Constats de mariage – Maris & femmes, MES Stéphane Hillel

MARIS ET FEMMES 40x60_02

En observateur impénitent des relations hommes femmes au sein du couple et de la famille, Woody Allen s’est fait à travers sa filmographie le chantre des quadras névrosés obsédés par les interrogations existentielles sur leurs couples, leurs frustrations, leurs fantasmes ou regrets avoués ou pas. Maris & femmes est d’abord un film tourné en 1992 avec Mia Farrow  où Gabe et Judy, un couple d’intellectuels new-yorkais, reçoivent Jack et Sally pour diner. Ceux-ci leur apprennent dès leur arrivée leur séparation : cette annonce sera le point de départ d’une remise en question du couple Gabe / Judy, d’un chassé-croisé amoureux où les divorcés découvrent leur nouvelle liberté (ou pas), où le démon de midi vient titiller le couple installé dans sa routine, où les étudiantes cherchent leur père et les célibataires sont convoités.

C’est au théâtre de Paris donc que nous retrouvons Gabe et Judy, Jack et Sally dans une adaptation de Christian Siméon. Dans un joli décor géométrique composé de cubes, polygones et panneaux dont les couleurs changent au fil des scènes et des lieux, l’enchainement de ces scènes de la vie conjugale donne à la mise en scène concise et vive de Stéphane Hillel une belle énergie et un rythme qui jamais ne faiblit. José Paul excelle dans le rôle de Gabe et donne à son personnage un air allénien de naïf dépassé à la fois touchant et agaçant. Florence Pernel incarne une parfaite et glaçante new-yorkaise psychorigide et frigide et fera rire le public dans une scène particulièrement corrosive. Hélène Medigue, amusante Judy aussi insatisfaite dans son couple que secrètement amoureuse d’un collègue, complète brillament la distribution auprès de Marc Fayet (Jack) Emmanuel Patron, Astrd Roos ou Alka Babir.

Même si le texte aborde un peu trop en surface la complexité des personnages, le cynisme allénien, l’humour caustique et détaché des dialogues, les situations qui s’enchainent, le jeu convaincu des comédiens allié à une mise en scène toute en vitalité donnent à la pièce une atmosphère savoureuse qui ravira les fans de Woody, les couples, les amis, et tous ceux qui aiment les dissections conjugales ou amicales sur fond de névroses existentielles.

À savourer pour refaire le monde, après, autour d’un Cosmopolitan ou un Manhattan.

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Photo Céline Nieszawer

Maris et femmes, de Woody Allen

Adaptation de Christian Simeon

Mise en scène Stéphane Hillel

Avec Florence Pernel, José Paul, Hélène Médigue, Marc Fayet, Astrid Roos, Emmanuel Patron, Alka Balbir.

 

Théâtre de Paris, Salle Réjane,

15 rue Blanche Paris 9

Jusqu’au 29 mai 2016

Réservations au 01 42 80 01 81

marisetfemmes©celine-nieszawer49

Photo Céline Nieszawer

 

 

Garnier contre Sentou

Garnier et Sentou ou Sentou et Garnier, c’est l’histoire de deux potes qui soudain se demandent s’ils ne le sont pas trop (potes), et s’il ne leur faudrait pas mettre fin à leur amitié. Voilà la base d’un spectacle d’une heure trente à la fois drôle et touchant.

Les deux compères enchainent les saynètes avec allégresse, rythme, humour, le tout avec un plaisir évident et communicatif. La scène d’entrée est superbe, Garnier et Sentou arrivent en se battant à l’épée, le tout est chorégraphié à la perfection, les deux sont habiles, souples, jouent avec le public et c’est une réussite. D’autres scènes sont fort drôles même si le sujet est très banal (par exemple Pôle combat, pastiche de pôle emploi avec des répliques aussi absurdes que délicieuses « si vous êtes muet dites « muet »), la scène où Sentou (le petit) récite le Cid (fort bien) et Garnier (le grand) réplique par des équations physiques en faisant participer le public. D’autres passages m’ont paru plus longs et moins réussis (les retours arrière sur la naissance de leur amitié), et la danse finale est un très bon moment.

Au final ? Eh bien c’ était une halte légère à Avignon, une pause bienvenue pour mes ados qui faisaient valoir leur droit à la légèreté : ils ont vraiment savouré et leurs sourires heureux à la sortie en étaient la preuve. Quant à moi, même si les spectacles d’humoristes ne sont clairement pas ma tasse de thé (à part Devos et Desproges, c’est dire), je dois reconnaître que le tout est bien écrit, évite les facilités trop souvent exploitées (ils ne s’affirment d’aucune minorité, sont juste des gamins normaux, il n’y a aucune allusion politique).

Une petite parenthèse plutôt drôle, donc, à voir quand on aime les humoristes ou avec des ados qui veulent rire.

Garnier contre Sentou

Mise en scène Patrice Soufflard

Vu au Théâtre des Bélier, Avignon

Do you speak English ? Les Franglaises – Bobino

Qui n’a pas chanté, folle de transe éperdue, Total eclipse of the heart, pendant des heures, des nuits, des nuits et des heures, pensant et répétant, sans cesse et sans cerveau, les paroles divines de Bonnie Tyler ? Qui, hein ? Tout le monde !

Non ?

Heu… vraiment ?

OK.

Ce n’est sans doute pas de votre âge. Mais du mien oui. Et j’avoue que cette p.. de chanson a hanté pas mal de mes heures pendant mon adolescence (ce moment où tu avoues que tu as… un certain âge..).

Bref.

Au bout d’un moment tu comprends que tu tournes en rond, certes, mais bon.. tu aimes toujours autant cette mélodie à la con. Et là, avec les Franglaises, tu plonges à choeur perdu dans tous les tubes de ton adolescence, de ta maturité aussi.

Les franglaises, ce sont les tubes de la pop anglo-saxonne traduits littéralement par une équipe de comédiens-chanteurs-musiciens qui met en scène, mot à mot, des tubes comme « Billy Jean tu es le un » ou « Dans la marine », ou « Tu peux garder ton chapeau ». Tous ces tubes archi-connus sont traduits littéralement et mis en scène de façon hilarante, totalement décalée, par une bande de 12 joyeux drilles parfaitement rodés à l’improvisation (le spectacle est très interactif avec le public). Ca part en ville, ca part en autre chose aussi, mais c’est toujours maitrisé et surtout, toujours drôle.

Un spectacle bâti autour de tubes intergénérationnels (Fifille chérie, mon ado préférée, a reconnu 90% des chansons (avant moi parfois) et adoré), qui mélangent improvisation, rythme, danse, humour, dérision, musique, chant, comédie…. Tout y passe, de Mickael Jackson à Bonnie Tyler donc, en passant par les Pink Floyd ou les Beatle, Joe Cocker et j’en passe…. le tout est très réussi, avec quelques mini-réserves voire rikiki-bémols (mes oreilles ont quelquefois frissonné (en gros il me semble qu’on ne peut pas être à la fois excellent musicien, excellent chanteur, excellent comédien…) mais je sais qu’on peut être excellent show-man (ô pardon… excellent homme(ou femme) de spectacle) et réussir avec brio l’exercice difficile d’entrainer une salle entière, pendant plus d’une heure, dans un spectacle endiablé, musical, dansé, rythmé, hilarant et burlesque ; et quand, après plus d’une heure, donc, la moitié des spectateurs se lève en applaudissant à tout rompre, eh bien on peut dire que le spectacle est réussi.

En tout cas, moi, je le dis. Et je dis aussi « Le spectacle doit continuer »…

Les Franglaises, troupe les Arts Tistics

Théâtre Bobino

Fabien Olicard vous mentalise : Attrape moi si tu peux !

OK je vais l’avouer tout de suite : je suis allée voir Fabien Olicard uniquement pour Fifille. Une petite soirée de mentalisme, pour moi qui n’y crois pas plus qu’en toute existence divine, c’est juste le moyen de faire plaisir à la chair de ma chair et de passer une petite soirée bien sympa. En plus sur la Péniche-théâtre Story-Boat à Conflans, un vrai plaisir. Oui, une péniche transformée en théâtre, ça existe et c’est tellement intime, chaleureux, sympathique que je suis devenue totalement fan, y compris du Picamou que propose la propriétaire après chaque spectacle (c’est une infusion. Parait-il. Parce qu’en fait je préfère le petit verre de blanc offert aussi) (y’a aussi du rouge) (hips).

Bref, revenons à nous moutons ou notre mentaliste, Fabien Olicard. J’ai déjà assisté à un spectacle de mentalisme, sans apprécier plus que ça. Ici, tout le contraire. Fabien Olicard maîtrise ses tours / astuces / trucs / machins / manipulations / trompages / bidules etc… il les maîtrise si bien que le tout est proposé avec malice, rythme effréné, l’humour qui va bien au moment où il le faut mais sans jamais devenir lourdingue (suivez mon regard autres mentalistes qui surfez sur le bas de ceinture pour détourner l’attention de vos spectateurs et prendre le temps de calculer…). Du coup c’est entrainant, limite grisant parce qu’on n’a pas le temps de réfléchir pour « trouver le truc » et que Fabien Olicard va tellement vite que de toute façon c’est bon, c’est bluffant, c’est entrainant et tout et tout.

Il y a chez Fabien Olicard un réel talent de psychologie, manipulation, observation : en revanche il ne prend pas son public pour une bande de niais en prenant le temps d’expliquer certaines astuces, de révéler quelques trucs tout bêtes comme l’induction, la synergologie et la suggestion. Et tout simplement ça marche parce qu’on ne peut qu’applaudir à ces tours qui, même expliqués, nous laissent pantois.

Que dire de plus ? Fabien Olicard a beaucoup de charme (dixit Fifille-Girly et Meilleure-Copine-Girly) (dixit moi aussi) mais en joue juste ce qu’il faut sans être lourd. Bref, on ne voit pas le temps passer, c’est très interactif, on rit beaucoup, on se laisse aller pendant une heure vingt et puis, à la fin, on se dit « Déjà » ?? Alors qu’on était venue limite « misanthrope-genre-la fille-à-qui-on-ne-la-fait-pas ». Ben si. Ca l’a fait.

(un seul bémol ? Cette affiche, my god…).

Fabien Olicard vous mentalise

au Point Virgule les lundis et mardis

Au Story Boat de Conflans Ste Honorine les 14 et 15 décembre