avec toute cohésion, tout sel et tout sens.

Un mot absent qui semble aussi avoir plongé la mise en scène dans un fatras incohérent : ici la princesse Nini traverse la scène en courant, en marchant, en mimant un cheval, sans que l’on en comprenne la raison. Affublée de deux casseroles en guise de collier, elle klong klong régulièrement, alternant avec un texte chanté façon princesse Disney. Amusant au début, très vite lassant. Des chansons qui reviennent aussi régulièrement, inopinément. Gershwin, Cindy Lauper, et même Léo Ferré font irruption, transformant momentanément le spectacle en comédie musicale. Quand ce ne sont pas les chansons, c’est le générique de l’heure de vérité qui vient amorcer un récit, avant que l’on ne bascule dans un vaudeville.

A ce stade, on est plongé dans la confusion la plus totale, perdu dans ce récit et cette mise en scène foutraques. On est plongé dans la confusion, mais on se console en admirant le jeu des comédiens qui vient sauver le navire : Elsa Bougerie, Aurèle Dauverchain, Pierre-Yves Desnoues, Victoria Grosbois et Valentine Lhomme sont tous excellents. Que ce soit l’horripilante princesse Nini, la détestable sorcière Eva, le Mime à la colère intérieure, le pantin naïf ou le brouillon baillonné, tous sont littéralement épatants dans leurs personnages de clown et ne surjouent jamais. Ils gardent le cap et leurs personnages, accrochent la lumière (les apartés de Nini parée de lumières sont de très jolis moments) et jouent ensemble, les uns avec les autres. Un jeu collectif, un vrai plaisir.

Bref, on en sort pantois. Surpris. Muet. En fait, c’est bien ça : sans le mot du début, sans le mot qui lancera l’histoire, qui happera le spectateur et ne le lâchera plus, il n’y a pas d’histoire. Ici, elle n’a jamais commencé, et c’est bien dommage.

Le chut de l’histoire

Texte et mise en scène Lilian Lloyd

Avec Elsa Bougerie, Aurèle Dauverchain, Pierre-Yves Desnoues, Victoria Grosbois et Valentine Lhomme

Festival de Maisons Laffitte

LES AIGUILLEURS, Brian Phelam, Festival de Maisons Laffitte

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Des vies qui déraillent…

Dans la petite gare de Fulham, pas très loin de Londres, deux aiguilleurs travaillent ensemble depuis plus de 40 ans. Albert et Alfred répètent inlassablement les mêmes gestes dans une mécanique immuable. Albert le chef aiguilleur et Alfred, l’assistant, vivent dans cette gare comme un vieux couple. Quand Edward se présente comme le nouvel apprenti, la mécanique parfaitement huilée de ces deux vies va dérailler.

Joli texte que ces Aiguilleurs qui nous emporte au cœur de l’Angleterre oubliée pendant les années noires du tatchérisme. Sur fond de tragi-comédie, c’est la crise économique et sociale, l’isolement, qui sont ici racontés. La crise qui détruit les emplois, brise les vies autant que les espoirs. La crise qui enraye, dévie les trajectoires aussi brutalement que sournoisement. Nos aiguilleurs s’accrochent à leur routine parce qu’ils n’ont plus rien, oubliés des rouages d’une administration aveugle.

La mise en scène de Marianne Pujas est tout en simplicité, laissant les comédiens servir le texte avec beaucoup de justesse. On apprécie particulièrement Stéphane Broudian, excellent dans le rôle du naïf Alfred qui finira par s’effondrer quand sa routine sera piétinée par Edward. Fabrice Lemonnier et Marc Antoine Lestrat ne sont pas en reste dans interprétation aussi juste que sincère.

Les aiguilleurs est une tragi-comédie à la fois noire et triste, belle et tendre, qui nous transporte par sa belle et profonde humanité. Une réussite.

Les aiguilleurs, Brian Fhelam

Mise en scène Marianne Pujas

Avec Stéphane Broudian, Fabrice Lemonnier, Marc Antoine Lestrat

Festival de Maisons Laffitte

DILUVIENNES, PAROLES D’ENCRE, Wilhem Mahtallah, Festival de Maisons Laffitte

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Dans l’encre de ces mots…

C’est un bateau perdu sur un océan qu’on appelle la mer de l’oubli. Un bateau sur lequel se sont échoués des personnages. Qui sont ils ? Que sont ils ? Ils semblent errer à la recherche d’une île, qu’ils appellent l’ile de la dernière page, l’ile des fins heureuses.

Ils, ce sont Orphée, Narcisse, Dahut, Ariane, Thélès, Morgane et Achab. Ce sont les personnages oubliés des contes et des légendes, les héros d’une enfance pas si lointaine, qui n’ont pas eu de fin, où que cette fin a abandonnés sur le bord d’une fin de page. Oubliés, ils cherchent une impossible rédemption sur leur bateau, le Bag Noz. Un jour, alors qu’ils cherchent en vain une terre où se poser, ils recueillent Holly, une jeune fille qui leur demande de raconter leurs histoires.

Wilhem Mahtallah a écrit Diluviennes pour « donner la parole aux héros des contes oubliés » et son écriture sous forme de conte nous plonge avec douceur au fil des récits : on accompagne Narcisse dans ce fleuve obscur, on recueille Théles, la petite sirène, après qu’elle ait perdu sa langue en quête d’un amour impossible, on découvre Achab avant qu’il ait embarqué sur le Pequod, on pleure avec Orphée quand Eurydice disparait, on découvre la malédiction de Dahut…

Un univers dans lequel on s’immerge avec bonheur tant la scénographie est à la fois simple et étudiée, d’une beauté envoutante : une voile en fond de scène pour le Bag Noz, des caisses qui s’empilent et l’imagination du spectateur fait le reste. On ne peut que fondre pour ces histoires, interprétées avec une justesse, une poésie, une douceur étonnantes. Impossible d’en identifier un plus qu’une autre, tous jouent dans un ensemble parfait, en osmose et en symbiose. Un pur régal.

Wilhem Mahtallah explique qu’il s’est inspiré du travail d’Alexis Michalik : on sent cette inspiration, cette imbrication de récits, d’histoires qui se mélangent pour devenir, tous ensemble, un conte enchanteur où les comédiens chantent, se transforment en orage à coups de claquements de doigts, de mains, de froissement de tôle. Un conte où le spectateur est embarqué, sans résistance aucune, totalement confiant, abandonné aux mots de Mahtallah.

C’est poétique, donc, très onirique, clairsemé d’éclats d’écriture plus moderne qui viennent apporter des touches d’humour savoureuses, mais jamais ne brouillent l’univers du texte. C’est un conte enchanteur et choral où le spectateur se fera sa propre histoire, imaginera sa propre fin, sa propre suite.

Difficile de trouver les mots justes pour décrire l’enchantement, la grâce de ce spectacle. Alors on se taira, presque religieusement, en espérant retrouver très vite Orphée, Narcisse, Théles, Morgane, Ariane, Holly, Narcisse, et Dahut.

Diluviennes, paroles d’encre

Compagnie de l’Absinthe

Texte et mise en scène Wilhem Mahtallah

Avec Mathilde Anquez, Alexandra Branel, Lison Chalmet, Wilhem Mahtallah, Jean-Denis Marcoccio, Rapahel Plockyn, Eve Saint Louis, Lucie Tarade

Festival de Maisons Laffitte

CELIBATAIRES, David Foenkinos, Festival de théâtre de Maisons Laffitte

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Deux célibataires travaillent dans une agence matrimoniale.

Deux solitaires qui oeuvrent à réunir d’autres âmes en peine.

Deux bras cassés de l’amour qui marchent sur des béquilles.

Deux paumés qui aident les autres à trouver leur chemin.

Mais qui n’ont pas de GPS pour eux-mêmes. Du coup ils errent.

Voilà en gros l’histoire de Célibataires. Résumée à la mode Foenkinos, ou en moins bien, n’ayant pas comme lui le sens de la formule. C’est du Foenkinos, quoi. Une couche de vernis, une couche de glaçage, mais dedans rien de tangible ni de vrai, ni de profond ni de touchant. Après quelques romans inégaux, enfin, après un potentiellement prometteur Potentiel érotique de ma femme, un mémorable Qui se souvient de David Foenkinos, un décevant Charlotte, entre-coupés de variations sur les mêmes éternelles et parfois délicates notes de bas de pages, Foenkinos a écrit cette première pièce. Une idée qui aurait pu être bonne si elle n’avait pas été délayée dans les formules creuses, assise sur du vide, bâtie avec des phrases aussi courtes que quelconques. Et puis cette fameuse scène 6, volontairement jouée dans le noir. La scène où le couple finalement… bref… une scène entière dans le noir. Au théâtre ça semble insensé. Ici les deux comédiens jouent donc en coulisse, on les entend (moins bien, donc) dire leurs répliques. Avec intelligence, ils reviennent de temps en temps sur scène, à la lumière, pour mieux repartir dans les coulisses. Ca m’a fait plaisir de les voir un peu ne pas respecter cette consigne de l’auteur. (notons, et je reprends le texte (car oui, j’avais acheté le texte à sa sortie) (curieuse, hein) la didascalie finale de la scène «La scène s’achève dans le long gloussement de l’amour !» On apprécie le point d’exclamation. Qui a été joué.

Bref. Je ne lancerai pas la pierre sur les comédiens, qui au demeurant s’en sortent pas trop mal. Corinne Yvars m’a même surprise dans le personnage de Sylvie. J’ai beaucoup aimé son incarnation d’une femme presque terne qui réussit à transcender sa banalité et devenir un sacré bout de femme sensuelle et explosive. Elle n’en fait ni trop ni trop peu et sert très bien son personnage. Jean-Pierre Baliros, quant à lui, surjoue un peu parfois, en donnant un coté Dubosc à son personnage, mais le tout passe très bien et le couple avec Sylvie/Corinne fonctionne plutôt bien, en nous faisant rire, quand même, quelques fois.

Bref. Comment terminer cette chronique ? Je ne sais pas donc je reprends le texte et cherche, au hasard :

Scène 2 : « On a beau dire, le cassoulet, c’est pas facile à digérer ».

Tout est dit, bon appétit.*

*et comme Foenki, je ferai une note de bas de page : je n’aime pas, vraiment, critiquer le travail des amateurs. Encore plus si ce sont des amateurs. Vraiment. Parce que je respecte leur investissement qui est le fruit d’un amour profond, sincère, pour le théâtre. Parce que le théâtre amateur est d’une richesse incoyable. D’une candeur, parfois, source des magnifiques trouvailles, d’une volonté de fer dénuée de tout appétit commercial. Je respecte donc haut et fort le travail, ici, de la compagnie TRAC théâtre. Mais mince quoi, pourquoi ce texte ?

Célibataires, de David Foenkinos

Mise en scène de Guy Attia

Compagnie TRAC théâtre

Avec Corinne Yvars et Jean-Pierre Baliros

Festival de Maisons Laffitte