Garnier contre Sentou

Garnier et Sentou ou Sentou et Garnier, c’est l’histoire de deux potes qui soudain se demandent s’ils ne le sont pas trop (potes), et s’il ne leur faudrait pas mettre fin à leur amitié. Voilà la base d’un spectacle d’une heure trente à la fois drôle et touchant.

Les deux compères enchainent les saynètes avec allégresse, rythme, humour, le tout avec un plaisir évident et communicatif. La scène d’entrée est superbe, Garnier et Sentou arrivent en se battant à l’épée, le tout est chorégraphié à la perfection, les deux sont habiles, souples, jouent avec le public et c’est une réussite. D’autres scènes sont fort drôles même si le sujet est très banal (par exemple Pôle combat, pastiche de pôle emploi avec des répliques aussi absurdes que délicieuses « si vous êtes muet dites « muet »), la scène où Sentou (le petit) récite le Cid (fort bien) et Garnier (le grand) réplique par des équations physiques en faisant participer le public. D’autres passages m’ont paru plus longs et moins réussis (les retours arrière sur la naissance de leur amitié), et la danse finale est un très bon moment.

Au final ? Eh bien c’ était une halte légère à Avignon, une pause bienvenue pour mes ados qui faisaient valoir leur droit à la légèreté : ils ont vraiment savouré et leurs sourires heureux à la sortie en étaient la preuve. Quant à moi, même si les spectacles d’humoristes ne sont clairement pas ma tasse de thé (à part Devos et Desproges, c’est dire), je dois reconnaître que le tout est bien écrit, évite les facilités trop souvent exploitées (ils ne s’affirment d’aucune minorité, sont juste des gamins normaux, il n’y a aucune allusion politique).

Une petite parenthèse plutôt drôle, donc, à voir quand on aime les humoristes ou avec des ados qui veulent rire.

Garnier contre Sentou

Mise en scène Patrice Soufflard

Vu au Théâtre des Bélier, Avignon

Une heure avant la mort de mon frère

Sally rend visite à son frère Martin, en prison. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps, sont en froid, et pourtant Martin a demandé à voir sa soeur. La voir une dernière fois car dans une heure il va mourir. Mourir par pendaison.

Ils ont une heure, une heure pour rattraper le temps, le faire revenir, se le remémorer, oublier, peut-être, le passé en le revivant, une dernière fois.

Un tempo magnifique, fait de silences et de mots lancés à coeur perdu pour deux personnages hors du temps. L’écriture est d’une justesse implacable et petit à petit, les mots tirent le fil de l’histoire : une famille disloquée où la violence mentale et psychologique a brisé la vie de deux enfants qui n’avaient plus qu’à se briser eux-même pour mieux correspondre à ce que l’on attendait d’eux. C’est à la fois âpre et douloureux, mais de nombreux silences viennent, bien qu’ils soient pleins d’émotion, ponctuer la pièce pour mieux permettre au spectateur de respirer. Une chorégraphie, en milieu de pièce, apporte douceur et sensualité (Sally et Martin dansent, s’enlacent, s’embrassent), comme un baume apposé sur la dureté de la pièce.

Les deux comédiens sont magnifiques : Sophie Neveu oscille entre nervosité, douceur, violence et sensualité, Francis Ressort est littéralement habité par son personnage, sans cesse à fleur de peau, dans un jeu d’équilibriste fascinant, passant du rire aux pleurs, des cris aux murmures, sans jamais tomber dans l’excès. La mise en scène de Antoine Marneur, très simple est au pur service du texte : j’aime ces mises en scène qui savent rester humbles en disparaissant derrière le texte, en n’ayant pour but que de servir l’auteur, mettre ses mots en exergue (et le texte de Daniel Keene est parfait pour ça), et donner, donner aux spectateurs toutes les émotions qu’il vient chercher. Le tout est sublimé par la scénographie remarquable de Garance Marneur : recherchée, étudiée, minutée, dans le seul but, encore, de magnifier les comédiens.

Un mot sur les lumières : elles épousent, caressent, brulent tour à tour les deux personnages et participent à l’envoutement du spectateur.

A ne pas rater, donc.

Une heure avant la mort de mon frère – Daniel Keene – Mise en scène Antoine Marneur

Avec Sophie Neveu et Francis Ressort.

Lumières Baptiste Rilliet

Scénographie Garance Marneur

Bande son Nicolas Ranchon

Théâtre Girasole 24 bis rue Guillaume Puy Avignon

Création Théâtre du Détour, Chartres