CYRANO, MES Lazare Herson-Macarel

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Un Cyrano plein de panache

On ne l’appelle plus que par son prénom, ce sieur de Bergerac entré au panthéon des personnages de théâtre : Cyrano de Bergerac est devenu Cyrano, adapté maintes fois et de mille façons différentes. Au théâtre Montansier la semaine dernière, c’est Lazare Herson-Macarel qui proposait sa version, en tournée depuis sa création,  un Cyrano tout feu tout fougue présenté avec la Compagnie de la Jeunesse aimable et ses comédiens débordant d’énergie et de vitalité.

Des comédiens débordant d’énergie

Accompagnés à la batterie et la viole de Gambe (mélange à la fois détonnant et ravissant), la troupe s’empare du texte avec ardeur dans une interprétation chorale aussi vive que pétillante. Si parfois l’énergie prend le dessus sur la diction, notamment au début, on se régale avec Eddie Chignara qui incarne un Cyrano solaire et charismatique. Presque omniprésent, le comédien habite la scène, occupe pleinement l’espace tout en laissant toujours ses partenaires exister. A ses cotés, Joseph Fourez est un Christian amoureux et naïf, parfait quand il comprend que Cyrano aime Roxane et est dévasté par cette constatation. Morgane Nairaud est une Roxane un peu survoltée, fougueuse mais pas transie, passionnée et toujours ultra dynamique : on aurait, peut-être, préféré un peu plus de romantisme, mais soit, elle tient à merveille son personnage et lui donne un certain… panache. David Guez est un Ragueneau attendrissant et complice, tandis qu’à leurs cotés le reste de l’équipe ne démérite pas, tous en osmose, tous à l’unisson : on aime.

Théâtre de tréteaux

Le terrain de jeu de cette équipe des plus sympathiques ressemble à un théâtre de tréteaux : des praticables de bois qui se tournent, se retournent, s’assemblent ou se divisent au gré des scènes (avec une brève description par les comédiens même au début de chaque acte), la musique live toujours entrainante, les lumières élégantes de Jérémie Papin, les costumes intemporels, tout se conjugue à l’image de l’audace, la bravoure et la générosité du personnage principal.

Lazare Herson-Macarel propose donc ici une version à la fois fidèle et libre, follement dynamique et diablement ingénieuse : on s’y régale, on s’y abandonne avec plaisir et l’on en sort le sourire aux lèvres et les vers de Cyrano dans la tête : J’emporte, malgré vous… mon panache ».

Un panache dont la mise en scène de Lazare Herson-Macarel et la Compagnie de la Jeunesse aimable ne manquent pas.

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Baptise Lobjoy

Baptiste Lobjoy

 

Cyrano, de Edmond Rostand

Mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Scénographie : Ingrid Pettigrew

Costumes : Alice Duchange

Lumière : Jérémie Papin

Avec : Eddie Chignara, Joseph Fourez, Morgane Nairaud, Julien Campani, Céline Chéenne, Philippe Canales, David Guez, Harrisson Aravel, Joseph Foure, Salomé Gasseli, Pierre-Louis Jozan, Gaëlle Voukissa

En tournée à :

THEATRE LE CARRE- CESSON SEVIGNE (35) : mardi 23 janvier à 20h30.

THEATRE ROGER BARAT-HERBLAY (95) : vendredi 26 janvier à 20h45.

THEATRE D’ARGENTEUIL (95) : Dimanche 28 janvier à 16h30.

SCENE NATIONALE 61 : mardi 30 janvier à 20h30.

SCENE NATIONALE D’EVREUX-LOUVIER- TANGRAM(27) : jeudi 1er à 20h, vendredi 2 février à 14h30.

THEATRE JEAN ARP-CLAMART(92) EN CO-ACCUEIL AVEC LE THEATRE DE CHATILLON : jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 à 20h30, samedi 11 février à 16h.

SCENES DU GOLFE-VANNES  (56) : mardi 13, mercredi 14 février à 20h.

LE QUAI-CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL- ANGERS-PAYS-DE-LA-LOIRE(49) : lundi 19, mardi 20, mercredi 21, jeudi 22 février à 20h.

PIANO’CKTAIL- BOUGUENAIS(44) : samedi 24 février à 20h.

THEATRE DU BLANC MESNILS (93) : vendredi 9 mars à 20h.

CARRE MAGIQUE-LANNION (22) : mardi 13, mercredi 14 mars à 20h.

THEATRE DES BERGERIES-NOISY LE SEC (93) : samedi 17 mars à 20h30.

THEATRE EDWIGE FEUILLERE- VESOUL(70) : mardi 20 mars à 20h30.

THEATRE D’EAUBONNE(95) : vendredi 23 mars à 20h30.

 

Dans la peau de Cyrano – Nicolas Devort – Festival d’Avignon OFF

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Colin, un jeune garçon timide, bégayant intègre un nouveau collège.  Un professeur de français bienveillant décide d’aider le jeune garçon et lui propose de participer à son atelier théâtre qui travaillera cette année la pièce de Rostand. Le jeune garçon apprendra ainsi à surmonter sa différence et son handicap.

Nicolas Devort, seul en scène, interprète tous les personnages : le professeur de français, Colin, ses amis Maxence, Adélaïde, Gyle, une psychologue scolaire… Les situations sont cocasses, ravissent les collégiens de la salle qui n’ont aucune peine à s’identifier aux personnages ou y reconnaitre des situations vécues. Le spectacle aborde intelligemment des problématiques propres à l’adolescence (regard des autres, premiers émois amoureux, place dans le groupe, ou difficultés familiales et deuil), suscitant aussitôt l’adhésion des jeunes de la salle.

Pour aborder ces sujets, Nicolas Devort y parle aussi, et, surtout, du pouvoir des mots, du pouvoir de la littérature et du théâtre, qui peuvent sauver, qui font grandir. C’est là la qualité première du spectacle : faire aimer les mots, donner envie d’aller y chercher du réconfort, de l’aide, une échappatoire, une force qui nous aidera. Ici, le handicap de Cyrano ressemble à celui de Colin, et ce dernier trouvera, grâce au Cadet de Gascogne, la force de s’affirmer.

Le jeune public applaudit avec joie, le but est atteint : faire, aussi, aimer le théâtre. Un spectacle jeunesse de qualité qui fait plaisir et remplit son office.

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Dans la peau de Cyrano, de et avec Nicolas Devort

Direction d’acteur : Clotilde Daniault

Festival Avignon OFF, Théâtre Pandora, tous les jours à 18h50

 

 

 

Alexis Rostand de Bergerac

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Il en fallait, du panache, pour écrire une pièce en alexandrins à la fin du 19ème quand Courteline, Feydeau, Sardou triomphaient avec leurs vaudevilles. Quand Ibsen faisait scandale avec sa Nora et Tchekov écrivait La mouette. Il en fallait du panache, donc, et surtout un gramme d’inconscience, un soupçon de folie, quelques mesures de déraison et des kilos de génie. Fort de ce principe, Alexis Michalik, après Le porteur d’histoires et le Cercle des illusionnistes, nous transporte à la fin du XIXème siècle, dans le Paris des comédiens et des dramaturges. Edmond Rostand, jeune auteur bourré de talent mais peu inspiré après le succès mitigé de La princesse lointaine, accepte d’écrire pour  Constant Coquelin, star de l’époque. Or, de cette pièce, il n’a, à ce jour, que le titre et pas la moindre trame.

Et nous voilà plongés au cœur de la création d’un chef d’œuvre. Bien sûr, Alexis Michalik s’inspire, brode, invente un peu. Mais en mêlant vérité historique et fiction, en ajoutant des personnages soit loufoques (les frères corses) soit décalés (comme cet Anton Tchekov croisé là où on ne l’attendra certainement pas), en réécrivant l’histoire dans l’Histoire, Michalik raconte encore ici une autre formidable histoire, celle de la création, du doute, des peurs et de l’inspiration. La mise en abyme est réussie et l’on se délecte à suivre ces multiples péripéties souvent hilarantes qui font la genèse de Cyrano selon Michalik et où l’on croise avec délectation  Feydeau, Courteline, Sarah Bernhardt, Maurice Ravel ou encore Mélies.

Le tout va vite, très vite, les scènes s’enchaînent et les décors s’échangent à vue avec une rapidité étonnante. C’est énergique, virevoltant, détonnant. Comme d’habitude, Michalik s’entoure d’une joyeuse troupe parfaitement investie et bourrée d’énergie : Guillaume Santou est un Rostand à la fois drôle et touchant, parfaitement crédible et ressemblant. Pierre Forest est un Coquelin truculent, Christine Bonnard, qui avait été une délicieuse Laure Gevaudan dans les Fiancés de Lôche, confirme son talent en Maria Legaut, star irascible et capricieuse, Régis Vallée est hilarant de niaiserie ou encore Jean-Michel Martial, Kevin Garnichat, Stéphanie Caillol, Valérie Vogt…  Réunir des comédiens de talent ne suffit parfois pas, il faut aussi que se crée entre eux une espèce d’alchimie pour que la sauce prenne : c’est ici le cas et tous jouent avec un plaisir évident, une vraie générosité et une énergie décuplée.  Un vrai travail de troupe, efficace et joyeux.

« Il ne suffit pas pour avoir du panache d’être un héros. C’est quelque chose de voltigeant, d’excessif…l’esprit de bravoure » a dit Rostand dans son discours à l’Académie Française . C’est ainsi que Michalik nous raconte cette histoire : avec bravoure, ivresse et beaucoup de panache.

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De et par Alexis Michalik

Avec Pierre Bénézit, Christine Bonnard, Stéphanie Caillol, Pierre Forest, Kevin Garnichat, Nicolas Lumbreras, Jean-Michel Martial, Anna Mihalcea, Christian Mulot, Guillaume Sentou, Régis Vallée , Valérie Vogt

Théâtre du Palais-Royal

Réservations au 01.42.97.40.00