BIGRE, MELO BURLESQUE, Pierre Guillois

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Photo D. Perennec

Et (fou)rire de plaisir…

♥♥♥♥

Qu’il est bon et doux de rire franchement, à gorge déployée, d’en pleurer et de s’en tenir les côtes une fois de temps en temps ! Surtout quand on découvre un bijou depuis longtemps vanté et re-vanté, largement plébiscité et qu’on avait juste raté, une fois, deux fois, trois fois. L’erreur est (enfin) réparée et c’est au CDN de Sartrouville que l’on a (enfin) fait la connaissance de ces trois détonnants voisins, tous habitants d’une minuscule chambre de bonne sous les toits d’un immeuble qui pourrait être partout en France, voire ailleurs.

Ils sont trois, donc : une femme et deux hommes, que l’on imagine pas encore trentenaires. On ne les entendra jamais (le spectacle est totalement muet) mais sans un mot ils vont nous entraîner dans une série de situations rocambolesques toutes aussi farfelues que désopilantes. Entre le geek ultra-pointu aux tocs et logement aseptisés, le farfelu aux faux airs de Samy sans Scoubidoo, un peu paumé, un peu looser, beaucoup rêveur et la jolie jeune femme girly-sexy-mais-affreusement-gaffeuse, on se régale de leurs rencontres, leurs histoires, leurs bourdes et leurs mésaventures. Le tout sans parler, mais souligné d’une bande-son ultra entrainante (Yules, ou… Brel en japonais en passant par Céline Dion revisitée), et réglé au millimètre : chaque mouvement, chaque envolée de cheveux de sous-vêtement ou de poisson, au choix (si si), a été longuement calculée. La prouesse n’a l’air de rien mais cache une maîtrise plus que parfaite de la gestuelle et des déplacements, d’autant plus épatante que les trois comédiens n’ont que leurs minuscules mètres carrés respectifs, un toit branlant et un palier exigu pour évoluer. Qu’à cela ne tienne, ils en profitent pour nous régaler de leurs contorsions, leurs courses poursuites déjantées et leur énergie endiablée sans que jamais on ne perde le fil. Epatants, vous dis-je.

Ensemble, c’est tout

Si les rires se succèdent et ne tarissent pas, on ne pourra s’empêcher d’aimer beaucoup plus viscéralement ces trois lascars : parce que au delà du burlesque façon Deschiens ou Buster Keaton largement plébiscité, Bigre nous parle aussi de solitude urbaine, d’espoirs, de quête amoureuse, d’amitiés bancales mais pourtant vitales. Sous les rires, l’émotion, qui vient pointer sans crier gare au son de Absolute believer, la tendresse, que l’on éprouve pour ces trois paumés soudés dans et par le chaos, le plaisir, vif, intense, qui nous soulève au final et nous fait les aimer fort, très fort, et ne pas vouloir les quitter. Et puis ce sourire, intense, large, revigoré, qui ne nous quitte pas une fois sortis. Bigre.

Bigre, Mélo-burlesque, de et par Pierre Guillois,

coécrit avec Agathe L’Huillier et Olivier Martin Salvan

Avec Bruno Fleury, Agathe L’Huillier, Jonathan Pinto-Rocha

Assistant Artistique : Bobin Causse

Tournée :

Du 3 au 5 mai 


Maison de la culture de BOURGES

Du 11 au 12 mai 


Théâtre de Thalie, MONTAIGU

Du 16 au 17 mai 


L’Avant-Scène, COGNAC

Du 20 au 23 mai 
Théâtre Sénart, Scène Nationale de LIEUSAINT


Du 30 mai au 1er juin 
Espace des Arts, Scène Nationale de CHALON SUR SAONE

Dans la Notte du Père Noël

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Il y a toujours quelque chose de terriblement cynique et en même temps de totalement irrésistible dans les textes de Pierre Notte. Celui que j’ai découvert avec Moi aussi je suis Catherine Deneuve continue de me réjouir et c’est encore le cas cet hiver avec la reprise de C’est Noël tant pis. Tombant à point nommé en cette période de festivités familiales, la comédie est à nouveau décapante et jouissive. On y retrouve une famille apparemment normale qui s’apprête à réveillonner. Le père la mère, les deux fils et la bru dont tous semblent avoir oublié le prénom. Tout le monde cherche la grand-mère, que l’on découvrira, nue, sous la table. Le point de départ est lancé, la foire d’empoigne peut commencer et le réveillon se transformer en aimable jeu de massacre fait de répliques assassines et de dialogues corrosifs.

Mère au bord de la crise de nerfs

On se régale assurément de ces névroses ranimées et de ces frustrations enterrées qui ressurgissent. Sous les uppercuts verbaux que se balancent les uns et les autres, Pierre Notte dessine avec une lucidité aiguisée  les rancœurs scrupuleusement refoulées sous la bienséance familiale. Avec une mère aigrie et toxique (impayable Sylvia Laguna) qui menace de se jeter par la fenêtre du rez-de-chaussée, deux frères que tout oppose et en perpétuelle rivalité (Brice Hillairet au jeu plein de justesse et de sensibilité, et Renaud Triffault hilarant en héraut de la grammaire), une bru explosive (Chloé Oliveres, parfaite) et un père tout simplement dépassé par sa vociférante tribu (Bernard Alane, formidable), Pierre Notte dresse un portrait vitriolé mais aussi terriblement touchant, parce qu’au final très humain, de la famille bourgeoise. On s’y haït très bien et l’on s’y aime très mal, à moins que ce ne soit le contraire, mais les deux, chez Pierre Notte, ne font qu’un et forment un kaléidoscope de sentiments croqués avec une joie évidente.

Moi aussi je suis Charles Aznavour

Dans un décor dépouillé où le sapin central fera judicieusement office de voiture, de lit ou de table, on se laisse surprendre, et c’est une habitude chez Pierre Notte, par les chansons  subitement entamées par les comédiens : Charles Aznavour et autres comptines viennent ponctuer le texte de touches décalées et absurdes, comme pour souligner l’incongruité des situations. La mise en scène est dépouillée mais l’apparent dénuement se révèle être une direction précise et pointue des comédiens, un savant calcul des déplacements et des gestes jusque dans l’harmonie des costumes, toujours dans les mêmes camaïeux.

C’est Noël tant mieux

Au final, on se réjouit de cette nouvelle comédie déchaînée  de Pierre Notte. Les dialogues vachards cachent des trésors d’émotion et de tendresse et l’ensemble nous entraîne dans un (UN) espèce de capharnaüm férocement cocasse et fichtrement humain. C’est Noël au Rond-Point et c’est tant mieux avec Pierre Notte.

 

 

C’est Noël tant pis

Texte & Mise en scène Pierre Notte

Avec Bernard Alane, Brice Hillairet, Sylvia Lagune, Chloé Oliveres, Renaud Triffault

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 30 décembre 2016,

Réservations au  01 44 95 98 21

Reprise à la Comédie des Champs Elysées à partir du 26 janvier 2017

Réservations au 01.53.23.99.19

 

 

 

 

 

 

 

Plongée en eaux douces au Rond Point

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On plonge un peu dans un autre monde, en allant voir James Thierrée au Rond Point. On plonge ou on s’immerge, on se fond, on se love, dans une dimension qui n’appartient qu’à l’artiste et ses talents aux multiples facettes. Avec James Thierrée, il faut accepter l’énigmatique et se laisser happer par le charme étrange de ses univers baroques et insolites. Le décor est insondable, mystérieux. On pourrait être dans un rêve de Jules Verne où d’étrange machines explorent le monde, des escaliers en colimaçon se déroulent quand on les gravit, quand une sorte de vaisseau sous-marin imaginaire ouvre et ferme ses écoutilles phosphorescentes au fil du spectacle. A moins que ce ne soit un vaisseau spatial. Ou autre chose. On ne saura pas et c’est à nous d’imaginer, d’écrire une histoire dont seule l’ébauche nous est donnée.

Ecrire des poèmes avec les corps

Dans cet univers onirique évoluent James Thierrée et ses acolytes : contorsionnistes, clowns, danseurs, tous pourraient être des créatures hybrides qui jouent avec leurs corps, leurs mains, leurs bras, leurs jambes ou leurs tignasses. Les corps s’enchevêtrent, se chevillent, se désarticulent, se rejettent pour mieux s’aspirer à nouveau. James Thierrée joue avec sa mèche, avec ses mains, les danseuses Valérie Doucet et Thi Mai Nguyen virevoltent sur terre, dans les airs ou dans l’eau d’un bassin trouble. Les clowns Jean-Luc Couchard, Samuel Dutertre viennent titiller l’un ou l’autre, sermonner un piano qui s’émancipe, et la chanteuse Mariama vient souligner les images de sa voix et son regard tout aussi énigmatiques.

Un spectacle beau et doux, où l’on reconnaît l’atavisme familial comme les carapaces écailles-assiettes qui font penser à Victoria Chaplin et ses métamorphoses du Cirque Invisible, ou bien sûr l’élasticité du corps, l’écriture corporelle faite de burlesque et de tendresse de Charles Chaplin dont James Thierrée a indéniablement hérité tout en ayant l’humilité de ne pas s’en targuer.

Il faut donc accepter de plonger dans ces eaux insaisissables, sans discours ni récit, faites d’accumulation de courts instants de magie, d’une succession de petites étincelles éparpillées sans véritable lien ; il faut accepter de recevoir la poésie généreuse de James Thierrée et y tisser sa propre histoire, y écrire son propre conte, tout comme James Thierrée écrit des poèmes avec les corps, des rêves avec ces poèmes et des vertiges avec ces rêves.

La grenouille avait raison, de James Thierrée

Cie du Hanneton

Théâtre du Rond Point

Jusqu’au 31 décembre 2016

Réservations au 01 44 95 98 21

Avec : Valérie Doucet, Samuel Dutertre, Mariama, Yann Nédélec, Thi Mai Nguyen, James Thierrée

Scénographie et musique originale : James Thierrée

Costumes : Pascaline Chavanne

Marionnette : Victoria Thierrée

Au-delà du cirque, Beyond enchante le Rond Point

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En ce maussade mercredi 9 novembre 2016, dans la salle Renaud Barrault du Rond Point, on s’installe, on papote, on commente, on partage ses craintes après l’élection du plus gros canard de la planète. Et – hasard ô combien bienvenu ce soir-là – c’est sur le vitaminé New York New York que commence Beyond. 7 artistes de la Compagnie australienne Circa, 4 filles et 3 garçons, qui réussissent après seulement quelques accords du crooner Sinatra, à redonner envie de rire, d’aimer, de croire, de ne pas se laisser abattre, tout simplement. Ils entrent en arborant tous une immense tête de lapin : le ton est annoncé, rire et dérision seront au programme, rires et acrobaties, rires et voltige, rire et prouesses : voltige aérienne, mât chinois, ballets aériens, équilibres en aveugle, contorsions… le tout est réalisé avec une facilité évidente, les corps sont souples et félins, aériens, légers… On en arrive à trouver logique, normal, qu’un seul jeune homme arrive à porter tous ses partenaires. On en arrive à trouver logique que cette jeune femme arrive à terminer fièrement son Rubik’s cube pendant que les 6 autres lui grimpent dessus. On en arrive à frémir à peine, quand celui-ci soulève celle là par la mâchoire, quand celui-là saute sur le bassin de celle-là…

On en arrive à se lover tout simplement dans l’admiration béate, heureuse, des numéros tous aussi virtuoses qu’élégants. Car c’est ici que la magie opère : si les jeunes prodiges sont épatants de technique, ils sont aussi et surtout fichtrement mutins. Toujours souriants, le regard espiègle, se moquant royalement des lois de la gravité de la technique de la physique, ils enchaînent le tout avec une décontraction et une légèreté confondantes. Le tout est truffé de dérision, de charme, de malice. Têtes de lapin, costume d’ours, imitation d’animaux, costumes au final très simples accompagnés d’une bande son entrainante où tout le monde trouvera son bonheur (electro, comédie musicale, ballades classiques, Brel, …). Beyond, au-delà, entraine le public, ravi, dans une folle escapade décalée où les frontières entre réalité et rêve s’évaporent, où la raison et l’irrationnel s’entrelacent et se confondent, où l’insolite vainc la douleur physique, où la technicité des corps devient élasticité, où le plaisir est évident, palpable, contagieux.

Certains soirs, il fait bon franchir la frontière et passer, le temps d’un spectacle, dans un au-delà fait de malice et de joie. Certains soirs il fait bon se dire qu’on a tous en nous un pied-de-nez qui attend, un soupçon d’audace et un grain de folie que la fureur des hommes, des autres, n’atteindra pas.

Beyond, par la Cie CIRCA

Mise en scène : Yaron Lifschitz, compagnie Circa

Avec : Jessica Connell, Timothy Fyffe, Rowan Heydon-White, Conor Neall, Kathryn O’Keeffe, Seppe Van Looveren, Billie Wilson-Coffey

Théâtre du Rond Point

Jusqu’au 27 novembre 2016

Réservations au 01 44 95 98 21