J’AI BIEN FAIT ? Pauline Sale – Festival d’Avignon OFF 2017

 

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C’est un monceau de polochons qui recouvre quasiment la scène du 11 Gilgamesh quand débute J’ai bien fait ?, la nouvelle pièce de Pauline Sales. Un monceau de polochons que trouve Valentine quand elle arrive chez Paul, son artiste de frère. Enseignante de 40 ans, Valentine ne l’a pas vu depuis plus de deux ans. Tous deux sont à une période charnière de leur vie et sont dévorés par des questions existentielles. L’arrivée de Valentine, qui débarque alors qu’elle est en plein voyage scolaire, l’irruption de son généticien de mari, Sven, et celle de Manhattan, une ancienne élève de Valentine, enfant douée mais contemplative, va provoquer moult questionnements sur le sens de leurs existences réciproques.

Pauline Salse bouscule, dérange, interroge. Son écriture est tranchée, sans ambages, mais entraine le spectateur dans une série de questions, de réflexions : où en sommes-nous dans nos vies, et que doit-on en faire ? A quoi servons-nous, avançons-nous ou régressons-nous ? Et quand avons-nous arrêté d’avancer ? Faut-il chercher à redémarrer ? Renoncer ? A travers ces quatre personnages, représentant tous un pilier de la société (l’enseignement, l’art, la recherche, et la jeunesse, donc l’avenir pour Manhattan), Pauline Sale nous parle de renoncement, de lassitude. Que ce soit l’artiste, convaincu de n’être plus qu’un aging artist chassé par la nouvelle génération qui sera à son tour chassée, que ce soit le chercheur qui se réfugie dans la science dans un presque déni du quotidien, que ce soit Mahnattan la jeune fille qui a abandonné toute velléité de se battre et fait passivement des ménages, ou bien encore Valentine qui se demande si elle peut encore transmettre quelque chose à ses élèves, Pauline Sale titille, instille, une réflexion dense sur le sens de nos vies et ce que l’on peut, on doit, essayer d’en faire.

Le tout est très intensément interprété par une brochette de comédiens toujours justes à commencer par Hélène Viviès (Valentine) qui réussit avec brio l’exercice difficile de rendre vibrante cette enseignante fatiguée avant l’heure. On rit aussi beaucoup, Pauline Sales (qui assure également la mise en scène) ayant judicieusement distillé de nombreuses situations comiques qui permettent  une distance bienvenue dans ce texte dense qui amène des réflexions passionnantes. Ce qui est encore, heureusement, l’un des rôles du théâtre.

Sous l’humour caustique et salvateur se cachent de très pertinentes questions sur le sens de nos existences. Nécessaire.

 

J’ai bien fait ?, Texte et mise en scène : Pauline Sales

Avec Gauthier Baillot, Olivia Chatain, Anthony Poupard, Hélène Viviès

Scénographie : Marc Lainé, Stephan Zimmerli

Festival Avignon OFF 2017 tous les jours à 17h30 au 11 Gilgamesh-Belleville.

ET DANS LE TROU DE MON CŒUR LE MONDE ENTIER, Stanislas Cotton, Festival d’Avignon OFF 2017

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Génération désenchantée

Sur la scène du 11 Gilmamesh, lorsque que l’on entre dans la salle, les jeunes gens sont déjà là. Ils vous regardent, semblent errer sur un parterre de feuilles mortes, s’étirent, paressent. Ils sont désœuvrés, attendent un train, peut-être, à moins qu’ils n’attendent rien, si ce n’est que le temps passe. On ne sait pas. Dorothy, Minou, Bouli, Marcel, Douglas, Dulcinée. Dans une société sans appel où règne la guerre, la guerre qui a tout happé, y compris l’espoir et l’optimisme, il ne leur reste que les rêves, il ne leur reste que l’amitié comme réconfort, l’entraide comme bouclier. Arrivera Lila, de retour de la guerre, Lila la soldate, la machine, Lila qui commettra l’irréparable.

En fait je crois qu’il ne faut pas lire, parfois, les descriptifs ou les pitchs des pièces de théâtre. IL faut accepter de se laisser aller, de se laisser surprendre, il faut accepter qu’un titre vous titille, vous attire, vous trouble.

Et dans le trou de mon cœur, le monde entier. Un titre à la Verlaine, un titre qui de toute façon, ne peut décevoir. Au contraire il vous transporte grâce à Euphoric Mouvance, l’équipe de Bruno Bonjean, et le texte qu’il a spécialement demandé à Stanislas Cotton. Au contraire il vous épate grâce à l’interprétation toute en fougue, en vitalité, en ferveur des jeunes comédiens, tous brillants (avec une mention particulière à Laura Segré, désarmante Minou Smach). Au contraire il vous ravit grâce à la mise en scène rythmée, qui insère judicieusement quelques chorégraphies à chaque changement de période et qui donne une sacrée pêche au tout, grâce à la scénographie épurée et si joliment éclairée de Sylvain Desplagnes.

Le tout nous entraine dans la ronde d’une jeunesse désenchantée qui rêve de s’en sortir, sur les pas d’une jeunesse fracassée par la guerre, d’une société implacable où les espoirs s’amenuisent mais où la force du groupe fait résister, fait tenir, fait avancer.

Un texte fort et poétique, une énergie folle, des images et des sons qui restent longtemps dans l’esprit. On y retournera, et plutôt deux fois qu’une.

Et dans le trou de mon cœur le monde entier

De Stanislas Cotton,

Mise en scène de Bruno Bonjean,

Avec Gautier Boxebeld, Emma Gamet, Grégoire Gougeon, Lisa Hours, Nicolas Luboz, Laura Segré, Béatrice Venet

Création musicale Gabriel de Richaud

Scénographie et lumières Sylvain Desplagnes

Costumes Céline Deloche

Festival d’Avignon OFF 2017,

Le 11 Gilmamesh, tous les jours à 10h25

LA VIE TREPIDANTE DE LAURA WILSON – 11 Gilmamesh

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Moi aussi je suis Laura Wilson

Laura Wilson est une femme comme les autres. Un travail, un mari, un fils, des rêves et des désirs, des désordres, aussi, des peurs, des fantasmes. Une femme comme les autres qui imagine secrètement mille façons de tuer son directeur, mais qui n’aurait de tout façon jamais eu le temps de réaliser ces fantasmes : Laura Wilson est licenciée. Laura Wilson s’enfonce dans la dépression, Laura Wilson finit par être abandonnée par son mari, Laura Wilson perd la garde de son enfant. Laura Wilson s’enfonce.

Cette histoire somme toute commune aujourd’hui est racontée avec un rythme et une énergie qui jamais ne faiblissent. Sous forme de tableaux divers qui se succèdent sur un rythme effréné, le spectateur est immédiatement embarqué sur les pas de cette héroïne moderne : un récit kaléidoscopique et protéiforme qui marie chansons très rock, narration, vidéo, multiplie les trouvailles et les espaces scéniques, sans jamais perdre le spectateur fasciné par ce quatuor aussi pêchu que convaincu et sa formidable interprétation chorale. Et sous l’humour qui surgit toujours, sous la dynamique insufflée par la mise en scène ultra brillante, on est aussi touché par la chute de cette femme victime d’une société sans appel où les perdants n’ont rien à dire si ce n’est accepter la spirale dans laquelle ils tombent.

Mais si Jean-Marie Piemme dessine un tableau cynique et acerbe, son héroïne en est le contrepoint : la jeune femme gardera toujours son optimisme, sa foi en la vie et l’amour, et traversera ce couloir avec une fougue, une énergie du désespoir et une vitalité qui renait toujours.

Suis-je encore quelqu’un ? se demande Laura Wilson après son licenciement.

On a envie de répondre oui : Laura Wilson grâce à Jean-Marie Piemme et Jean Boillot, grâce au très bon travail de groupe des 4 comédiens, est quelqu’un de fort, de désespérément optimiste. Et on a envie de dire aussi #Moi aussi je suis Laura Wilson, et d’applaudir ce théâtre engagé, fort, jamais didactique et toujours captivant.

Un début de festival décidément plus que réjouissant, et un nouveau lieu, le 11 Gilmamesh, prometteur.

La vie trépidante de Laura Wilson

De Jean Marie Piemme, mise en scène de Jean Boillot

Avec Isabelle Roanyette Hervé Rigaud, Philippe Lardaud, Régis Laroche

Festival OFF Avigon 2017 Le 11 Gilmalesh

Tous les jours à 15h40