La Comédie Française s’invite au cinéma – Gagnez des places pour Les fourberies de Scapin !

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On parle beaucoup, depuis la semaine dernière de la diffusion en direct des Fourberies de Scapin présentés au Français cette année, dans les salles obscures. En effet depuis l’an dernier, la Comédie Française s’est associée avec les cinémas Gaumont-Pathé pour promouvoir et diffuser ses spectacles dans une sélection de salles de cinéma (Gaumont Pathé mais pas uniquement puisque près de 400 cinémas participent à l’opération), en France comme à l’étranger.

Après Roméo et Juliette, Le misanthrope et Cyrano de Bergerac la saison dernière, cette année seront rediffusés Les fourberies de Scapin, Le petit maître corrigé et Britannicus.

Certes, aller au cinéma voir une pièce de théâtre, par définition un spectacle vivant donc, peut paraître absurde.  J’en conviens, ou plutôt j’en convenais jusque l’an dernier quand, après avoir découvert le formidable Roméo et Juliette mis en scène par Eric Ruf salle Richelieu, je me suis fait une joie de revoir le spectacle dès sa diffusion en salle. Revoir ce que j’avais aimé donc, mais aussi le découvrir sous un autre angle, avec davantage de gros plans et quelques interviews en prime.

Cette année c’est la pièce Les fourberies de Scapin qui a ouvert le jeudi 26 octobre la saison 2017-2018, visible maintenant (à partir du 12 novembre*) dans plus de 400 cinémas. Pour ma part, après l’avoir découvert en salle Richelieu, je me ferai une joie de le revoir : pour Benjamin Lavernhe, bien sûr, et son jeu charismatique, mais aussi et tout simplement par pure gourmandise. J’y emmène une partie de ma bande qui n’a pu avoir de place, le spectacle étant complet jusque fin février.

Enfin, il faut aussi applaudir l’initiative qui permettra aux scolaires de pouvoir découvrir la pièce, mais également au public de province et d’ailleurs.

A cette occasion, je vous propose de jouer et gagner 2 x 2 places pour une des séances dans le cinéma de votre choix, valable à partir du 12 novembre.

Pour cela, il suffit de répondre dans les commentaires de ce billet à la question suivante : quel est le véritable patronyme de Molière ?

Vous avez jusqu’au  dimanche 5 novembre minuit pour tenter de gagner vos places. Je tirerai au sort les noms de deux vainqueurs parmi les bonnes réponses.

En attendant, n’oubliez pas : allez au théâtre, au cirque. Et au cinéma !

 

*Réservations sur www.comediefrancaiseaucinema.com

 

 

Lettre à JR

Monsieur,

Je vous écris ce soir et, croyez moi, il n’est pas dans mes habitudes d’écrire ainsi aux hommes que je croise, le soir, par hasard.

Encore moins si ces hommes n’ont rien à voir avec le thème dominant de mon sweet home, ie la littérature.

Mais hier soir il s’est passé une chose étrange. J’allais quitter mon domicile quand, ayant quelques minutes devant moi, j’ai allumé mon poste de télévision.

Une émission, une chaîne privée, deux invités.

Et, parmi ces invités, Vous.

Vous dont je connais évidemment la carrière. Je ne parlerai pas ici de vos dons (et je  dis volontairement dons) de comédien. Votre talent n’a aucunement besoin d’être justifié et encore moins démontré.

Néanmoins, la sincérité et l’honnêteté  m’enjoignent à dire que, bien que je vous aie toujours considéré comme un excellent comédien, je vous ai toujours trouvé un physique plutôt banal.

Mèche brune soigneusement rejetée sur le coté, nez aristocratique peu obligeamment souligné par une moustache certes distinguée mais plutôt ringarde, seul votre regard ciel sauvait ce physique trop sage à mes yeux.

Je veux ici parler de vous, Monsieur JR (je n’ose pas dire Cher JR… quelle outrecuidance ce serait de ma part, de m’adresser ainsi à votre personne sans y avoir été autorisée !). Je veux parler de vous, l’Homme.

L’homme que vous êtes aujourd’hui.

La sérénité a blanchi votre mèche, plus longue et désinvolte.

La maturité a fait souffler sur elle un vent espiègle et rieur.

Elle vous entoure d’un halo séducteur et charmeur.

Votre regard est toujours aussi azuréen.

Votre nez toujours aussi racé.

Votre sourire coquin, ensorceleur.

Votre voix envoûtante.

Votre humour et la finesse de votre esprit dévastateurs.

Votre charme, Monsieur JR, a été magnifié par les années, sublimé par le temps écoulé.

Vous n’êtes pas un vieux beau, non. Ce terme d’ailleurs est trop vilain pour vous décrire.

Vous êtes le type d’homme qui donne envie de trembler, de soupirer, de transpirer…

Séducteur ? Vous l’avez sans doute toujours été, je n’avais malheureusement pas su regarder avec les bons yeux.

Ce soir quelques verres de vin ont eu raison de ma réserve et je vous le dis :

Vous êtes pour moi l’incarnation du charme et de l’élégance.

Vous êtes redoutable, Monsieur JR.

Vous êtes redoutable car vous venez de balayer en cinq infinitésimales minutes toutes mes convictions sur la séduction masculine.

La votre est trop troublante pour que j’y résiste.

Respectueusement votre, Monsieur Jean Rochefort.

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STADIUM, Mohamed El Khatib, La Colline

Stadium Final TCC

Crédit photo Théâtre Coté Cœur

 

Rendez-vous en terre inconnue.

La rue Malte Brun était transformée ce dimanche en un mini-terrain de jeu où les spectateurs, et les passants, pouvaient s’entrainer : deux cages et un ballon suffisaient aux petits et grands pour s’immerger, avant même le début du spectacle, dans l’ambiance de Stadium. Stadium, c’est deux ans de travail documentaire avec des sociologues, deux ans de rencontres, d’échanges, d’immersion pendant lesquels Mohamed El Khatib, ancien footballer, a appris à connaître les supporters lensois, qualifiés de « meilleur public de France ». Et c’est donc ce meilleur public, ou tout au moins une cinquantaine d’entre eux que les spectateurs de la Colline découvrent pendant deux fois 45 minutes séparées par une mi-temps. Deux heures d’aventure immersive aux antipodes des habitudes du public parisien. Deux heures qui passent à toute allure.

Présents par de courtes vidéos ou sur scène, cette brochette de passionnés vient présenter, défendre, son club et sa passion, sa vie. On découvre ainsi Jeremy le Capo, chargé d’entrainer les supporters dans le stade, Margaux la pompom girl lucide (« Il faut tenir les spectateurs par les pompoms ») , l’arbitre « payé pour se faire traiter de fils de p… chaque week end», le curé du village qui a choisi entre Dieu et le football mais il s’en est fallu de peu, ou bien Yvette la doyenne qui a commencé à supporter le club à 8 ans et en a aujourd’hui…85. Tous sont présents, tous sont fervents, tous sont ardents. Un condensé de joie, de communion partagée, qui vient balayer les clichés ou plutôt leur faire un sort en présentant sans voyeurisme (mais sans fausse pudeur non plus) des hommes et des femmes issus d’une région laminée par la crise, où le chômage a explosé depuis la fermeture des mines, tout comme les votes pour le Front National. De ce théâtre documentaire et sociétal signé Mohamed El Khatib on retiendra la mixité sociale, la solidarité, le besoin viscéral de se regrouper, de communier ensemble dans la ferveur d’un stade et d’un match. On retiendra aussi cette capacité d’autodérision (comment lire la fameuse banderole brandie par le PSG en 2008 et la trouver « objectivement bonne ») ou d’auto-critique (même si le plaidoyer pour les « ultras » ne convainc qu’à moitié).

Un exercice périlleux que Mohamed El Khatib réussit en toute simplicité : si au début Clémentine, la jeune supportrice, ne parvient pas à entrainer le public encore sur ses gardes quand elle entonne une chanson de Sardou (« c’est un peu la honte, non ? glisse-t-elle en souriant humblement) cette même salle se lèvera d’un bond aux saluts, pour finir en tapant des mains et chantant les Corons à tue-tête.

Périlleux, donc, et réussi, même si on aurait aussi aimé voir ou entendre ces fameux joueurs, ou leurs représentants. On aurait aimé entendre leur gratitude, savoir comment ils accueillent et reçoivent toute cette générosité et cette dévotion. Le public parisien, lui, a bien pris conscience de ce dévouement sans conditions. Pour combien de temps ? La salle comble n’ira pas pour autant brandir des drapeaux dans les stades mais qui sait, regardera peut-être d’un œil plus bienveillant ces supporters lensois et n’oubliera pas cette singulière leçon d’humilité.

Promis, le 13 octobre, je serai avec Lens dans mon cœur en chantant Les corons. Et tant pis pour les burgiens.

 

Stadium, Mohamed El Khatib, avec 55 supporters du RC Lens

Théâtre de La colline,

jusqu’au7 octobre 2017, réservations au 01.44.62.52.52

Festival d’Automne à Paris 2017

13 Art, la nouvelle scène 13…attendue du 13ème arrondissement

Il en aura fallu, du temps, pour que le cinéma (Grand Ecran 2) du centre commercial de la Place d’Italie renaisse de  ses cendres. Voué à la destruction, l’emblématique cinéma imaginé par Kenzo Tange en 1991 ferme ses portes en 2006 après la dernière diffusion du King Kong de Peter Jackson.

Il aura fallu 11 ans de mobilisations des riverains, et des passionnés du lieu pour éviter à l’ancienne salle obscure de se transformer en une énième salle violemment éclairée de fitness, une galerie de boutiques à l’éclairage artificiel, ou n’importe quelle enseigne commerciale loin des désirs de ses créateurs.

11 années après et moult délibérations, combats, et acharnements après, c’est la société canadienne Juste pour rire qui présentait ce jeudi matin la nouvelle scène culturelle du 13ème arrondissement, le 13’attendu 13ème Art, dont l’ouverture est prévue le 26 (2 x 13, est-ce un hasard ?) septembre prochain. Une inauguration qui s’étalera sur… 13 jours, évidemment. Amis superstitieux passez votre chemin, le 13ème Art, dirigé par Olivier Peyronnaud, promet des moments riches et variés en proclamant haut et fort une volonté 13’ambitieuse de rendre à l’endroit sa vocation culturelle.

Le démarrage sera éclectique avec Gérard Depardieu et l’orchestre philarmonique de Prague dans le Carnaval des animaux de Saint Staens, ou l’humoriste Rachid Badouri. La saison se poursuivra sur un mode tout aussi protéiforme, flirtant autant avec les arts circassiens ou visuels (Cirque Eloize, Thomas Monckton, Philippe Genty, Arturo Brachetti) qu’avec l’humour (David Azencot, Lofti Abdelli, Roman Frayssinet, et bien sûr Gilbert Rozon dans un seul en scène intitulé Juste Gilbert).

SI côté musique certains choix peuvent nous laisser davantage perplexes (Olivier Laurent viendra chanter Jacques Brel), coté théâtre le 13ème art accueillera La cantatrice chauve, dans la mise en scène de Pierre Pradinas avec Romane Borhinger ou encore Le misanthrope, dans la mise en scène de Morgan Perez.

Parmi ce choix pour le moins hétéroclite, on note avec gourmandise le retour de James Thierrée avec son espectacle Raoul, près de 10 ans après sa création : avec Victoria Thierrée aux costumes et James Thierrée à la scénographie, on attend impatiemment le mois de février 2018, tout comme on a très envie de découvrir Bérénice Bejo danseuse dans Trois sacres avec le chorégraphe Sylvain Groud.

« Un théâtre, c’est un lieu où tout démarre », dit Gilbert Rozon, fondateur de Juste pour rire. Souhaitons donc un plein succès à ce nouveau lieu. Une chose est sûre, avec l’ouverture très attendue de la Scala l’an prochain, le Paris théâtral ne cesse de nous surprendre et de nous ravir. Et ça, c’est vraiment bien.

ÇA RESTE ENTRE NOUS ?

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J’assistai il y a quelque temps à un spectacle à la fin duquel l(es)’artiste(s) demandai(en)t, juste après les saluts « Si ça vous a plu, parlez-en autour de vous, sur les réseaux sociaux ! Et si ça ne vous a pas plu, et bien… ça reste entre nous, d’accord ?! »

La demande est devenue courante et il est évident que oui, les artistes ont besoin du bouche à oreille pour se faire connaître. Mais quand j’ai entendu cette phrase finale, lâchée d’un air complice et le sourire en coin « Et si ça ne vous a pas plus, ça reste entre nous, d’accord ? », j’ai failli lever la main et demander : POURQUOI ?

Pourquoi ne devrait-on pas dire que l’on n’a pas aimé un spectacle ?

Certes, se faire entendre, connaître, reconnaître, dans la multitude des spectacles n’est effectivement pas une mince affaire et le bouche à oreille et les réseaux sociaux sont un vecteur de plus en plus nécessaire voire indispensable pour la majorité des productions. J’en conviens aisément et je participe d’ailleurs du mieux que je peux à encourager mes proches à aller voir les spectacles que j’ai aimés.

Certes, une critique négative peut plomber un spectacle. Je pense notamment aux petites productions qui ont besoin de bouche à oreille faute d’exister déjà dans la lumière et pâtiraient de critiques sévères. En revanche, cet air complice, là, l’air de rien, genre « t’a pas aimé ? Pas grave, mais ne le dis pas à tes amis, tu comprends j’ai besoin de remplir » eh bien moi, ce soir-là, ça m’a tracassée.

J’y ai repensé plus d’une fois, jusqu’à me souvenir d’une soirée il y a quelques années : mon conjoint et moi cherchions une pièce à aller voir avec un autre couple d’amis. Titre, metteur en scène et distribution aguichante aiguisèrent notre appétit.  Outre le prix (en l’occurrence élevé) des 4 places, nous rajoutâmes le coût de la baby-sitter (je fais grâce du verre pris après, soyons magnanimes) (un vin sud-africain aux « saveurs chocolatées »…) (même pas bon, d’ailleurs, mais là n’est pas la question) . Une soirée donc à environ 120 euros par couple.

C’était mauvais.

Très. Encore plus que le vin.

Tant pis, nous n’avions plus qu’à déplorer notre naïveté et nous promettre de ne plus nous fier aveuglément aux critiques lues ça et là, et cuver notre vin cacaoté.

Aller au spectacle n’est pas un acte anodin ni gratuit. On ne va pas au théâtre comme on va déjeuner le dimanche chez sa belle-mère. On se prépare, on réserve, on attend. On paie, il arrive qu’on fasse un écart, une folie. On n’a pas toujours moins de 26 ans, pas encore plus de 60, pour peu que l’on sorte à deux, que l’on ne soit pas toujours invité en tant que blogueur (je mesure encore cette chance de recevoir des invitations même si je continue de payer la majorité des spectacles) (et c’est finalement une bonne façon de garder les pieds sur terre). On paie, donc, et c’est bien normal, j’ai suffisamment d’amis intermittents pour être parfaitement consciente des difficultés que rencontrent les artistes et pour savoir que tout travail mérite salaire, tout simplement. Mais ne nous demandez pas de garder « ça » pour nous. Nous sommes suffisamment intelligents pour savoir le dire en argumentant, en expliquant, en respectant. Et nous sommes suffisamment honnêtes pour ne pas mentir non plus. Je ne dirai jamais « Génial ! » à propos d’un spectacle que j’ai trouvé mauvais. Je penserai toujours à ces spectateurs, là-bas, ceux qui se font une joie d’aller au théâtre et paient leurs places en se régalant à l’avance d’une soirée réussie, ceux sans qui le spectacle vivant mourrait, tout simplement.  Mentir reviendrait à se ficher de leur tête, les prendre pour des pigeons et, in fine, décrédibiliser les blogs en général, même si je n’ai pas la prétention d’être maître ou expert en la matière, loin de là. Nous sommes spectateurs par passion, « critiques » amateurs par désir.

C’est l’objet de la plupart des blogs de théâtre. On écrit, on partage, on suggère. Pour nous, pour les amateurs de théâtre, les amoureux du spectacle vivant. En toute sincérité. En toute humilité.

Alors non. Non ça ne restera pas entre nous. On essaiera juste d’être respectueux du travail des artistes. Et des spectateurs.

LA NUIT LE CHIEN ET LE COUTEAU – Festival d’Avignon OFF 2017

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Entre conte fantastique et film d’horreur de série B, La nuit et le chien et le couteau semble au départ totalement incongru, plongeant le spectateur dans une perplexité inattendue. Un jeune homme se promène dans la nuit et rencontre un autre homme à la recherche de son chien. Les deux hommes parlent, puis l’inconnu sort un couteau. Démarre alors une histoire étrange, qui mène le spectateur dans un conte gore, saisissant, aux frontières du surnaturel tout en gardant sans cesse une sacrée dose d’humour noir.

On découvre Louis Arène metteur en scène (que l’on connait surtout à la Comédie Française), qui signe là une mise en scène réussie, parvenant toujours à captiver le spectateur, le tenir en haleine et le faire rire tant les situations oscillent entre burlesque, conte fantastique et noirceur. Parce qu’au fond, on peut frémir tant l’histoire raconte au final une société pessimiste où les humains en sont réduits à s’entre-dévorer, dans la plus grande impunité. On peut frémir tant cette humanité semble avoir perdu toute.. humanité justement, se contentant de céder aux pulsions les plus sexuelles ou sanglantes. Mais grâce aux masques portés par les comédiens (tous excellents) qui leur donnent une allure de poupées blafardes, grâce aux effets et aux lumières qui plongent ce conte dans une atmosphère aux lueurs diffuses et surnaturelles, on reste sans arrêt sur le fil, ténu, entre science fiction et réalité, entre burlesque et poésie noire.

Le tout forme un conte, donc, fantastique, provoquant souvent les rires des spectateurs, nous interrogeant néanmoins sur la proportion d’humanité qui restera en chacun d’entre nous quand tout sera fini et qu’il faudra survivre.

Très inattendu, donc, mais que l’on attend de revoir sur Paris avec impatience.

Le Chien, la Nuit et le Couteau de Marius von Mayenburg

Munstrum théâtre, Mise en scène Louis Arène

avec Lionel Lingelser, François Praud, Victoire du Bois.

Dramaturgie Kevin Keiss, Création sonore de Jean Thévenin, Création lumières de François Menou, Création costumes de Karelle Durand, Scénographie de Louis Arene et Amélie Kiritzé-Topor Masques de Louis Arene

Festival d’Avignon OFF 2017, La manufacture, tous les jours à 15h20

ET DANS LE TROU DE MON CŒUR LE MONDE ENTIER, Stanislas Cotton, Festival d’Avignon OFF 2017

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Génération désenchantée

Sur la scène du 11 Gilmamesh, lorsque que l’on entre dans la salle, les jeunes gens sont déjà là. Ils vous regardent, semblent errer sur un parterre de feuilles mortes, s’étirent, paressent. Ils sont désœuvrés, attendent un train, peut-être, à moins qu’ils n’attendent rien, si ce n’est que le temps passe. On ne sait pas. Dorothy, Minou, Bouli, Marcel, Douglas, Dulcinée. Dans une société sans appel où règne la guerre, la guerre qui a tout happé, y compris l’espoir et l’optimisme, il ne leur reste que les rêves, il ne leur reste que l’amitié comme réconfort, l’entraide comme bouclier. Arrivera Lila, de retour de la guerre, Lila la soldate, la machine, Lila qui commettra l’irréparable.

En fait je crois qu’il ne faut pas lire, parfois, les descriptifs ou les pitchs des pièces de théâtre. IL faut accepter de se laisser aller, de se laisser surprendre, il faut accepter qu’un titre vous titille, vous attire, vous trouble.

Et dans le trou de mon cœur, le monde entier. Un titre à la Verlaine, un titre qui de toute façon, ne peut décevoir. Au contraire il vous transporte grâce à Euphoric Mouvance, l’équipe de Bruno Bonjean, et le texte qu’il a spécialement demandé à Stanislas Cotton. Au contraire il vous épate grâce à l’interprétation toute en fougue, en vitalité, en ferveur des jeunes comédiens, tous brillants (avec une mention particulière à Laura Segré, désarmante Minou Smach). Au contraire il vous ravit grâce à la mise en scène rythmée, qui insère judicieusement quelques chorégraphies à chaque changement de période et qui donne une sacrée pêche au tout, grâce à la scénographie épurée et si joliment éclairée de Sylvain Desplagnes.

Le tout nous entraine dans la ronde d’une jeunesse désenchantée qui rêve de s’en sortir, sur les pas d’une jeunesse fracassée par la guerre, d’une société implacable où les espoirs s’amenuisent mais où la force du groupe fait résister, fait tenir, fait avancer.

Un texte fort et poétique, une énergie folle, des images et des sons qui restent longtemps dans l’esprit. On y retournera, et plutôt deux fois qu’une.

Et dans le trou de mon cœur le monde entier

De Stanislas Cotton,

Mise en scène de Bruno Bonjean,

Avec Gautier Boxebeld, Emma Gamet, Grégoire Gougeon, Lisa Hours, Nicolas Luboz, Laura Segré, Béatrice Venet

Création musicale Gabriel de Richaud

Scénographie et lumières Sylvain Desplagnes

Costumes Céline Deloche

Festival d’Avignon OFF 2017,

Le 11 Gilmamesh, tous les jours à 10h25